L'HONORABLE LOUIS LACOSTE
Dès sa première session, le 20 janvier 1857, le conseil municipal du village de Boucherville choisit, à l'unanimité des voix, M. Louis Lacoste pour maire de la municipalité. Il en a rempli l'office presque en permanence pendant vingt ans.
À ce seul titre, l'honorable M. Lacoste mériterait d'être rangé parmi les principaux citoyens de Boucherville; mais il a été plus que l’homme de sa
paroisse, plus que l’homme de son comté et de sa
division sénatoriale : il a été l’homme de son pays. Cinquante années durant, il a été pour aïins: dire l'âme dirigeante de la nombreuse population répandue entre le Saint-Laurent et le Richelieu jusqu'au bassin de Chambly, dans tous les grands mouve-
ments qui intéressaient la nation. Franchissant
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même les limites de cette région, son influence d'homme de profession et de représentant du peuple rayonnait au loin, pour guider l'opinion publique. I] fut élu pour la première fois, en 1834, député du comté de Chambly, et il siégeait encore au Sénat en 1878. La génération actuelle admirait en lui le représentant de nos trois dernières grandes époques politiques. “Il faisait revivre, dit un de ses admirateurs, dans notre petit monde modernisé, les an-
ciens canadiens.”
C'était un des vaillants pilotes qui, pendant trente
années de tourmente, avaient guidé la barque du peuple canadien. Tout en se faisant l’homme de son temps, il gardait dans ses vues, ses jugements, sa manière d'apprécier les évènements et les hommes, l'esprit des patriotes d'autrefois.
Louis Lacoste naquit à Boucherville, en 1798, I] fit ses études au collège de Montréal. Les savants ecclésiastiques qui dirigeaient alors cette institution, formèrent leur jeune élève avec toute l’intelligence et l'entente de l'éducation, qui caractérisent encore aujourd'hui leurs successeurs dans la formation de la jeunesse.
Grâce à l'excellente méthode de travail qu'il avait apportée de Saint-Sulpice, le jeune étudiant n'eut
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pas de peine à sortir victorieux des épreuves qu'il fallait alors subir pour arriver au notariat. Son stage fut brillant comme toute sa carrière.
Et pourtant, l'absence d’un code et de tout enseignement spécial rendaient l'étude du droit ardue, pleine de recherches ingrates ; nos lois, en partie du moins, présentaient encore l'apparence d’un fatras ; c'était comme une bibliothèque où, France, Angleterre, Canada, auraient jeté leurs livres sans ordre et sans laisser le temps de les ranger.
Le notaire stagiaire aimait sa profession : il en aima le travail. Pothier et les différentes Coutumes n’eurent bientôt plus de secret pour lui. Il se pénétra de l'esprit des lois françaises, comb!a sa mémoire de connaissances en tous genres, qu'il accrut toute sa vie et qui en ont fait un des premiers notaires du Bas-Canade. Longtemps M. Lacoste et M. Girouard, de Saint-Benoît, dominant toute la profession de la hauteur de leur savoir, firent autorité partout. Il était passé dans les usages, lorsqu'il s'agissait d’affaires importantes, d'en appeler à l’un ou à l’autre de ces deux représentants de la loi. Au nord du Saint-Laurent, lorsque surgissait une difficulté, on disait; “Allons trouver Girouard, ” et au sud : “ Consultons Lacoste.” Cette
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= coutume s’est conservée dans une large mesure et d’une façon plus générale, pour le fils de l’un de ces deux savants jurisconsultes,
La profession de notaire avait autrefois une importance que les empiétements successifs du barreau, sur son domaine, ont diminuée considérablement, La législation faite en partie par les avocats, depuis trente ans, a substitué, les circonstances aidant, l’homme de loi dont relève le règlement des difficultés légeles, à l’homme de loi qui a pour mission de les prévenir. Le notaire du temps passé occupait, dans le cours ordinaire des choses temporelles, la position du prêtre de nos paroisses, dans l'ordre spirituel. Rien de ce qui se rattachait exclusivement aux intérêts du temps, ne se décidait sans son intervention. Il ne venait à l'esprit de personne de conclure un marché important, sans rechercher ses conseils et son ministère,
Que de règlements heureux, M. Lacoste à effectués ! Combien de procès coûteux évités, grâce à ses sages avis ! Combien de familles ont dû à son esprit pacificateur, la conservation de leur maison, de leurs biens, de leur bonheur !
Le notaire, nous venons de le dire, se doublait en
lui d’un homme politique, ou, tout bonnement, d'un
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Ouffrait alors notre Straire aux Obligations
au milieu des siens ? I] ses sentiments, et se Papmeau.
de les jours de deuil de 1837 se levère sur la patrie, il Paya de sa liberté à la cause nationale, I] vit les port Montréal se fermer sur lui, tive de les voir, . .vant lo sur le chemin de
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Ville, qu’il faillit le eau. Les rent pour un nouvel
appel aux armes, les feux de joie allumés pour cette fête, Aussitôt la patrouille est aux aguets, et des démarches se font pour obtenir un arrêt et un second emprisonnement ; ils obtinrent le ridicule.
Après l’Union, ce qui restait de forces vives dans la nation se concentra sous la direction de Louis- Hippolyte Lafontaine. Comme l'horizon était encore sombre et que pour arracher au pouvoir les libertés qu’il persistait à nous refuser, il fallait au successeur de Papineau exilé, le concours de toutes les énergies, M. Lacoste appelé à la lutte, s’y lança encore de bon cœur ; et Lafontaine n'eut pas, de son propre aveu, de lieutenant plus en communion d'idées et de sentiments avec lui, que son coparoissien, le représentant de Chambly.
Six fois M. Lacoste fut député à l’Assemblée législative par cette division électorale : en 1834- 43-44-49-50-57.
Le jour où Lafontaine quitta la vie publique, le député de Chambly aurait aimé à le suivre dans sa retraite ; mais ses électeurs s’impcsèrent de nouveau . avec leurs sollicitations : jl fallut rester au poste.
Par la nature de son esprit, de son caractère et de ses habitudes, M. Lacoste n'était pas un orateur ;
c'était un homme de cabinet, C’est dans le conseil
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grandes lignes en furent gardées, et nous les retrouvons dans le projet de loi soumis au Parlement par l'honorable M. Drummond.
En 1861, M. Lacoste quittait l'Assemblée législative pour entrer au Conseil.
Jusqu'alors ses élections ne lui avaient coûté aucun travail : elles s'étuient faites à l'inverse de celles d'aujourd'hui, sans sollicitations de la part du candidat, qui n'avait eu qu'à céder à celles de ses électeurs. À ce moment, le parti conservateur cherchait un homme d'une grande influence, pour enl: ver le mandat de la division Montarville à l’honorable M. Kierskowski, dont l'élection venait d’être annulée, M. Lacoste dut accepter cette mission difficile. Il défit }: candidat libéral.
Lors de la Confédération, il entra au Sénat, où il siégca jusqu'à sa mort, arrivée dans les derniers jours du mois d'octobre, 1878.
M. Lacoste s’est marié trois fois ; il épousa d'abord Mile de la Bruère, puis Mile Mount, veuve Genevay ; et enfin Mme veuve Thaïs Proulx, mère des trois enfants qui lui ont survécu : l’honor:b'e Aléxandre Lacoste, Arthur, négociant de Montréal, ét la sœur Marie-Thaïs de Saint-Joseph, de l’Insti-
tut des Saints Noms de Jésus et de Marie, La
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sœur Marie-Thaïs est une des courageuses mission-
naires envoyées, il n'y pas longtemps encore, dans la mission de Oakland, en Californie.
De sa première épouse, M. Lacoste avait eu un fils, qu'il eut la douleur de voir mour trente et un ans. C'était, nofaire qui inspirait les plu
il s'était posé en maître dans Ja Profession. Sir Louis-Hippolyte Lafontaine faisait le plus grand de son opinion :
; il le choisit un jour comme tier arbitre dans une cause, où lui-même et un de sos collègues devaient Juger en Premier ressort, Les articles que ce Jeune notaire à publiés, dans une revue légale du temps, attestent une scie quable. Son autorité était si considérable qu’il a tixé plusieurs points de Jurisprudence, « Nous avons sous les yeux, dit M. DeCelles, auquel nous devons,
ainsi qu’à l'obligeance de l'honorable M. Alexandre tte courte biographie
ir à l’âge de de son temps, le jeune S belles espérances ; déjà
Cas
nce remar-
Lacoste, les détails de ce 2VonS Un jugement de la cour d les juges s'appuient su sulte de trente ans ”
Lorsque M. Lacoste s'éteignit, en 1878, ce fut un
deuil publie ; à Boucherville plus qu'ailleurs encore,
Car là, on n'avait PaS Connu seulement Jes qualités
, Nous appel, dans lequel
r l'opinion de ce Juriscon-
de l'homme politique, mais aussi les vertus du citoyen, catholique pieux, charitable, affable dans ses rapports avec les petits comme avec les grands, généreux, modeste, dévoué.
Il a laissé le souvenir du juste, qui passe benefaciendo.