L'ÉCOLE DES CLERCS PAROISSIAUX DE SAINT-VIATEUR
En 1856, les commissaires d'école, dirigés par le R. M. Pepin, ct allant au-devant du désir des paroïssiens, sollicitèrent et obtinrent des Clercs Paroisslaux de Saint-Viateur qu'ils prissent la direction de l'école du village. L'engagement eut lieu le 3 septembre, devant M. le notaire Louis Normandin, secrétaire-trésorier et MM. John-H. Munro, président des commissaires, P.-Édouard Malhiot, Augustin Renaud, Frs-Xavier Céré et Charles Roy.
En appelant chez eux les Clercs de Saint-Viateur, ces pères de familles ont fait preuve de discernement chrétien, En confiant leurs enfants à ceux qui font profession de les élever selon le cœur de Dieu, ils ont, tout en servant les intérêts les plus
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sacrés de leurs fils, répondu aux admirables desseins de l'Eglise, qui n’a pas de moyens plus efficaces de former le cœur de la jeunesse, que ces agrégations de dévouements religieux. Le jour où ils ont substitué une de ces agrégations à un maître laïque, dans la noble charge d’éduquer leurs enfants, fait époque dans les annales de leur paroisse. Ce jour-là, ils ont fourni, pour leur part, aux religieux de Saint-Viateur des matériaux pour l'édifice spirituel qu'ils élèvent à la gloire de Dieu; pour leur part, ils ont ouvert la voie dans laquelle ils tendent à la haute fin de leur institut,
Tous savent avec quel empressement les diverses municipalités scolaires de la Province de Québec imitent l'exemple des Bouchervillois. On y met une telle rivalité de zèle, semble-t-il, que les noviciats nombreux et sans cesse renouvelés des Cleres de Saint-Viateur, des Frères de Sainte-Croix et des Écoles chrétiennes ne fournissent pas encore assez de sujets, et les nombreuses demandes mettent chaque année en défaut la bonne volonté des supérieuTs.
Il y avait neuf ans que ies Clercs Paroissiaux de Saint-Viateur étaient établis dans notre Province,
quand l’école de Boucherville leur fut confiée. Trois
de leurs frères, sous la direction du Frère Champagneur, avaient quitté la France, en 1847, pour se rendre au Canada. Mgr Bourget avait été luimême à Vourles, berceau de leur institut, et avait obtenu du fondateur, le vénéré P. Louis-Marie- Joseph Querbes, d'amener avec lui ces trois religieux.
La ville naissante de Joliette vit avec bonheur s'implanter chez elle la petite colonie religieuse. C'était d’ailleurs une faveur qu’elle avait sollicitée auprès de l'évêque, par l'entremise de son fondateur, l’illustre Barthélemy Joliette.
Dans le noviciat qu'y fonda le P. Champagneur, — ordonné quelque temps après son arrivée—furent formés les deux cents Clercs qui dirigent aujourd'hui trente établissements, disséminés dans toute la Province.
Après le collège de Joliette et le collège Bourget à Rigaud, l’école de Boucherville est une des premières dont ils eurent la direction.
D'après le dernier contrat, fait pour seize ans et dont l'expiration est prochaine, trois frères doivent y donner l’enseignement, à raison d’un salaire annuel de deux cents piastres chacun.
Ils y donnent une instruction pratique, prépa-
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rant leurs élèves à entrer avec avantage, s'ils le désirent, dans le commerce ou dans les classes d'affuires de nos grandes écoles ou collèges commerciaux.
Trente-trois ans dans une même école : c'est plus qu'il ne faut pour mettre à jour les vices ou les faiblesses d’une méthode d'enseignement quand ils existent. Les Bouchervillois en ont découvert si peu dans celle des Cleres de Saint-Viateur, qu'ils n'ont cessé en tout temps de leur manifester leur crande satisfaction. Soit, en effet, qu'ils constatent seulement l'éducation donnée à leurs enfants, ou qu'ils la comparent à celle que donnèrent autrefois chez eux les maîtres laïques, ils en concluent également à l'excellence de l’école congréganiste. Le contraire serait étonnant.
Faisons abstraction,en effet, des aptitudesextraordinaires et talents dont Dieu peut avoir doué les individus ; supposons ces dons divins également départis entre religieux et laïques, puisqu'il n’est pas encore démontré que l’on à plus ou moins de génie en tête, selon que l’on porte une redingote ou une soutane, et il reste dès lors évident que la supériorité est à eux dont la formation à l’enseignement, dont les procédés, dont l'expérience, les traditions, le nombre
des sujets et leur solidarité sont supérieurs,
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Or, sans faire ici le procès des instituteurs laïques, et tout en tenant compte des efforts qne font constamment de puissants amis de l'éducation pour perfectionner leur état, nous ne pouvons nous empêcher d'avouer qu’il n’est pas un seul de ces noyens d'action, qui ne démontrent les avantages qu'ont sur les laïques les frères enseignants. Eux seuls jouissent du privilège d’être formés à leur ministère, d’après les règles d’un saint fondateur ; règles écrites dans la prière, la méditation, et sanctionnées par les papes. Chaque religieux apporte, pour être façonné par elles, les dispositions qu'il lui a fallu pour répondre à sa vocation divine : une grande ardeur de prosélytisme pour la jeunesse, une souveraine abnégation, assez d’indulgence et d’humilité pour s’enfermer dans l'air méphitique d’une école, pour y vivre ignoré et souvent payé d’ingratitude, Et avec sa vocation, Dieu lui a donné un cœur de mère pour les enfants. Outre les directions qu’on lui a données, ses études particulières et les traditions de sa communauté, il a, à ses côtés, un ou plusieurs hommes d'expérience, travaillant avec lui durant des années quelquefois, mettant en pratique sous ses yeux ce qu'il sait en théorie. Il n’a pas à
se faire à lui-même une méthode nouvelle ; le code
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d'enseignement qu’il doit suivre a reçu la’ sanction du temps et de la sagesse; il est le même pour tous ses frères ; il est uniforme.
Quelles traäitions, quelle expérience, quels procédés apporte avec lui un instituteur nouveau ? Qu'a-t-il pour seconder ses industries personnelles ? Il a les quelanes observations, légères comme celles de tout jeune ü2-e, qu’il a pu faire pendant ses études, à l’école de son village, ou dans une écoie normale, s’il a eu le bonheur d’y étudier. Ses traditions ? Elles remontent jusqu’à lui-même, comme les traditions de noblesse d’un parvenu. Son expérience ? C’est ce qu’il apprend au jour le jour, tant que la routine, les occupations domestiques et autres, le manque de direction, ne l'ont pas fixé dans un état stationnaire. Ses procédés ? Ceux que lui ont fournis les réponses de son manuel de pédagogie.
Point de nouvel acquis ne s'ajoute à ces ressources, qui ne puisse s'ajouter à celles des Frères. Religieux et laïques profitent—disons également— du travail des années. Et pourquoi pas? Ils opèrent sur le même terrain, combattent contre la même légèreté, la même ignorance, les mêmes dé-
fauts et les mêmes passions naissantes ; rien ne
s'oppose à ce que chacun tire une leçon pratique de ses succès ou de ses défaites.
La différence, c’est que pour ce combat intellectuol, le maître d'école part seul, reste seul, armé et discipliné par lui seul ; tandis que le religieux, après les exercices vigoureux du cadet de sa compagnie religieuse, armé, saintement bardé par ses chefs, part et agit sous leur coinmandement, avec des cor. pagnons qui partagent ses luttes dans la conquête morale de la jeunesse.
Un maître laïque peut être doué d’ua grand
dévouement ; cela est vrai et bien des fois prouvé.
Le blâmera-t-on cependant d'accorder une partie de
sa sollicitude et de son travail au soin de sa famille ? l'out ce que le frère Viateur, ou celui de toute autre congrégation, a en lui de pouvoir, d’afrection, de volonté, de force et de sollicitude, converge vers cette fin unique : l'éducation des enfants confiés à ses soins.
On ne peut pas non plus exiger d’un instituteur qu'il ait des aptitudes universelles et réussisse également bien, dans toutes les branches de l’enseignement primaire. C’est pour cette raison qu’un ancien commissaire d'école disait, après une distribution de
prix à l’école du village de Boucherville, à un des
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