LA CHAPELLE DES CONGRÉGANISTES
Près de l’église s'élevait, sur Le terrain des Sœurs, la chapelle dont nous avons parlé à l’occasion des dons généreux du sieur Pierre Boucher. Les Congrégaristes s’y réunissaient le dimanche et les soirs du mois de mai, pour réciter l'office et chanter les louanges de la srnte Vierge. C'était un spectacle édifiant de voir accourir du fond de leurs concessions, ces braves défricheurs, anciens militaires pour la plupart et plusieurs même descendants de nobles familles, apportant aux pieds de Marie Îles dons de leur piété candide, leurs cantiques, leurs vœux, les fleurs sauvages de leurs champs.
Ces scènes nous rappellent qu'il existait, dans nos campagnes, il y a quelque vingt ans, une pieuse coutume de faire ajnsi le mois de Marie,
purs, n des . Con-
s SOIT er les specrs CONitaires nts dé rie les s, leurs
t, dan$ s, une
Les mères de famille et leurs filles ornaient une petite chapelle ordinairement bâtie au pied d’un calvaire ; et, devant une statue ou une image de la sainte Vierge, vieillards et enfants, pieusement agenouillés sur le sol, récitaient le chapelet. Puis on chantait en plein air des hymnes et des cantiques ; tous les apprenaient, y répondaient en chœur, et les fredonnaient ensuite pendant leur travail de chaque jour. Marie était bénie à jamais.
Hélas ! les chapelles et les calvaires tombent, sont tombés, et ne se relèvent pas toujours !
Cette chapelle des congréganistes de Boucherville exista près de cinquante années. La voyant tomber en ruines, le R. M. Marchand proposa, en 1740, de la démolir et d'en élever une autre ; ce qui fut fait de l'agrément de tous les membres de la congrégation,
Fervent serviteur de la Mère de Dieu, M. Marchand n’épargna rien pour l’embellissement du nouveau sanctuaire, L'autorité d’ailleurs dont jouissait ce prêtre vénéré sur ses paroissiens, autorité que ne firent qu'accroître ses œuvres de charité, ses trente-huit ans de séjour au milieu d'eux, sa dignité de grand-vicaire de Mgr Jean-Olivier Briand, pour Montréal, lui permettait de tout obtenir de leur
pisuse générosité. La chapelle eut des ornements, des ex-voto, des peintures d’un art exquis. Plusieurs, après la démolition, ont été conservés dans l’église et sont devenus, en 1843, la proie des flammes.
Le procès-verbal d’une assemblée présidée par M. Denaut nous indique approximativement l'endroit où s'élevait cette chapelle. La fabrique venait d’acheter des demoiselles de Grosbois, l'emplacement qui sépare la rue Sainte-Famille du fleuve, à l’extrémité de la place publique, devant l'église. Les marguilliers avaient acquis par là un terrain que leurs prédécesseurs avaient eu appartenir à la fabrique en vertu de la donation en franche-aumône du sieur Pierre Boucher ; mais que M. de Beauharnoiïs, intervenu pour mettre fin à une contestation qui s’était élevée à ce sujet, et appuyé sur l'autorité du sieur Radisson, arpenteur royal, avait rendu à la famille B. de Boucherville.
Or, dans une assemblée, en 1819, il est résolu que, pour laisser plus libre la place publique en face de l'église, on fera disparaître la vieille chapelle, qui s'en va en ruine, et qu'on la rebâtira en front avec le presbytère,
Cette dernière résolution n’a pas été mise immé-
t avec
immé-
diatement à effet.
que fut construite la nouvelle chapelle, en pierre, au coin de la rue Sainte-Famille ; l’ancienne resta debout jusqu'en 1832.
Ce n'est que douze ans après
Une plaque de plomb, encastrée dans une de ses pierres fondamentales et retrouvée après la démolition, atteste la date de la pose de la première pierre, par M. le curé Marchand, assisté du seigneur Pierre de Boucherville. En voici le texte :
Anno Salutis MDCCXXXX, vacante sede Pontificali, LUDOVICI DECIMI QUINTI REGNI XXV, Capella Sanctæ Mariæ virgini sacra, felicibus auspiciis inchoat. LAPIDEM PRIMARIUM AQUA LUSTRALI PIATUM solemni ritu in fundamentis collocant D. PETRUS DE BOUCHERVILLE DOMINUS PAROCHIÆ, Et DOMINUS STEPHANUS MARCHAND ejusdem loci parochus, die 29 Junii, anni supradicti, ad majorem Dei gloriam.