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polies de son respect ; c'était enfin cette attitude d'aventurier qu'il affectait dans le monde, comme si, ne relevant que de lui-même, il aimât à trancher sur le fond des hommes, nés comme lui, qui se réclament de leur naissance et de leurs relations. A présent, avec ses quatrevingt mille livres de rente que la plus belle fille de France lui a apportées dans la queue de sa robe, ce n'est plus qu'un magnifique gentilhomme, d'un très grand aplomb et de très grandes manières, mais tempérées par l'amabilité d'un sentiment délicieux qui crée au dedans et au dehors de soi une inexprimable harmonie. Quelle magie que celle du bonheur! Quel velouté il met sur toutes choses ! Et comme l'homme, pour peu qu'il soit de noble origine, s'accomplit quand il aime et qu'il est heureux !
« Inutile de vous dire, mon cher vicomte, le ravissement de la marquise. Elle est aux anges. Sa joie de sentir Hermangarde l'objet de soins qui ressemblent plutôt à un culte qu'à une suite d'attentions passionnées, est doublée par la surprise que j'ai éprouvée en voyant les choses tourner d'une façon si opposée à mes prévisions et à mes craintes. Elle triomphe deux fois. QLioiqu'elle ait toujours été plus heureuse que moi, et que ce pauvre marquis de Fiers l'ait aimée avec un dévoue-
LA C*** d'ARTELLESAUV'*'DEPROSNY. II
ment et vn^ adoration sans bornes, elle avoue pourtant que le bonheur de sa fille est plus grand que le sien n'a jamais été. «J'étais — ditelle avec une distinction fort juste — l'idole de M. de Fiers, et c'était tout ou à peu près; mais ma petite-fille et Marigny sont leur idole à l'un et à l'autre. En fait de jouissances, c'est la moitié de plus que moi. » Elle a raison. Assurément, M. de Marigny ne rappelle guères cette grasseyante miniature de marquis de Fiers, que vou? avez connu, lequel disait si joliment : mon caur! à sa femme, et qui portait de la poudre de la couleur des cheveux de la Reine. Le mari d'Hermangarde n'a rien de cette fraîche et tendre élégance de pastel. Sa grâce, à lui, est le souple mouvement de sa force. Il a quelque chose de si mâle, de si léonin, diraient les écrivains de ce temps-ci, dans l'esprit et dans la physionomie, que l'amour qu'il inspire doit être de l'émotion en permanence, et celui qu'il ressent, la plus enivrante attestation qu'on est bien puissante, puisqu'on a pu le subjuguer. Cela est divin, cela. De tels sentiments, de telles sensations ont été inconnus à la marquise, qui menait son mari avec les genoux — comme les bons écuyers mènent leurs bêtes — et une facilité si grande, que pour la gloire de son empire elle mettait beaucoup d'habileté à le cacher. Elle n'avait pas, il est vrai, les exigences
UNE ViElim MAITRESSE.
d'imagination d'Hermangarde, — cette idéale Malvina à qui tous les Fiers de la terre, avec leurs figures d'Adonis et leur ton musqué, n'auraient jamais arraché un regard seulement de profil, — mais elle est restée assez femme pour reconnaître que l'amour d'une femme pour un homme doit être mêlé de beaucoup de respect et d'un peu de crainte, comme l'amour de Dieu,
o Elle et moi, mon cher vicomte, savez-vous à quoi nous passons notre temps à Carteret? A supputer sur nos dix doigts tous les motifs qu'a cette chère Hermangarde d'être la plus heureuse des épousées. Chaque jour nous en découvrons de nouveaux, c'est ceci ou cela que nous ajoutons à la somme de tous ses bonheurs. Jamais dévotes n'ont tourné dans leurs doigts les grains bénits de leurs rosaires plus que nous ne roulons et ne déroulons ce long chapelet de jouissances qui compose la vie de notre belle et charmante enfant. Nous voyezvous bien, d'où vous êtes, recueillies dans cette fervente et perpétuelle occupation ? Le théâtre de ce pieux exercice est un grand diable de château que je n'aimerais pas, si on ne s'y aimait pas tant... De toutes les propriétés de la marquise, c'est la seule que je ne connaissais pas. Ce château, d'un aspect sévère, est bâti sur le bcd de la m.er, au pied d'une falaise qui le
D'ARTELLES au V *= DE PROSN
domine. La mer est si proche, qu'à certaines époques de l'année elle vient battre le mur de la grande cour, construit en talus pour mieux résister à l'effort des vagues. Des fenêtres de la chambre où je vous écris, je vois une longue étendue de grèves assez monotone, et qui ne charme pas beaucoup des yeux usés et fatigués comme les miens. Tout d'abord, vous ne discernerez pas mieux que moi, mon cher vicomte, ce qui a décidé la marquise à choisir sa terre de Carteret pour y venir passer les premiers mois du mariage de sa petite-fille, de préférence à son beau et très commode château de Fiers, situé aussi en Normandie?... Eh bien, la raison de ce choix est la curiosité d'Hermangarde, qui ne connaissait pas la mer et dont la jeune tête est autrement conformée que la nôtre, car elle raffole de cet endroit qu'elle trouve superbe et ravissant. La marquise et moi, nous avons donc sacrifié nos rhumatismes et nos goûts à ce désir de notre fille, et nous avons bravement exposée l'air salé de ces rivages nos délicatesses de grandes dames élevées par un siècle qui se souciait assez peu des beautés de la nature, quoiqu'il en parlât beaucoup. Hermangarde, qui n'a point passé sa jeunesse au fond des boîtes, doublées de satin, où nous avons passé la nôtre sans descendre jamais des talons rouges sur lesr|uels on nous faisait percher;
Hermangarde préfère à Paris les côtes de la Manche. Extasiez-vous de cette fantaisie, mon cher contemporain ! Elle y veut rester tout l'hiver. Elle nous a, l'autre jour, déclaré cette résolution d'une âme enchantée, qui n'a pas encore apaisé son besoin d'intimité et de solitude. En l'entendant, nous avons frissonné, sa grand'mère et moi, par anticipation et par sympathie, car le froid est terrible dans ce château inhabité depuis longtemps et dont les murailles sont verdies par l'humide souffle qui vient de la mer. M. de Marigny exprima le même vœu que sa femme. Il tient .extrêmement à ne pas rentrer de sitôt à Paris où il pourrait rencontrer de nouveau cette Malagaise avec laquelle il a vécu si scandaleusement pendant dix ans. La marquise, fort renseignée sur son histoire, est très touchée de cette précaution qu'il prend contre lui-même et contre d'anciens souvenirs. Mais moi, qui ai vu l'espèce de femme dont il s' igit et qui, à dater du moment où je l'ai a jerçue, n'ai pu croire un mot des Mille et une Nuits que vous m'avez contées sur elle, j'estime la précaution de Marigny parfaitement inutile, et son mérite à' peu près nul.
« Ainsi, tenez-vous-le pour dit, mon cher vicomte : ils passeront probablement l'hiver ici, puisqu'ils le désirent. Ils sont jeunes, ils sont forts, ils se portent bien, ils s'adorent, ils
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veulent être seuls. C'est au mieux. Mais il est convenu que les deux douairières retourneront à Paris. Nous les laisserons aux bras l'un de l'autre, et nous causerons d'eux avec vous, cet hiver^ dans le boudoir rose et gris de la rue de Varennes. Nous n'avons pas envie de nous priver encore de la vue d'une félicité conjugale qui fait la nôtre, en mourant mal à propos d'une goutte rentrée ou d'un, catarrhe. A nos âges, le froid est mortel. Il faut beaucoup d'ouate aux choses fragiles. Le froid nous chassera d'ici comme les hirondelles, seul rapport que des vieilles comme nous aient avec les oiseaux du printemps ! Nous filerons aux premières bises. Mais quand sera-ce? Je n'en sais rien. L'automne n'est pas beaucoup avancé, cette année. C'est la plus belle saison en Normandie. Vous avez certainement le temps de me répondre et de me raconter votre vie de là-bas comme je vous ai raconté la mienne. Que faites-vous ? Qiie devenez-vous? Avez-vous revu cette Vellini que je ne crains plus ? Et cette pauvre madame de Mendoze, se consolet-elle enfin ou s'obstine-t-elle à mourir ?,.. Écrivez, vicomte. Je l'exige. La marquise vous envoie par moi les plus gracieux compliments qu'on puisse adresser à un indifférent comme vous. Moi, toujours indulgente, je vous aime malgré vos forfaits, et je vous enveloppe mille
reproches dans mille tendresses : ce qui fait, monsieur, deux mille choses aimables que vous ne méritez pas.
« Y. DE BiGORRE, comtesse d'ARTELLES »
UAND madame d'Artelles, retirée £1 i\ <'^/;^i 1^ dans son appartement, eut cacheté y\^^^/\y 'a lettre qui précède, à son ami et ,^^^C^<:^ un peu vassal M. de Prosny, elle quitta l'embrasure de la fenêtre à la lumière de laquelle elle avait tracé sa missive, et elle descendit dans le salon.
C'était le moment où d'ordinaire il s'y trouvait toujours quelqu'un. Cinq heuresdu soir venaient de sonner. A cette heure-là, madame de Fiers, qui déjeunait seule et qui avait reçu chez elle tout le jour soit M. de Marigny, soit Her-
iS UNE VIEILLE MAITRESS:.
mangarde, soit madame d'Artelles, avait terminé sa toilette et pouvait vaquer, si besoin était, à tous ses devoirs de châtelaine. N'oublions pas, pour faire mieux comprendre cette douairière incomparable, comme le monde n'en reverra jamais plus, que sa toilette était d'autant plus longue qu'elle la mesurait sur son âge. Elle pensait, comme ce jeune et aimable sage dont elle aurait été digne d'être la mère et à qui do précoces infirmités avaient appris la vieillesse*: que plus on vieillit, -plus on doit se parer, .kux différentes phases de sa vie, elle s'était mise avec le goût d'une femme qui a dans l'esprit toutes les nuances. Elle prouvait, à son déclin, qu'elle savait son métier de vieille, comme ella avait su tous les autres à chaque marche de cet escalier du temps, qu'elle avait descendu comme elle descendait dans sa jeunesse le grand escalier de Versailles, o Les femmes comme nous — disait-elle souvent — se doivent de mourir dans leurs dentelles. » C'était, à ses yeux, la pourpre qu'il ne fallait jamais dévêtir, quand on avait été une des reines de l'aristocratie française qui avaient porté le sceptre d'éventail à Trianon.
L'exactitude de grande dame que madame la marquise de Fiers admettait dans toute son
* Vau/enargues.
existence d'intérieur, ne s'était point démentie. On la voyait assise à la place consacrée, dans une vaste bergère, poséecontrele trumeau entre la cheminée et la fenêtre. Cette bergère de satin clair broché, et que le temps avait un peu jaunie, était, avec une autre entièrement semblable et probablement destinée à madame d'Artelles , les deux seuls meubles d'une époque moderne qu'il y eût dans ce vaste salon, décoré à la Louis XIII, et dont l'ameublement de velours ponceau et de chêne sculpté étalait gravement un luxe royal. Elles faisaient là, du reste, comme un contraste singulier. Elles avertissaient suffisamment l'observateur de la différence des temps etde l'amollissement des races. Ces femmes, nées sous les courtines des lits Pompadour, et qui, sans la Révolution française, n'eussent jamais pris la peine de marcher à pied, n'auraient pu soutenir la fatigue de rester longtemps dans un de ces grands fauteuils où la reine Marie de Médicisse tenait, toute droite sous son buse. Leurs corps affaiblis avaient besoin de retrouver les molles sensations d'une jeunesse à laquelle il avait fallu, pour apprendre le pli de la rose, l'écroulement d'une monarchie.
Lorsque madame d'Artelles souleva la portière du salon, la marquise de Fiers était seule, les mains nues et oisives, comme toujours;
posée sur un guéridon chargé de journaux, de quelques livres, d'une tabatière d'écaillé, et de lunettes revêtues de leur étui de chagrin. Elle semblait si préoccupée que tout d'abord elle n'aperçut pas son amie. De la main appuyée sur le guéridon, elle tenait par un de ses angles une lettre pliée qu'elle regardait à rapides intervalles. Son front clair, sous ses rides longues et droites, s'obscurcissait des soucis de la réflexion. Elle relevait parfois son regard, de la lettre qu'elle tenait sur la mer, qu'on apercevait de la fenêtre et dont les flots montants, devenus plus verts à l'approche du soir, emplissaient démesurément ce petit havre, creusé par la nature, qu'on appelle le port de Carteret.
Sa rêverie inaccoutumée frappa madame d'Artelles. Mais une telle distraction n'était pas si profonde dans un être d'un esprit aussi alerte que l'était madame de Fiers, qu'elle n'entendît pas le frou-frou de la robe de soie de la comtesse. Elle tourna vers cette commensale de toute sa vie, encore plus que de sa maison, une tête fine, si bien portée encore, et lui faisant un petit salut familier et gracieux :
— a Où donc étiez-vous, ma très chère belle ? — lui dit-elle d'une voix libre et d'une attention déjà revenue.
— Moi I — répondit madame d'Arlelle?. — J'étais à écrire et je m'y suis oubliée. Pardonnez-moi, ma chère amie; j'aurais dvi savoir cjue vous étiez descendue et seule, car il est trop bonne heure pour qu'Hermangarde et M. de Marigny soient rentrés.
— Ah! ma chère, liberté complète, — reprit la marquise. — J'ai toujours eu le respect de l'indépendance de ceux que j'aime. Je serais un fléau d'amitié si je ne pouvais vous céder, même pour une heure, à notre cher vicomte de Prosny.
— Oui, c'est à lui que j'écrivais, — dit madame d'Artelles. — Croyez-vous qu'il ne m'a pas écrit une seule fois depuis notre départ de Paris? Il est bien de la plus insupportable lenteur!
— C'est une tortue épistolaire, — répliqua la marquise, — et vous aurez beau faire, ma chère comtesse, vos reproches les plus acérés ne traverseront pas son écaille. S'il éprouve la même difficulté de commencer ses lettres que de finir ses phrases, ce doit être un aimable correspondant.
— Dites tout ce que vous voudrez de lui ! — fit madame d'Artelles, en roulant sa bergère auprès de son amie. — Je suis trop mécontente de sa paresse pour le défendre contre vous. »
Elle ne s'assit pas... mais, avec cette curiosité que les femmes qui ont de l'usage cachent très bien sous un air très simple :
— a Comme la mer monte! — dit-elle, en allant jusqu'à la croisée et en y restant quelques secondes, le front collé à la vitre.
— Oui, — répondit madame de Fiers, — c'est grande marée. M. de Marigny n'aura pas pensé à cela. Où est-il allé avec sa femme? S'ils tardent beaucoup, le pont de là-bas sera couvert et ils seront obligés de revenir par eau.
— Vous n'êtes pas inquiète toujours?... » fit la comtesse en se retournant. Et son œil de faucon tomba sur la. lettre que tenait la marquise, mais le cachet et l'adresse n'étaient pas distincts dans le mouvement qu'imprimait à la missive la main qui l'agitait, et elle ne vit rien... de ce qu'elle voulait voir.
Un autre jour, elle n'eùtpaseu cettecuriosité, indigne des habitudes élevées d'une femme comme elle, mais elle avait remarqué, en entrant, le visage altéré de son amie, sur lequel la placidité intelligente d'un esprit apaisé depuis longtemps et la réverbération du bonheur d'Hermangarde versaient habituellement une sérénité infinie.
Madame d'Artelles supposait ?nns doute qu'il y avait un rapport secret entre la lettre de la
marquise et la préoccupation dont elle paraissait obsédée
— et Non, — dit madame de Fiers, — je ne suis pas inquiète. Seulement je crains qu'Hermangarde ne prenne froid. Voici le soir. Nous sommes en octobre, et le froid est bien pénétrant sur la mer, quand le soleil est couché. »
La comtesse regagna lentement sa bergère et s'assit
— a Est-ce que vous avez fait comme moi, marquise? — dit-elle du ton naturel le plus dégagé, en rangeant les plis de sa robe, du bout de ses quatre doigts, avec une légèreté charmante. — Est-ce que vous avez écrit à quelqu'unj que je vois une lettre entre vos mains? »
Madame de Fiers se prit à sourire, et eut la petite malice d'être très naturelle aussi, en répondant :
— « A qui donc voulez-vous que j'écrive, ma chère belle ? Je n'ai pas comme vous de vicomte de Prosny à admonester. Cette lettre que vous voyez là — (madame d'Artelles ne la voyait pas du tout) — n'est ni de moi, ni même à moi. Elle est adressée à M. de Marigny, et on vient de me la remettre à l'instant, »
cha ses lunettes.
-- c Est-ce de Paris ? — fit-elle, comme par
suite de conversation et sans attacher, semblaitil, la moindre importance à la réponse, en passant les branches d'or de ses lunettes dans les belles grappes de ses cheveux blancs.
— Oui, c'est de Paris, » — répliqua la malicieuse marquise, avec une brièveté qui accusait plus de taquinerie que de réserve. On l'a vu, la marquise était un peu taquine. C'était là une des formes de cet esprit bienveillant auquel sa bonté, toujours présente, envoyait parfois d'adorables reflets de cœur.
Arrivée à ce point, madame d'Artelles ne pouvait faire un pas de plus. Elle avait trop de goût pour oser risquer d'être indiscrète, même avec une aussi intime amie que madame de Fiers. Elle prit courageusement son parti, et se mit à travailler à son filet.
Il y eut un petit silence. Mais la douairière, qui aimait la comtesse et qui avait besoin de confiance en ce moment, car une idée inquiète la poursuivait, s'abandonna à cet instinct d'une àme alarmée. Elle ne craignait pas de récrimination de la part de son amie. N'avait-elle pas vu M. de Marigny détruire un à un tous les préjugés que la comtesse noiu'rissait contre lui depuis longtemps?...
— tt Connaissez-vous cette écriture?» fit-elle en lui tendant la lettre.
Madame d'Artelles prit la lettre, la regarda,
l'approcha de ses yeux, la regarda encore, hocha la tète :
— « C'est un abominable griffonnage, — s'ëcria-t-elle. — Ma foi! marquise, je ne connais personne qui écrive comme cela.
— C'est — reprit la marquise — une écriture de femme...
— ... De chambre, — interrompit madame d'Artelles.
— Non, — dit la marquise. — Les femmes de chambre ne plient pas ainsi leurs missives, et n'ont pas de cachet comme celui-ci. Voyez plutôt! »
Elles avaient presque raison toutes les deux. C'était bien une écriture de femme, irrégulière, peu lisible, mais non tremblée. Elle indiquait plutôt une main nerveuse et hardie. C'était une de ces écritures qu'on appelle extravagantes, avec de grandes lettres au milieu des mots; l'opposé, comme l'avait bien vu madame d'Artelles, de ces traits élégants, imperceptibles et penchés dont le caractère est de n'avoir point de caractère, dignes par conséquent de servir d'expression aux femmes comme il faut, qui n'en ont pas davantage.
Mais ainsi que l'avait observé madame de Fiers, la lettre était pliée d'une manière aristocratique et irréprochable, parfumée d'une