‹ Une vieille seigneurie, Boucherville [microforme]Chapitre 46 sur 90 · LE KR. M. THOMAS PEPIN · texte numérisé non relu

LE KR. M. THOMAS PEPIN

Après le terrible incendie qui venait de le dévaster, le village de Boucherville présenta, durant plusieurs mois, un sinistre aspect. Plusieurs familles s'étaient retirées à Montréal, d’autres s'en étaient allées aux États-Unis, laissant à leurs concitoyens, avec les décombres calcinées de leurs logis, le souvenir de leur ruine. L'église elle-même, si rapidement et si généreusement rebâtie, n'eut point d'autre décoration à l’intérieur, pendant assez longtemps, que ses quatre murs nus. La fabrique était endettée. Néanmoins, l'esprit de charité des paroissiens n'avait subi ni baisse, ni ruine ; au contraire l'épreuve l'avait revigoré.

Le dévouement infatigable de M. Pepin fit re-

fleurir, comme dans les plus beaux jours de la

paroisse, la paix, l'entente, la piété et les concours de bienfaisance. On a: le ce vénérable prêtre, que Dieu «à voulu récompenser ses vertus, même dès ici-bas : “IT a ramené dans les sentiers du devoir “ceux qui s'en étaient éloignés pour quelques “années. Il à fait de Boucherville une paroisse “ modèle !,”

M. Thomas Pepin appartenait à une famille d'artisans. Il naquit à Charlesbourg, le 20 avril 1801. La nature lui donna une belle intelligence, un caractère ardent, un cœur £ tueux et extrêmement sensible ; il n'était pas ae ax pour qui la vertu est affaire de tempérament, acquise presque avec la vie, pratiquée sans efforts et sans luttes. Pour être vertueux il lui fallut, avec une pieuse éducation et de bons exemples, de l'énergie, des combats, une grande vigilance de sa part et de celle de sa mère, des victoires nombreuses remportées sur lui-même.

Il fit sa première communion à Beauport, où ses parents s'étaient établis, un an après sa naissance, M. Vanfelson, qui en était alors le curé, mit tous ses soins à préparer à cette sainte action ce jeune enfant qu'il aimait tendrement, Ille vit si pieux,

1 Annuaire äe Ville-Marie, p. 333,

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que dès lors il crut pouvoir assurer à sa mère qu'un jour son fils serait prêtre, Cependant la santé délicate du putit Thomas fuisait appréhender à son père qu'il ne pourrait faire ses études ; et c'est à regret qu'il céda à ses désirs, en 1815, et demanda son entrée au séminaire de Québec.

Malgré de longues maladies, le jeune élève, grâce à ses talents et à force de travail, réussit à passer chaque année d'excellents examens. On crut pendant les premiers mois de son cours, qu'un vice d'organe qui lui permettait à peine de s'exprimer d'une manière intelligible, allait finir par le décourager: l'en fut tout autrement. Cette difficulté ne servit qu'à prouver son énergie. A l'exemple de Démosthènes, il entreprit de corriger ce défaut en s'imposant le sacrifice de parler, de lire, d’articuler fortement avec un morceau d'ivoire dans la bouche : “ Plus d’une fois, dit son biographe, le jeune disciple, la bouche ensanglantée, eut la tentation de jeter cet instrument de supplice,” cependant il supporta la douleur avec patience, tant qu’'enfin il en arriva à une facilité d’élocution surprenante !,

D'aussi constants efforts étaient propres, non-scule-

1 Le Franc-Parleur, octobre 18745

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