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mée pour sa foi et sa piété, la nouvelle et magnifique maison d'école, toute la profondeur du village, jusqu'au chemin des concessions, tout brûlait à lu fois. Les flammes se propageaient avec une si effrayante rapidité, que cinq minutes suffisaient à embraser entièrement une maison intacte l'instant d'auparavant.
“ À sept heures le clocher tomba dans le cimetière, porté dans cette direction par le vent. Dans cette chute il se dégagea une si prodigieuse quantité d'étincelles que soulevait et emportait le vent, que deux granges, situées au luc, à un mille de là, furent au même instant embrasées et détruites. On porte à soixante le nombre des maisons incendiées, sans compter les autres bâtiments. On dit, mais nous ne pouvons le croire, qu'on cria au capitaine qui prenait le large pour continuer son voyage, de retourner à Montréal pour y chercher des pompiers.
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Le fait est qu'r , il descendit à Varennes, où son | veau le feu à l'hôtel Rusco, mais ( en çu à l'instant et on put aussitôt l'éteindre. Le Zady Colborne, qui avait quitté Montréal, à six hevres, pour descendre à Québec, s'étant aperçu de l'incendie, se dirige: ‘ur le lieu du sinis-
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secours, il retourna aussitôt sur ses pas pour amener des pompes et aussi des hommes de police, ce qui n'était pas moins nécessaire, car on assure que des brigands avaient profité du désastre et du tumulte, pour piller ceux dont le feu dévorait les maisons ; on les vit charger des canots, et prendre le large avec leur butin. Si ces faits sont vrais, nous n'avons pas âe paroles assez énergiques pour flétrir des actes aussi hideux. Ce ne fut que vers neuf heures et demie, que M. le maire de Montréal, dont on ne saurait assez louer le zèle et la générosité, arriva avec le secours qu'il avait organisé. Mais il était trop tard ; les pompes devenaient dès lors inutiles, tout le village était détruit.
“ On doit à l’intrépidité et à l'intelligence du Dr Painchaud, d’avoir sauvé le presbytère de la conflagration générale, les bâtiments des cours seulement furent détruits. Si le presbytère eût pris feu, tout le bas du village eût été aussi réduit en cendres. Mais c'est tout ce qui reste de Boucherville, avec quelques maisons au-dessus de celle de M. Lacoste : environ un tiers de ce beau village. Jamais spectacle aussi terrible n'avait été offert à l'imagination ; ce vaste champ de feu qu'attisait un vent de tempête, cette grande église, son clocher d'où s'échappaient
148 UNE VIEILLE SETGNEURIE
comme des vagues de flammes, s'agitant, se conrbant sous les coups de vent, cet immense foyer représentant une mer en fureur et que labouraïent de brûlantes raffales, cette longue ceinture des quais d'où s’élançaient, comme des profondeurs d’un enfer, des tourbillons de flammes ; ces lueurs sinistres, effrayantes, que projetait l'incendie au milieu de la nuit sur tous les objets dans un immense rayon ; ces visages livides, cette consternation générale, le bruit de la tempête, des éditices qui s’écroulaient les cris de désespoir, les prières, les sanglots ; c'était un spectacle plein d'horreur, et si quelque chose pouvait donner une idée de l'enfer, ce serait cela.
“On cite plusieurs craits d’intrépidité et de dévouement. Ainsi, le jeune M. L. Taché a sauvé par son courage la maison de ses tantes, les demoïselles de Montizambert, comme le Dr Painchaud sauva le presbytère, comme le jeune M. Ph. Proulx sauva la maison de son oncle, M. L. Lacoste.
“ M. le curé mérite la plus grande part d’éloges. Il put transporter le Saint-Sacrement, les vases sacrés, tout le trésor de la sacristie. Il n’y eut que l'orgue et le corps de l'édifice qui devinrent la proie des flammes. L'église était assurée pour deux mille
cinq cents louis, et l'orgue pour cinq cents louis ; mais
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MASSAORE ET INCENDIE 149
aucune autre propriété du village n'était assurée, et la plus grande partie des victimes du sinistre, sont de pauvres gens! Aïnsi au moment où nous écrivons ces lignes, il y a cinq à six cents personnes sans asile et sans pain! Ils offraient, le lendemain du désastre, la scène la plus déchirante ; couchés la plupart sur les cendres encore fumantes du lieu qui avait été leur demeure, exposés aux ardeurs d’un soleil dévorant, ne faisant entendre que des soupirs et Ges gémissements, ne sachant ni où aller, ni que faire, ils ne redisaient que trop à tous les passants leur maïheur et leur désespoir. C'était un spectacle à briser le cœur !
“ M. le Maire revint à Mcntréal dans la nuit, et le mercredi matin il repartit avec l'hon. L.-H. Lafontaine, pour porter des provisions et des secours pour les plus pressants besoins : vingt-cinq quarts de farine, deux cents pains, dix quarts de lard, etc. Reconnaissance à ces généreux bienfaiteurs, qui ont ainsi pris l’initiative dans cette œuvre de charité qui ne manquera pas d’imitateurs. Il faut dire, à la louange des personnes du village qui n'ont pas souffert du désastre, qu’elles ont mis leurs biens et leurs maisons à la disposition des victimes de l’incendie, La société de St-Jean-Baptiste, qui devait
donner son banquet lundi prochain, et dont la carte était cotée à 3 piastres par tête, a résolu, dans un élan de véritable patriotisme, de donner le montant des souscriptions au soulageme at de ces infortunés. La corporation de Montréal doit convoquer une assemblée à l'effet de voter un secours public pour la même fin. On se propose aussi d'émettre une liste de souscription volontaire, qui serait offerte à tous les citoyens de Montréal, de Québec, de Kingston, de Toronto, pour secourir une grande infortune 1”
La charité ne trompa point l'espérance de ces malheureux. De toutes parts, mais surtout de Montréal et de Québec, arrivèrent des aumônes suffisantes à nourrir, durant plusieurs mois, les familles les plus indigentes.
Québec, terriblement dévasté par l'incendie, en 1866, vint à son tour solliciter l’aumône pour ses victimes : les habitants de Boucherville prouvèrent qu'ils ont la mémoire du cœur, et leur petite paroisse envoya pour sa part deux cent soixante-dix piastres.
Le R. M. Pepin fit, dans cette circonstance, tout ce que le dévouement d’un père et d’un prêtre peut
1 Mélanges religieux, 22 juin, 1843,
suggérer. Généreusement secondé par les religieuses de la Congrégation, il oublia, comme elies, ses pertes et ses misères personnelles pour se donner tout entier au souiagement des autres. Ce que lui et les religieuses avaient pu sauver des flammes, ils le donnèrent jusqu’à la dernière pièce aux victimes de l'incendie.
Cette conduite ranima le courage des paroïssiens, et quatre jours seulement après le sinistre, 1ls solliatèrent de Mgr Bourget la permission de reconstruire leur église. On conçoit qu'une si pieuse générosité dans l’infortune dut toucher le cœur du saint évêque. La permission fut accordée : les tra-
- Vaux commencèrent au mois d'août, et cinq mois après, le jour de Noël, l’église actuelle de Boucher-
ville s'ouvrait au culte.
‘* L'école est strictement une cour du temple, un portique en dehors du sanctuaire ; elle ne peut être séparée de l’église, Elle a été créée par l’église, et l’église l’a créée pour remplir sa mission envers ses propres enfants. L'église ne peut céder à aucun pouvoir sur la terre la formation de ses enfants et la direction de ses écoles.”