ZIX
jLe démoa des planches* -— Honsienr Gustave s'embarque sur CUtsin.
— Une manière de faire changer le temps. — Un fameux cuisinier.
— Sattefaetion da capitaine. — OésappoÎBtenient. — Le captaioe ÉO/spead les ustensiles de cuisiaob — Ce que disent en se choquant les bassines et les tourtières.
Monsieur Gustave avait tout imnplmnent retrouvé la «ource du Pactole.
Mais que roulez-vous ! ces misérables artistes» — et c*est là, sur les autres hommes, leur infériorité dans le présent et leur supériorité dans l'arenir, — au lieu que leur pensée soit esclave de leur intérêt, c'est, au contraire, leur intérêt Qui est constamment esclave de leur pensée.
Or, monsieur Gustave était, comme on le sait, possédé d*un démon que For, ce grand exorciste, ne pouvait chas* ser de chez lui : le démon des planches.
Oh! c*est un démon terrible, qui vous tient, éveillé comme endormi ; qui, à Taide d'une baguette, transforme les salons en théâtres, les candélabres en quinquets, les cheminées en trous à souffleur; qui vous chuchote à uno oreille le Cid, à Tautre Figaro ; qui vous poursuit éternellement par un bruit lointain d'applaudissements et de bravos, et qui vous fait, comme à Ninon, dire au milieu des splendeurs : c Oh! le bon temps que celui où j*étais si malheureux I
Eh bien ! monsieur Gustave, tout en blaireautant sc& miniatures, qui lui rapportaient trente mille francs par an, pensait en soupirant à Fépoque où on lui promettait cin* quante francs par mois chez Zozo du Nofd, et où on les lui donnait chez Seveste.
Quand on est dans une situation d*esprit pareille, Vave-
Dir, bon on mauvais, dépend de la moindre circonstance.
Gustave fit connaissance avec un jeune homme de Rouen, qui Tavait vu jouer à un précédent voyage.
— Tiens, lui dit-il, vous faites donc de la miniature, à présent T
— Comme vous voyez. •
— Pourquoi donc ne jouez-vous plus la comédie?
— Il n'y a plus de théâtre.
— Quel malheur! vous qui aviez tant de iaLnt! Monsieur Gustave eût dû voir passer la queue du serpent; — il ne la vit pas ou ne voulut pas la voir.
— Que voulez-vous I répondit-il, Fhomme propose. Dieu dispose.
— Eh bien! moi, si vous voulez...
Le serpent faisait tout doucement son chemin.
— Si vous voulez, moi, je connais Valler.
— Qu'est-ce que cela, Valler?
— C'est le directeur du théâtre de Rouen.
— Non.
— Comment, non?
— Je ne veux plus jouer en province.
— Bon ! Rouen est sur la route du Havre k Paris ; en
238 ui«E VIE d'artiste.
allant à Pam, tous vous arrêtez à Rooeo ; ce n*6st pas us
engagement, c*Qst une simple halte.
Olil tenlBtearl toat antre qu'cm fits d'Adam feât>u venir.
Mais^ hèlas f nims sommes tous fils d*Adain.
— Eh bien ! oui, certainement, répondit Gustave déjà à. moitié vaincu, c*est tentant ; mais voulez-vou« que je me présente à loi sans recommsmdatiion on avee ^ne simple lettre?
— Oh I j'aâqiie^^e chose de mieux à vous proposer : je pars demsarâ.
' — Vous partes demain? Voas êtes bien fafenreax \
— Bienheureux?... C'est un booliecfr (pie vous pourriez vous donner.
— Oh! moi...
— Écoutes, je pars demain ; partez dan» quinze jours. Vous trouverez votre engagemeot tout prêt quand vous arriverez à Rouen.
— Vraiment?
— Parole d'honneur!
— Je vous demande jusqu'à ce soir pourtéffiéelinr.
— Soit, pardieu t je ne vwx pas ve«s faire vittence, moi.
UNE VIE DÂUTISTB* SSB
Le démon lâchait de la ligne au pràssm qnfU avaitpris. Et le Rouemiais prit son chapeau, et sortit en disant :
— A cesoirl
Mais il a*a?ait pas fait quatre |»s dehors que monsieur Gustave rouvrait la porte.
*- Oh! dit-il, ce n'est pas la peine d'atlendreà ce soir»
— Vous refusez? demanda le tentateur avec un sonrife sataniqne, qui eûtdâ trahir Méphistophélès, si Méphislophéles n'avait pas été si sûr de sa proie.
— Non, j'accepte.
— Allons donc I ât le Rouennais.
Et il disparut à Fangle de là ruo.
Le pacte était signé.
Le Rouennais ne reparut plus ; il tenait Tàme de monsieur Gustave, et avait peur de la lâcher.
Quinze jours après, jour pour jour, monsieur Gustave s'embarquait sur l'Ursin,
Le passage était de quatre cents francs, nourriture comprise.
Hais, sans doute, le capitaine s'était arrangé avec la mer pour faire, pendant tonte la route, des économies sur la nourriture de ses passagers.
A peine hors de rade, le temps fut exécrable.
S60 UNE VIE D*ARTISTB.
Au reste, le capitaine avait un tic.
Quand le temps devenait par trop mauvais :
— Il va donc falloir que j'érèinte un mousse ! disaiMl. C'était, selon lui, la manière de faire changer le temps.
— Mousse I disait-il.
Le mousse, qui connaissait la superstition du capitaine, hasardait à grand'peine le bout de son nez.
— > Mousse ! répétait-il avec trois dièses à la clef. Le mousse apparaissait.
— Mousse ! un verre de rhum !
Le mousse allait chercher au galop Fobjet demandé, et revenaitau petit pas.
— Voilà, capitaine, disait-il avec une défiance visible.
— Donne donc, animal !
Le mousse donnait et fuyait.
Mais jamais assez vite pour échapper au pied du capitaine.
Si le capitaine avait fait mouche :
— Vous allez voir, disait-il, le vent va tourner! L'expérience se renouvelait si souvent qu'il était rare que
le vent ne tournât point une ou deux fois sur dix.
Cela suffisait pour maintenir le capitaine dans sa croyance.
UNE VIE d'autiste. 261
Puis, à ce tic, il joignait une manie qui le complétait. Il y avait un cuisinier à bord.
Ce cuisinier avait cruellement trompé le capitaine. Au moment de son départ pour les Antilles, il avait chargé son second de lui trouver un cuisinier. Le second avait cherché, s'était informé, et avait fini
par découvrir un homme qui se donnait comme un chef
de premier ordre.
— On était cuisinier, disait-il, de père en fils, dans sa famille.
Il avait travaillé chez Brillât-Savarin; son père avait servi chez Cambacérès ; son grand-père avait servi chez Grimod de la Reyniëre, et son bisaïeul chez le maréchal de Richelieu.
Ce prospectus commença par effrayer le capitaine, et ce ne fut qu'avec hésitation qu'il lui demanda le chiffre des gages qu*il désirait avoir.
Mais celui-ci lui répondit que le désir qu'il avait de voyager et d'étudier la cuisine des différents pays le ferait passer par-dessus la modicité des appointements.
Le prix fut arrêté à cinq cents livres par an.
Seulement, le cuisinier avait prévenu le cap^/'Mne que probablement serait-il malade les deux ou trois t»;emiers