LE PRESBYTÈRE
Sur la première page du troisième volume des registres de la paroisse de la Sainte-Famille, on lit les lignes suivantes: “L'an de Notre-Seigneur, mil sept cent dix-huit et le quatorzième de juillet, la première pierre du presbytère de Boucherville a été placée.” M. Saladin ? en prit possession deux ans après.
Avant ce temps et après le séjour du curé chez le seigneur de Boucherville, il y avait un autre presbytère, une ‘“ maison presbytérale,” comme l'appelle M. l'abbé Claude Dauzat, remplaçant intérimaire de M. Guybert de la Saudrays à la cure
1 M.Simon Saladin, prêtre de Saint-Sulpice, desservit Boucher: ville durant onze ans, jusqu'en 1727. Venu du diocèse de Viviers, en France, il mourut à Montréal, en 1747, âgé de 61 ans,
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de la paroïsse. Mais rien n'indique que cette maison ait été bâtie aux dépens de la fabrique, ni le moment où M. de la Saudrays en fit sa résidence. Le nouveau presbytère fut assez solidement bâti pour durer plus d’un siècle”
M. Saladin l'avait fait construire, M. Dufrost fut le premier à le faire réparer, près de soixante ans après 1
En 1775, en effet, furent inscrits dans le livre des délibérations de la fabrique le don d’un magnifique tabernacle, de plusieurs vêtements sacrés, et cinq cents francs donnés par la fabrique pour Ja réparation du presbytère.
Entre autres prêtres qui y firent long séjour, fut
le vénéré messire Pierre-Antoine Tabeau, quinzième
curé de la paroisse. Fils d’un capitaine de milice
1 M. Charles-Madeleine You de la Découverte-Dufrost, prêtre, était fils de François-Madeleine You de la Découverte et de Mme d'Youville, Marie-Margucrite Dufrost de Lajemmeraye, fondatrice de l'Institut des Sœurs Grises. M. Dufrost fut tour à tour curé de Sainte-Rose-de-Lima, de la Pointe-Lévis et de Boucherville. Il mourut dans c tte dernière paroisse en 1790, et son corps fut déposé dans le caveau de l’église sous le sanctuaire, Mgr Hubert, évêque de Québec, l'avait nomrié, deux ans auparavant, son grand-vicaire, à Montréal,
Son frère, François d'Youville de la Découverte, prêtre et curé comme lui, mourut quelques années avant lui à l'Hôpital-Général des Sœurs Grises, et fut inhumé aux pieds de Mme d’Youville, sa mère,
de Montréal, il apporta dans la milice du Christ la même infetigable ardeur, dont son.père avait fait preuve sur les champs de bataille. Ordonné en 1805, il vint à Boucherville douze ans après et y demeura jusqu’en 1831. Dans cet intervalle, il fit deux missions dans le Nord-Ouest, où il déploya un zèle digne d’un véritable apôtre.
En 1829, Mor Lartigue le chargea d'une mission d’un tout autre genre, à Rome. La fidélité avec laquelle il s'en acquitta, lui mérita d’être appelé, à son retour, à l'évêché de Montréal et nommé grandvicaire. Cette dignité l’affigea profondément, Dans son humilité, il s’en croyait indigne : l’'humble ministère dans une paroisse ou dans une pauvre mission sauvage, disait-il, était déjà plus que je ne pouvais faire.
Les paroissiens ne furent pas moins affigés de son départ; car s’il mettait dans leur direction quelque chose de cet esprit militaire qu'il tenait de sa famille, si tout devait marcher un peu comme marche un bataillon ; hommes et femmes éprouvaient cependant, en devenant tous plus ou moins soldats sous son commandement, qu'ils avaient en lui un saint et généreux capitaine, toujours le premier dans l'exercice des œuvres de charité, toujours
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le premier à la peine, prêt à relever les faibles, à panser leurs blessures, à se faire leur champion contre tous leurs vrais ennemis. “Ah! c'était un “brave curé, celui-là, nous disait dernièrement un
“vieillard de Boucherville; c'est lui qui m'a fait
“faire ma première communion ! et si ça marchait
“en règle ! et si nous l’aimions !” L'humilité de M. Tabeau n'était pas à bout. En
le choisissant comme son grand-vicaire, Mgr de
Telmesse avait l'intention d'en faire son successeur ;
et Rome avait agréé son choix.
Des bulles furent expédiées le 3 octobre 1834,
nommant M. Tabeau évêque de Spiga, àn partibus
infidelium cum futura successione. Sa consécra-
tion néanmoins n'eut pas lieu; car de ce jour sa santé alla toujours s’affaiblissant, et il mourait au mois de mai suivant, 1835, âgé seulement de cin-
quante trois ans.
Il fut, selon son désir, inhumé sous le sanctuaire de l’église de Boucherville. Mgr René Gaulin, coadjuteur du diocèse de Kingston, chanta son service funèbre. Seize prêtres signèrent l’acte de sépulture ?, Revenons au presbytère,
1 Registres de Boucherville,
2m De D € Ego M SC L
M. Tabeau venait d'y arriver, quand les marguilliers résolurent, dans une assemblée, d'exposer à Sa Grandeur Mgr Plessis “ la nécessité urgente et indispensable ” de construire un chemin couvert à côté de l’église, d'enclore le cimetière d’un mur de pierre... .et de faire des réparations au presbytère. Ces permissions furent accordées l'année suivante, pendant la visite pastorale de Mgr Panet, coadjuteur de Québec.
Néanmoins, tout réparé qu’il était, le presbytère avait cent ans; et dans une assemblée tenue en 1826, M. Tubeau déclare qu'il l'a abandonné à eœuse de sa vétusté. Son successeur, M. François Demers, obtint la permission de prendre trois cents louis de la caisse de la fabrique, pour en construire un autre. Cinq mois seulement de séjour à Boucherville, ne lui permirent que de préparer les plans ; au R. M. Hudon fut laissé le soin de les faire exécuter.
Ce presbytère est celui d'aujourd'hui.