LE COUVENT DES SŒURS DE LA CONGRÉ- GATION DE NOTRE-DAME
C'est la vénérable sœur Marguerit. ‘ourgeois qui donna, à Boucherville, les premières leçons de l'instruction primaire ; un monument, dont nous parlerons plus loin, s'élève à l'endroit où fut sa prenière école. Il y avait déjà quinze ans qu'elle allait de maison en maison pour instruire les petits enfants, quand—probablement dès 1668—elle vint dans ce but à Boucherville.
L'œuvre de la fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame, eut de bien modestes commencements ; mais l’arbre: qu’elle planta dans un sol sanctitié par ses vertus a été protégé, arrosé par
Dieu lui-même !. Les religieuses de la Congrégation répandent dans tout le Canada et dans plusieurs villes des États-Unis, les bienfaits de l'éducation, et ne s'appliquent pas avec moins de zèle à apprendre aux petits enfants les prières et le catéchisme, qu'à former, par les lettres, les arts et les exercices d'économie domestique, leurs grandes élèves à l’accomplissement de tous les devoirs de la femme chrétienne et de bonne société.
Quand la sœur Bourgeois consumait ses journées au milieu de quelques petits enfants; quand, dans une pauvre maison, elle réunissait ses premières compagnes, institutrices comme elle, elle ne prévoyait pas, sans doute, le développement prodigieux de son œuvre, les neuf cent cinquante religieuses qui donnent aujourd'hui l'instruction à plus de 21,000 enfants, dans cent trois établissements, dont la plupart font l'orgueil de nos villes et de nos villages ; mais elle jetait dès lors, pour cet édifice sublime, les
1 La sœur Bourgeois venue à Montréal en 1653, avec M. de Maisonneuve, commença cette même ànnée à enseigner les petits enfants. Un de ses autographes nous a conservé les noms de ses deux premiers élèves : ‘Ce furent, écrit-elle, Jeañne Loysel, que l'on me donna à quatre ans et demi, et Jean Desroehes est venu après elle.” Ces leçons $e donnèrent dans la résidence même dé M. de Maisonneuve ; ce n'est que quatre années après que l’on répara, pour cette pieuse institutrice, une pauvre étable qui devint sa première école à Montréal.
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inébranlables fondements de l'humilité, “Dieu a voulu, comme disait le P. Varin de l'institut des Dames du Sacré-Cœur, que la base de l'édifice fût posée sur la simplicité, la petitesse, le rien, afin que là gloire en revint à lui seul.” Que la Congrégation conserve ces fondements, et l'édifice sera solide à jamais.
Ainsi ont germé et grandi toutes ces semences divines, que des mains choiïsies de Dieu ont jetées dans la terre canadienne ; ainsi prospèrent sous le soleil de la religion, l’Institut de madame d’Youville et de mademoiselle Mance, l’œuvre admirable et toute de sacrifices des Sœurs de charité de la Providence, de Sainte-Anne, des Saints Noms de Jésus et de Marie, etc., etc.
Nous savons que les sœurs de la Congrégation continuèrent plusieurs années à venir à Boucherville, pendant l'été, faire l’école aux enfants. A la fin du dix-septième siècle, elles y fondèrent un établissément permanent, dont la sœur Bourgeois traça elle-même le plan. La tradition a même conservé le souvenir d'une visite qu'elle y fit, après l’ouverture des classes ?,
1 D'après l'abbé Faillon, les sœurs n’eurent d'habitation permanente à Boueherville qu'en 1703 ; trois ans après la mort de leur fondatrice,
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Deux siècles sont passés depuis ce temps; les filles de cette sainte fondatrice ont continué sans interruption l'œuvre si saintement commencée par leur mère. Les sœurs Sainte-Catherine, Sainte- Célinie, Saint-Cé'estin, Saint-Benjamin et Sainte- Cordule, animées de son esprit, et selon les règles de leur Institut, se dévouent aujourd’hui à l'enfance avec la même patience, le même zèle, le même amour, qui animaient toutes celles qui les ont précédées dans cette paroisse.
Boucherville, d’ailleurs, leur est cher ; elles y sont entourées de la vénération des jeunes personnes et des mères de famille de tout âge, auxquelles elles ont fourni, par leur éducation pratique et religieuse, les moyens d'accomplir fidèlement leur mission ; ce village a été le théâtre du dévouement des premières religieuses de leur congrégation ; là se sont dépensées les vies humbles et laborieuses d'un grand nombre de leurs sœurs, plusieurs y ont reçu la sépulture. L'une d'elles, la sœur Sainte-Agnes, y était inhumée dès l’année 1703; bien d'autres
. l'ont suivie et sont. allées grossir au ciel le nombre
des protectrices de cette institution.
L’incendie de 1843, comme nous l'avons remarqué précédemment, fournit à cés religieuses, et sur-
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e dans ses mains et, réprimander. à lui Permis ce malheur de tant de ses même Préservé son tout-à-coup de s'arrête et Comme veut S'excuser : « Eh!
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Un an après l'incendie, le R ÎL. Pe
pin et M. Louis
Favreau, marguillier en charge, achetaient de Mgr Bourget, au nom de la fabrique et pour les religieuses, la maison de pierre qu’occupent aujourd’hui les frères, au coin des rues Sainte-Famille et Saint- Joseph. L'acte d'achat et celui de cession à la révérende mère Sainte-Madeleine, supérieure de la Congrégation, furent passés le même jour et signés chacun par les parties contractantes et MM. les notaires Goguet et Lacoste.
Mais cette maison était trop petite pour un couvent; les sœurs étaient forrées de restreindre le nombre de leurs pensionnaires et leurs externes même y étaient à l’étroit. On proposa un échange. Comme les cleres de Saint-Viateur avaient alors eux-mêmes une école trop petite, on leur offrit le couvent; et les sœurs prirent possession d’une maison que la fabrique avait acquise en 1859. C'est le couvent où elles ont eu leurs classes jusqu'à présent ; il est bâti à l'endroit même où était celui d'avant l'incendie, sur l'emplacement que choisit la vénérable mère Bourgeois pour la résidence de ses sœurs à Boucherville.
Cent vingt élèves, en moyenne, dont une quarantaine de pensionnaires, y reçoivent une excellente éducation. Les sœurs les préparent à l’enseignement
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primaire, ou à la promotion aux classes supérieures dans leurs principaux pensionnats, comme ceux de Villa-Maria ou du Mont Sainte-Marie.
Aux travaux de l'enseignement, les relig'ensos de la Congrégation, à Boucherville, en ajoutent d'autres d’une moindre importance, comme le soin du vestiaire de la sacristie, et des ornements ssrvant au culte. $e retirer ensuite dans la solitude et le silence, prier pour ceux qui oublient où méprisent la prière, mortifier sous l'œil de Dieu tout ce que la nature oppose encore à la grâce, chaque jour embellir, dans l'humilité, l'obéissance, la chasteté, la céleste couronne dont Dieu ceindra son front dans l'éternité, cacher aux yeux du monde, comme d'humbles violettes au fond des prés, ses vertus dont l’arôme parfume tout ce qui l'entoure; c’est l'autre partie de l’œuvre de cette fille de Notre- Dame : elle n’est pas la moins belle, la moins méritoire, la moins utile aux enfants qui reçoivent d'elle leur formation.
Le R. M. Primeau résolut, il y a quelques mois, de mettre à exécution le projet conçu depuis assez longtemps de bâtir un couvent, en remplacement de celui d'aujourd'hui. Seulement, l'argent man-
quait; il fallut compter sur la Providence. La
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Providence avait donné mieux que de l'argent, en donnant au curé le dévouement, l'initiative qui entreprend, l’habileté féconde en moyens d'exécution, la corstance qui mène une entreprise à bonne fin.
M. Primeau se met donc à l’œuvre: il ouvre ure liste de souscriptions, s’y place lui-même en têt2 pour mille piastres, MM. de Boucherville, Parizeau, Birtz, Sicotte, Aubertin, Dulude, Huet et plusieurs autres citoyens apportent ieurs offrandes généreuses ; les Sœurs mettent à contribution leurs modiques ressources, et la construction commence.
Le site a été heureusement choisi, à l'angle de le grande place qui fait avenue à l’église, sur la rive où, teut frais encore, souffle le vent chargé des âpres odeurs des îles, et d'où l’on voit onduler je Saint-Laurent à travers une rangée de grands arbres. A l'arrière, l'emplacement s'étend jusqu'à la rue, en face du couvent actuel ; il est en partie enclos de hoablon sauvage, de lilas et de cormiers. On en ferait aisément un magnifique jardin. Les jeunes élèves y jouiront donc d'un site aussi salubre qu'agréable.
Le plan du couvent et ce qui en a déjà été exécuté promettent un édifice solide et elégant.
“qui sécuse à *e ure Il n tét° nos, LES ÉCOLES.
asieurs 4 géné- À Avoir eu un couvent dès les premiers temps de la n deurs À 4 seigneurie, fut pour Boucherville un privilège rare nmencee. et dont les effets, faciles à constater par la supériongle de rité de l'instruction des filles sur celle des garçons, rlarive ont été clairement marqués jusque vers le milieu de rgé des 3 | notre siècle. Ça été pourtant en dépit de la duler ie benne volonté des citoyens, si l'instruction des gargrands cons est demeurée si longtemps inférieure ; car dès jusqu'à 1681, © 4 4, même que le gouvernement de la colon partie È nie se fût sérieusement occupé de l'instruction puormiers. à biique et que M. de Vaudreuil eût étaëli des instiin. Les tuteurs en différents endroits du pays, une école ai salu- 2 ‘tait ouverte au village de la Sainte-Fanille, pour | les garçons, et M. Bauseult y était instituteur. En té exé- À 1696, le sieur Jean-Beptiste Bau enseignait dans la ” même école ; et après lui, jusqu'en 1714, Mathurin
Durant, chantre et instituteur La vigilance des
curés dans le choix des maîtres qui y ont enseigné
dans la suite, ne put jamais élever le niveau de l’education dans cette école, à celui de l’éduca’ ion donnée au couvent; ni faire exercer sur l'esprit et
le cœur des enfants l'influence que les religieuses exerçaient sur leurs élèves. Longtemps d'ailleurs Ë l'école languit avec un petit nombre d’enfarts ; en
1825, il n’y avait encore que quarante-cinq élèves, suivant l’enseignement très élémenteire du sieur Pierre Piché.
Mais les familles des campagnes éloignées du
village surtout, furent longtemps privées du bien-
fait de l'éducation. Jusqu'en 1829, il n'est fait mention nulle part, à notre connaissance, d'école dans les campagnes de Boucherville. Avec la permission de Mgr Jean-Jacq es Lartigue, la fabrique prêta, cette année-là, cinquante louis a..+ syndics {3 d’une école des concessions. Ce déplorable état de chose, commun à tout le pays, tenait à plusieurs causes: à la négligence des parents, plus encore à l’incurie de l'autorité civile, et beaucoup aussi aux
difficultés insurmontables des temps.
1 Registres de Boucherville,
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A la fin du siécle dernier, dit Garneau, “le Ca-
nada ne possédait aucun système général d'instruction publique. Il n’y avait d'écoles de garçons que
dans les villes 1” If t bien vrai que l'éducation do-
mestique, forte, religieuse, des premiers colons, qui a mérité à leurs descendants de la part d'un englais célèbre, le titre de “peuple gentilhomme,” pouvait suppléer à ce manque d'instruction, en partie, mais non pas entièrement.
Il fallait toute l'énergie et la constance que le clergé et nos hommes d'État ont déployées, surtout depuis le commencement de notre siècle, pour faire sortir le peuple de l’apathie où il gisait à l'endroit de l'éducation, pour lui faciliter les moyens de s’instruire, pour débrouiller enfin et éclairer le chaos
des lois britanniques qui nous concernaïent en cette
1 Histoire du Canada, t. III, p. 61. Il faut cependant faire exception pour Boucherville, l'Assomption, la Rivière-Duchesne, Laprairie et deux ou trois autres villages du district de Montréal, qui avaient, écrit Mgr Hubert, vers 1780. leurs instituteurs et 24 à 30 personnes sachant lire et écrire. Ces instituteurs venaient, à cette évoque, s'établir dans un village absolument comme y vient un marchand ou un artisan quelconque ; libre à chacun de lui confier ses enfants, Or comme la somme, variant de deux à quatre shellings et demi, que l'on payait annuellement pour chaque élève, ne formait en moyenne, à la fin d'une année que le maigre salaire d'une centaine de shellings, il s'en suivait qu'à moins de sacrifices personnels de la part du curé ou des paroïissiens, on ne pouvait avoir qu’un homme médiocre, donnant un médiocre enseignement,
matière, et empêcher certains gouverneurs et légis-
lateurs anti-canadiens-français de faire de l’école un
moyen de propagande à leur dévotion. Depuis “l’Institution royale ” de 1801, due à l'initiative de sir Robert Shore Milnes, nombre de lois ont été passées dans nos Parlements, mises en force, amendées, puis abrogées, avant d'en venir aux actes définitifs de "|
5-46, qui font encore, après plusieurs amende- 1845-46, qui font enc
{ ments successifs, la base du système actuellement e en opération *. En vertu de ces actes, les écoles primaires sont placées sous le contrôle du surintendant de l'éducation et de commissaires élus par le a
peuple pour chaque arrondissement; les munici-
patités, aidées dans certains cas par les subventions
de la législature, défrayent de leurs fonds, entrete- | ot nus par une cotisation iégale qui est basée sur la D de valeur des propriétés, le salaire des instituteurs et , institutrices, les dépenses pour construction, réparation, entretien des maisons d'école. D on
Durant quarante ans, que l’éducation était au Par- PO un lement presque sans cesse à l'ordre du ‘our, celui des actes qui obtint les plus heureux résultats, n del fut le mieux à l'abri des orages politiques de ce
1 8 Vict,, ch, 41 (1845). 9 Vici,, ch, 27 (1846).
puis s de ndement cotes ntenar le unicintions itretesur là urs et
répa-
u Par- Y, celui ultats,
s de ce
temps et le plus longtemps en opération, est l'acte de 1824, dit “des écoles de fabrique.” Il permettait au curé eb aux marguilliers de chaque paroisse d’affecter le quart des revenus de la fabrique au soutien d’une ou plusieurs écoles, selon le nombre des familles ?, Dans les paroisses où les revenus étaient considirables, ce système (perfectionné encore en 1832-33 par la loi des syndics d'écoles et les gratifications du gouvernement) donna un élan vigoureux à l'éducation.
A Boucherville, le R. M. Hudon, s’entendit avec les marguilliers pour ne pas employer seulement le quart des revenus de la fabrique, mais pour payer en plus l’enseignement de plusieurs enfants pauvres. En 1832, par exemple, douze de ces enfants, et plus tard vingt-cinq, étaient instruits aux frais de la paroisse.
Les instituteurs étant mieux rémunérés, ils se formèrent avec plus de soin à leur état; et en 1845, on en comptait un grand nombre capable de donner un bon enseigrciuent primaire.
La première assemblée des commissaires d'école
de la paroïsse de J4 Sainte-Famille, en exécution de
1 M, P.-J,-0.-Chauveau : L'Instruction publique au Canada, p. 65,
RER nt Se à de + 6% à SE a L een
l'acte 8 Vict., ch. 41, eut lieu le 22 juillet 1845, en la demeure du secrétaire-trésorier, M. le notaire Charles Danau de Muy. Quatre commissaires étaient présents: MM. Augustin Quintal, Michel Peltier, Bonaventure Viger et Charles Aubertin. Considérant l’union qui se faisait de l’école de la fabrique à celles qu'ils érigeaient en vertu de l'acte sus-mentionné, ils reconnurent que M. Jacques Lamoureux, marguillier en charge, était de droit commissaire d'école. Le R. M. Pepin jouissait du même privilège : il fut élu président,
Même avant la fondation des éoles de fabrique, le R. M. Tabeau avait commencé, en 1821, à donner
des leçons de latin, afin de préparer aux classes de
syntaxe où de méthode les jeunes gens qui désiraient
entrer dans un collège classique. Cet enseignement
ne dura qu'une douzaine d'années.
Actuellement, Boucherville a deux municipalités
scolaires: celle du village et celle de la paroisse.
Les commissaires proposèrent cette division en
1887, et malgré les graves raisons que quelques-uns
firent valoir contre ce projet, il fut soumis à la
législature de Québec, et en juillet de la même an-
née, le lieutenant-gouverneur en proclama la sanc-
tion.
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même
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paroisse.
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la sanc-
Quatre écoles, fréquentées par cent cinquante enfants des concessions, sont sous le contrôle de la municipalit” de la paroisse ; celle du village, régie comme la première par cinq commissaires, se charge des intérêts de l’école des Frères et du couvent,