‹ Une vieille seigneurie, Boucherville [microforme]Chapitre 34 sur 90 · QUELQUES FAITS ET QUEL- QUES NOMS · texte numérisé non relu

QUELQUES FAITS ET QUEL- QUES NOMS

Parmi les faits inscrits dans les archives de Boucherville, un certain nombre sont pour nous @ un intérêt particulier. Quelques même, à raison de leurs auteurs, ou des circonstances qui les ont accompagnés, méritent une place en vue dans l’histoire du Canada.

La première page des registres de la paroisse, a conservé un manuscrit parfaitement lisible du P.

Marquette !: le seul autographe de ce genre en Canada, croit-on, du célèbre explorateur jésuite et missionnaire de l’ouest. C’est un acte de baptême. Nous en donnons ci-

contre le fac-simile.

1 Ils’est fait en l'honneur du P. Marquette depuis quelques années, un mouvement qui ressemble à un triomphe. En 1821, M. Gabriel Richard, missionnaire à Détroit, parcourant les

. bords du lac Michigan, fut conduit par les

sauvages, à l'endroit où fut d’abord enterré

Après le P. Marquette, la paroisse de Boucherville eut l'honneur de recevoir un grand nombre d’autres célèbres personnages. Elle a été pendant longtemps comme le rendez-vous des plus illustres officiers, seigneurs et même gouverneurs du Canada. On fait mention de plusieurs d’entre eux qui venaient prendre part à la récitation de l'office de la, Sainte-Vierge dans la petite chapelle des congréganistes. Plusieurs autres de ces noms historiques sont inscrits dans les archives parmi ceux des pères, parrains, marraines, enfants des plus grandes famil- ‘ les du pays. A la date du 15 novembre, nous retronvons dans le registre de 1673 le nom de

“ Louis, fils de M. Jean-Baptiste Le Gardeur, sei-

“ gneur de Repentigny et de Marguerite Nicolet,”

ayant pour parrain “M. Louis de Buade de Fron-

le découvreur du Mississipi. Il y éleva une croix de bois, sur laquelle il grava ces paroles :

“Fr. JH. MARQUET DiED HERE 9TH MAY, 1675. ”

Depuis, des historiens, comme J, G. Shea, ont écrit le récit des découvertes et des travaux du missionnaire jésuite ; un des éérivains les plus distingués des Etats de l'ouc.t, vient de publier les rélations d’un voyage qu'il fit depuis le Miseissipi jusqu'au lac Michigan, en passant par les mêmes rivières, les mêmes portages que le P. Marquette. Le 3 septembre 1877, les jésuites du Michigan, creusèrent, en présence de Mgr Mrak, évêque de Marquette, à l'endroit où était

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‘“tenac, chevalier, comte de Palluau, IXe gouver- “ neur du Canada, de 1672 à 1682, et XIIe, de 1689 “à 1698 ; m. (marraine) Mlle Marie-Anne Le Neuf “ de la Poterie, femme de M. René Robineau, sei- “ gneur de la Poterie.”

L'acte suivant se lit quelques pages plus loin: “ 1687, 20 octobre.—Charles, fils de Charles Le “ Moyne, ler baron de Longueuil, chevalier de Longueuil, chevalier de St-Louis, gouverneur de “ Montréal, administrateur, de 1725 à 1726, ct de « damelle Claude-Élizabeth Soüart, femme de son “ Altesse Royale Mad. de France ; par., Jacques Le “ Moyne, Ecr, sieur de Sie-Hélène ; mar., Anne de “ Robutel, fille de M. de Saint-André, de son nom “ Claude Robutel, sieur de la Noue, seigneur de “ l'Ile de St-Paul. ”

autrefois la petite chapelle de Mackinaw, et retrouvèren:i les restes d'ossements du vénérable missionnaire. (On les conserve dans l'église Saint-Ignace. (History of the Catholic Missions,—J, G. Shea.)

Chaque Etat de la république américaine a droit de placer dans la grande salle du CAPITOLE NATIONAL, à Washington, deux statues : celles des deux plus grands personnages de J,Etat. En mars 1887, l'honorable George C. Ginty, choisit pour lun des deux héros le

‘missionnaire jésuite, #t proposa au Sénat du Wisconsin un bill

autorisant le gouverneur d'ériger à Washington la statue du P. Marquette, ‘the faithful missionary whose work among the Indians, and explorations within the borders of the state in the early days, are recognized all over the civilized world.” (Section 2 du bill}, Il te soutint et le fit adopter après un brillant éloge de Marquette,

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ET

Au bas de l’acte de baptême de Marquerite-Philippe, file de M. de Muy, gouverneur de la Louisiance, et de Margucrite Boucher, se trouve la signature d’un autre illustre parrain: “M. Philippe de Vaudreuil de Rigaud, colonel de toutes les troupes du Roy én la Nouvelle-France, marquis, chevalier de St-Louis, capitaine de vaisseau et gouverneur général de toute la Nouvelle-France en 1704”

Nous pourrions ainsi citer le nom de Louis d’Ailleboust, sieur de Coulonges ; de Alexandre Le Gardeur, sieur de Montesson, tué à Montréal, en 1672, dans un combat contre les Iroquois : l’un et l’autre, parrains de deux enfants sauvages dont ils s'étaient faits les protecteurs.

À ces noms, pourrait encore s'ajouter celui de l'oncle de madame d’Youville, le célèbre de la Vérendrye, dont Mgr Taché se glorifie d’être l’arrière-neveu, et qui signa avec sa sœur, l'acte baptismal de Marie-Marquerite de Muy: “ Louis Gaultier dé la Vérendrye et Magdeleine Gaultier de Varennes.” . C'était le 1!) décembre, 1691.

Cette mêmc année, un baptême d’un autre genre eut lieu à Boucherville, clui de la première cloche de cette paroisse. M. Ignace B. de Grosbois en fut le parrain, comme :il l'avait été de Marie Kigen-

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ta8e ; Marie Boucher était la marraine de l'enfant sauvage, Jeanne sa sœur le fut de la petite cloche, que l’on appela Marie-Jeunne.

On la monta dans l’humble clocher de l'église de bois, le 23 mai, veille de la féte de l’Ascension.

Jour joyeux, que celui où elle se fit entendre pour la première fois. Plusieurs de ces braves colons n'avaient pas entendu la cloche depuis plus de vingt ans. Maigré les frêles échos de sa voix, la petite Marie-Jeanne leur parlait de joie, reportait leur cœur dans la vieille patrie de France et réveillait les tendres souvenirs de leur village natal.

L'année suivante eut lieu l'érection canonique de la paroisse, et M. Pierre-Rodolphe Guybert de la Saudrays en fut nommé curé.

L'affection toute filiale dont ce digne prêtre jouissait auprès de ses paroiïssiens, a laissé à Boucherville des souvenirs ineffaçables. L'ayant rappelé en 1711, l'évêquede Québec reçut des Bouchervillois une lettre si touchante, l'expression d’un amour si sincère, de si pressantes prières, qu’il dût donner de nouveau ce pasteur à son troupeau. La lettre qu'il écrivit à cette occasion est un magnifique éloge de la piété des fidèles et du vénérable curé qui les y avait formés. “ Le désir, dit Mgr de Saint-Vaiier, que vous

“m'avez témoigné de retenir M. de la Saudrays, vo- “tre curé, m'a paru si louable que je n'ai rien omis “pour le satisfaire. Je crois aussi que Dieu, à qui “vous vous êtes adressés par vos prières a béni vos “intentions et le soin que j'ai pris de les faire réus- “sir. Enfin, j'ai obtenu de Monsieur Dollier, qu’il “ne laisserait pas plus longtemps un troupeau si ‘“affectionné à son pasteur, privé de sa présence ?. “ Le plaisir qu’il nous fait, à vous et à moi, est d’au- “tant plus considérable qu'il se prive lui même et “son séminaire d'un sujet dont il a grand besoin. “ Mais il ne peut rien refuser à son évêque, et votre ( “évêque ne peut rien refuser à des paroïissiens qui l ‘ont un amour si ardent et si sincère pour leur

“père. Recevc :-le donc de ma main, une seconde “fois je vous le renvoye, profitez d'autant plus de “ses instructions, que vous avez eu plus de crainte “ de le perdre et que j'ai eu moi-même plus de pei- “ne de le rendre. Vous m'avez demandé que j'en ‘“ fisse un curé fixe : je le fais de tout mon cœur. “ Mais souvenez-vous que le véritable moyen de le “ fixer, c'est de faire fructifier de plus en plus la

1 M. François Dollier de Casson était supérieut du séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, 11 est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Canada, dont quelques-uns ont été publiés par la Société historique de Montréal,

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“divine semence qu'il répandra dans les cœurs. “ Adieu, mes chers enfants,.... 16

Outre sa sainteté et son dévouement envers chacune des familles en particulier, M. Guybert de la Saudrays avait accompli bien des œuvres qui le rendaient digne de cet attachement. Le couvent confié à la direction des sœurs de la Congrégation, et l'école dirigée par un instituteur laïque, étaient

presque en entier le fruit de ses sacrifices.

Jusqu'à cette époque, les affaires de la fabrique de Boucherville semblent avoir été entièrement laissées sous le contrôle du curé. La première assemblée de paroisse dont fassent mention les registres eut lieu à la fin de l’année 1727. On y examina l'état des comptes, on élut un second marguillier, — il n'y en avait alors que deux—et de ce moment ces sortes d’assemblées se firent régulièrement chaque année.

En 1731, Mgr l’évêque de Québec y fit une visite pastorale. Ce fut une grande consolation pour les fidèles, un puissant encouragement dans leurs travaux et leur piété.

Quelque temps après, les Ursulines de Québec envoyèrent à l'église un magnifique tabernacle doré,

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et de généreux paroiïssiens firent don d’une clo- : che, pour remplacer Marie-Jeanne, devenue trop | faible pour se faire entendre dans toute la paroisse.

Ces faits avaient lieu vers l’an mil sept cent cinquante. En dépit de la conscription, du désastre dont nous faisons plus loin le récit, et des difficultés qui accompagnent toute fondation, le nombre des colons avait considérablement grandi ; l’aisance était entrée dans leur foyer, toutes les terres de la seigneurie étaient concédées et en grande partie livrées à la culture.

Il sera bien superflu de dire que la conduite des paroissiens devait êtretrès chrétienne, à l’on se rappelle l'origine de ces braves colons-soldats, le choix qu’en fit le sieur Pierre Boucher,les dangers incessantsauxquels ils étaient exposés, leur frugalité et leurs durs travaux. Ces préservatifs ne suffisaient pas encore, et l'autorité religieuse et civile voulait d’autres garanties de la conservation des mœurs. Un contrat de vente au sieur Gilles Papin, par-devant Antoine Loiseau, notaire royal, fait preuve des précautions que l'on prenait alors pour éviter toute cause de désordre. Entre autres conditions, il y est dit que: “ le preneur, ses hoirs et ayans cause ne pourront “tenir sur le dit emplacement de cabaret public ou

“jeux de brelan ou assemblée de danse ou bal, sans

p “un exprès consentement par escrit du Sr curé ou Le “ses successeurs à la dite cure.” Les conditions PER s'étendent même jusqu’au travail que l'acquéreur re doit faire pour l'entretien de la propreté, “enlevant Ge toutes pailles et bourier,” le tout “à peine déchoir We du dit emplacement” !.

née De telles précautions jointes à de telles disposii tions de la part de tous les citoyens, conservèrent sie longtemps à Boucherville son esprit primitif. S pa- 1 Au Greffe de Montréal. A. Loiseau (1735.) pelle qu'en

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