L'ESPRIT CHRÉTIEN DES BOUCHER- VILLOIS
Les œuvres religieuses, à Boucherville, se sont opérées dans un concours de zèle toujours unanime. Depuis la petite chapelle bâtie par M. Boucher, au fort Saint-Louis, en 1668, l'église de la paroisse a été six fois rebâtie ou considérablement réparée ; et chaque fois les fidèles en payèrent les frais avec une libérale émulation.
L'église et le presbytère, la maison de Dieu et celle de son ministre, ont été élevées, relevées, embellies, dans la tranquillité de la paix. Nous nous sommes convaincu de cette pacifique entente des paroissiens, en feuilletant les livres des délibérations de la fabrique.
Constater un fait de ce genre, est d'autant plus
consolant qu'il est devenu relativement rare, Maintes paroisses ont vu naître la discorde dans leur sein, en élevant le temple où tous les paroïissiens doivent s'unir dans l'accord des mêmes sentiments, pour adorer, pardonner, espérer et s'aimer. L'esprit du mal aime ainsi à troubler les actions les plus saintes ; c'est dans le champ le plus fécond du moissonneur que l’envieux vient semer su zizanie.
Souvent un esprit brouillon à fait tout le mal. Il lui a suffi pour exercer sa néfaste influence, d'être servi par quelques partisans, d'émouvoir certaines passions toujours prêtes à l'être, de crier au luxe, aux folles dépenses... Grâce à ce procédé, il creuse une source de mal, à côté d’une entreprise toute à la gloire de Dieu. Ce n'est pas que l'énergie du cure et des fidèles soit nécessairement arrêtée par ces arias, mais le mérite de plusieurs contribuables y est au moins sacrifié ; car il n’y a plus de mérite à donner par contrainte, ce qui devait être l’aumône volontaire offerte à Dieu.
Agissant donc d'accord, les habitants de Boucherville n’ont pas perdu ce mérite plusieurs fois renouvelé ; ils n'ont pas surtout assumé la terrible responsabilité de ceux qui, à propos de l'emplacement,
de la réparation, de la construction: d’une église ou
d'un presbytère, soulèvent des difficultés à leur curé ou à ses représentants, Il ne faut pas faire un crime à quelques Bouchervillois d'avoir eu leurs
plans et de les avoir fortement suggérés ; il est
1 assez innocent aussi de les avoir crus supérieurs aux ; ( plans des hommes du métier, comme la chose est r arrivée, par exemple, en 1801. Cette conduite a | pû dévoiler de la suffisance, et peut-être, certains al. intérêts personnels assez étroits; mais elle ne re s'est jamais portée à ce point, d'engendrer des inies mitiés entre pasteur et fidèles : ce mal qui ferme les xe, consciences au confesseur, ces blessures de l'âme si a6e souvent demeurées sans guérison.
la Donner à Dieu, pour l'honneur de son temple, uré quelque chose des biens que lui-même dispense, a par justement paru de tout temps, aux paroïissiéns de tri- Boucherville, un simple acte de reconnaissance. Ils a de l'ont fait sans défiance et n'en ont pas été plus pauêtre vres. Ils ont manifesté encore une fois, en 1879, ce bon esprit, en adoptant, pour la réparation de l’éher- glise, la souscription volontaire, de préférence à la Düi répartition légale. “Eh! qu'avons-nous done à vos- perdre ?” disait l’un d'eux, en 1878, en donnant sé sa contribution pour la chapelle du Sacré-Cœur.
LL Croyez-vous que le bon Dieu va me jeter dans la
“ misère et les privations, parce que je me prive de “ quelque chose pour lui? Allons donc! s'il ne “ me remet pas la valeur de mon argent avant ma “ mort, il me le devra au ciel : alors, tant mieux !”
Ce langage dans sa simplicité, est vrai. Dieu qui nous donne la vie, la nourriture, le vêtement, le logis, et qui daigne habiter parmi nous, pourrait bien exiger que nous lui bâtissions une demeure convenable ; loin de là, il promet une immortelle récompense à ceux qui lui élèveront un temple de bon cœur, Non, une aumôûne comme celle-K. n’appauvrit personne.
Il en a été du presbytère, avons-nous dit, comme de l’église de Boucherville : la même générosité a présidé à l’un et à l'autre. En cela, rien qui surprenne ; ne serait-ce pas un contre-sens étrange qu’une paroisse où Dieu serait respecté, et le curé ne le serait pas? D'ailleurs, si l'esprit religieux n'eût pas suffi, le grand bon sens des paroissiens leur eût indiqué la raison de convenance, qui veut que la maison du père spirituel de la paroïsse soit digne de son rang. Il serait injuste, pensaient-ils, de ae pas agir en cette matière, à l'érard du curé, au moins comme on le fait à l'égard du marchand, du médecin et de l'avocat. Or, parce que les parois-
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siens ont contribué au bien-être de ces hommes, en
payant certains remèdes ou la défense de quelques-
uns de leurs droits, ils ne s’arrogent pas pour cela le pouvoir de règler les dimensions de leur logis, de mettre obstacle au confort qu’ils veulent bien se donner à eux-mêmes. Peuvent-ils donc s'arroger ce droit parce que le prêtre consacre sa vie à la guérison de leur conscience et à la défense de leurs droits les plus sacrés ? parce qu'il est à la fois le médecin et l'avocat des âmes ? Cette prétention n’a rien qui ressemble à l'esprit de foi. Aussi, personne, à Boucherville, n’a assez ignoré les bienfaits du
ministre de Dieu pour oser la manifester.