DE QUELQUES ANCIENNES COUTUMES
On ne peut se faire une idée exacte de l’état de la seigneurie de Boucherville dans ses commencements, si l’on ne se rappelle les principales coutumes du régime féodal. Nous ne saurions juger les habitants d'alors, d'après nos mœurs ; il faut pour cela monter vers eux et les voir au milieu de leurs habitudes. |
Les premiers colons de la paroisse dont nous esquissons l’histoire, étaient des soldats, comme ceux qui colonisèrent presque toutes les paroisses de la Nouvelle-France. Notons cependant, avec l'abbé Faillon, que M. Boucher eut au nombre des défricheurs de sa seigneurie quelques bonnes familles bourgeoises.
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184 UNE V'EILLE SEIGNEURIE
Tous néanmoins, devaient à certains moments se faire soldats : c'était un besoin du temps. Mais dès lors que ce besoin ne se faisait plus sentir, les habi. tants se divisaient ordinairement en deux classes, La première, plus Casanière, se composait de cultivateurs proprement dits, “ Leur rêve était d'acheter un fief terrien, qui pût donner à leurs descendants un titre ou au moins une entrée dans la noblesse 1” Les grandes concessions seigneuriales qui leur étaient faites, favorisaient leurs desseins, et permettaient quelquefois à tous les membres d'une nombreuse famille, de se grouper sur le domaine patrimonial réparti entre eux.
Plusieurs tenanciers censitaires parvenaïent à la possession d’un fief ou d’un arrière-fief ; c’est ainsi que plus d'un fut, selon le mot bien connu: “ tisserand par la grâce de Dieu, et seigneur par la grâce du roi.”
L'autre classe était plus chevaleresque, plus aventurière, Elle aimait la gloire militaire, les courses lointaines, une vie de hasard et de dangers ; et, pour ne parler ici que des habitants de Bou-
cherville et des environs, elle se mettait avec joie à
1 Rameau de Saint-Père : Une Colonte féodale;
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la suite des Boucher de Montbrun et des de la Vérendrye, intrépides découvreurs qui explorèrent en amont et en aval les rivières de l'ouest; elle franchissait au pas de course les glaces de Terreneuve et de la Baie d'Hudson, pour se battre sous les ordres de Boucher de la Perrière et de d’Iberville, Les coureurs de bois étaient des siens.
De même, cependant, que les censitaires savaient laisser là leur charrue et combattre à la suite de leur seigneur ; de même aussi les officiers et les soldats de cette classe guerrière savaient, à leurs moments, défricher et faire valoir les terres qui leur avaient été accordées. Nous avons déjà fait remarquer que tous les seigneurs, coseigneurs et seigneurs de fief des Iles-Percées ont été laboureurs et guerriers.
Ni l’une ni l’autre de ces deux classes ne jouissaient de la richesse, Ou bien, ces nobles officiers n'avaient apporté de France que leur épée et leur courage; ou bien, les sacrifices qu'ils avaient dû s'imposer pour l'établissement de leur seigneurie ou le défrichement de leur concession avaient épuisé leurs ressources. M. Boucher avoue dans ses Mémoires, qu'après avoir établi les colons qu'il avait amenés de France, au retour de son ambas-
sade, il se trouvait complètement ruiné,
186 UNE VIEILLE SETGNEURIE
Voilà pourquoi, seigneur et seigneuresse, roturier et rotutière, se livraient également aux travaux des champs.
Dans un mémoire au ministre de France, M. de Denonville exposait, en 1686, “ l'extrême pauvreté de plusieurs nombreuses familles, toutes no-
bles ou vivant comme telles.” til énumérait entre
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autres noms, celui des Boucher, des d’Arpentigny, des de Saint-Ours, et des de Tilly. “ Cependant, ‘“ajoute-t-il en parlant de ces nobles familles, les “ enfants ne s’'épargnent pas, Car j'ai vu deux gran- ; “ des filles couper les blés et tenir la charrue..... | « La femme et la fille de M. de Tilly labouraïient aussi
“Ja verre” Heureusement qu'alors, travailler,
ED D Be QT Qu M de 6 Lu bte ee à 0 nn TUE ar A RO en ps
labourer, défricher, faire à l’occasion le coup de
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mousquet, étaient même pour les femmes un hon-
neur.
Tout en déplorant les causes de la pauvreté, le le
gouverneur sait bien remarquer les heureux résul- el tats de ce travail sur les mœurs du peuple et la ui
santé robuste des enfants. Ces résultats, il a été
facile de les constater jusqu'à l’avant-dernière a
génération. Serait-il facile de les constater aujour- sel Jl'hui? Au lieu de travailler au champ, comme $ ent
leurs aïeules, depuis les premières lueurs de l'aube
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Vaux
M. de pau- »S noentre tigny, ndant, es, les grant aussi vailler, up de
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Jusqu’aux étoiles du la génération ,
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$ Pour aider aux menus l'honneur pour
donné la faucille et la navette, Planotter. Elles n’en
travaux du
ménage : d'avoir aban-
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Pour broder et
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ne sont qu’un élément de faiblesse.
qui ont été nourris du lait « de notre sol, et n’ont eu bi ardents de la MOISsOn, berceau, ont for
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là dernière s'éteint : ji] n'y e
Et si dans trente anadien s'avisait un jour de tr $ Un nouveau Lavi-
te race Conservés dans
aroisses, pour y faire revivre
les anciennes coutumes :
chef troyen sur l
grand nombre
son choix, Comme celui du à Côte de Sicile, sur le rivage,
Cette nécessité taires de travaille semble,
en Jai sserait un
Pour les seigneurs et leurs censir, de souffrir e
eut encore un autre entre eux le lien de « cette d'après l'auteur
t de Combattre enrésultat : elle forma Cohésion Sociale ” qui fut, d'une Colonie Jéodale, le secret de
Soir, les mères et les filles de
plusieurs endroits,
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la puissance et “de l'énergie de ce petit nombre d'hommes assaillis pendant tout un siècle par des ennemis qui se comptaient vingt contre un.” Il se < formait ainsi entre eux, ajoute le même écrivain, “mille souvenirs communs, de travail, de fatigues, de dangers qui ne s'oublient jamais.” Il se créait “une
espèce de parenté, ou tout au moins d'alliance entre
tous les habitants de la même seigneurie.”
Nous avons pu constater qu'il se forma, entre les ’ premiers colons de Boucherville, une parenté bien | réelle. En prenant une dizaine de noms des familles qui vécurent du temps du grand-père Boucher, nous trouvons après un demi siècle, que ces familles et tous leurs descendants sont unis entre eux, par des alliances ou par les liens du sang.
Encore exjourd'hui, si nous faisions l'arbre g'énéalogique de toutes les familles de la paroisse, nous prouverions farilement qu'il n’en existe peut-être
pas cinquante, qui ne soient alliées à divers degrés
jusqu’au septième, à toutes les autres. I
Les ancêtres de M. le maire Charron, par exemple, {5 c alliés à la famille Lapointe, à la fin du dix-septième te siècle, avaisnt pour parents, vers 1775, à peu près Se le quart des citoyens de la paroisse. Des mariages {| fie
les avaient unis aux familles Bourdon, Ménard,
ombre
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Il se rivain, rues, de it “une
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ntre les té bien s familoucher, familles
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xemple, septième eu près nariages Ménard,
fut, à Boucher nous
Preuve, Il était au milie chef seulement, mai touré d’une sine Sa conduite : j] fiance filiaie,
ŒUVRES crvrtps 189
dont le chef, établi à Boutait ver S-enfants : aux
Riendeau, La -Jureux, cherville, en 1670, Comp enfants et petit Véronneau et R
S 1730, soixante-dix familles Aubertin, euses encore aujouroste, Chaperon, on, Robert, etc.
même de ]
acicot, si nombr d'hui, Chabot, Lac Desrochers, Pige
Il en est de l'ancêtre, Jean
ville du vivant
Charbonneau,
& famille Parizeau, dont Parizeau, vint S'établir à Boucherdü sieur Pierre Boucher ; des familles Normandin, Desmarteau, Huet et Sicotte. De
Stoire a conser
le place au nombre quois, avec cette re
tortures, eut le Mains et de V
cette dernière, l'hi vé le nom de l’ancêtre ; elle des victimes des Iromarque, que
lui, après de cruelles bonheur de
Séchapper de leurs ivre encore Quatorze
ans après avoir été scalpé.
Quant à l'union entre censitaires ets ville, intime € AVOnS déjà dit de
eigneur, elle t Constante.
Ce que M. Eoucher e
n ferait Ja non pas comme S Comme un Paterfamilies ère affection. Le
S receVaient se
u des siens,
en- S colons admiraient S avis avec une con-
Confiance facile à expliquer, Qu'un seigneur, en
effet, observe en tout les règles de la justice et soit
aussi bienveillant qu'honnête, c'est faire beaucoup,
mais tout seigneur doit en faire autant ; qu'il soit
bon serviteur de Dieu, c’est un sujet d’édification,
cependant c’est le devoir de tout chrétien: mais qu’un
seigneur se fasse l’égal et presque le serviteur de
chacun de ses censitaires, pénètre dans leur chau-
mière pour entendre leurs peines, soulager leurs
misères, distribuer l’aumône des consolations et du
pain, c’est la preuve d’une bonté de cœur si pater-
nelle, qu’elle fait naturellement vibrer les cordes du
sentiment filial. Ce fut celle du sieur Pierre Bou-
cher.
Aussi, quand lui-riême écrit dans l'acte de foi et
hommage d’un de ses vassaux : “Nous l'avons re- 1 »
levé et embrassé 1” ne faudrait-il pas voir dans cet