DISCOURS DE MGR TACHÉ
Il revenait à Mgr Taché, de par tous les titres, l'honneur de rappeler l’histoire du vieux manoir où il à passé sa jeunesse, de redire les noms des plus grands personnages qui l'ont illustré, les plus beaux
souvenirs qui s’y rattachent.
Nous avons de son discours mieux que des éloges ; nous avons le discours lui-même, et nous allons le citer. Il exprime fidèlement le caractère de l’auteur, c’est-à-dire la noblesse des sentiments, l'amour sincère de la vérité, l'admiration profonde du dévoue-
ment et de la vraie grandeur, l'élévation et la lar-
geur d’une pensée, simple, vigoureuse, toujours clai-
re, S'épanchant comme une douce lumière,
titres, ir Où s plus
eaux
loges ; ns le iteur, r sin- VOUEa lar-
; clai-
Notre histoire, surtout quand elle revêt le caractère religieux, n’a pas de plus fidèle interprète que Mgr Taché. Comme un pinceau, sa parole en colore les scènes et les anime ; il sait louer les défenseurs et les apôtres de l’église du Canada, comme il sait les imiter. Nous lui devons d'en connaître plus d'un, que notre âge oublieux ignorait : il faut écarter si peu les nuages qui couvrent le ciel de notre histoire, pour montrer combien il est étoilé.
Voici quelques-uns de ces nobles sentiments, de ces pensées touchantes; voici un de ces tableaux
pleins de vie, un des coins de ce ciel étoilé. MONSEIGNEUR, MESSIEURS ET MESDAMES,
L'éloquent orateur qui vient de me précéder dans cette tribune, a fait ressortir avec une grâce charmante et une grande élévation de sentiment, les motifs qui le portent à se réjouir en ce Jour. Ces motifs sont trop ceux qui m'animent, pour qe je n'en répète pas la douce énumération, en me les appliquant à moi-même. Invité à l'honneur de vous adresser la parole, je vous redirai donc que la solennité qui nous réunit, me comble de bonheur, parce que je suis enfant de Boucherville, élève du
séminaire de Saint-Hyacinthe, canadien-français,
Dieu n’a pas placé mon berceau ici à Boucherville, mais il m'y a appelé dès ma plus tendre enfance, et, pour me consoler d'y être venu orphelin, il m'y a environné de tant d'affection et de soins, que Boucherville est, par excellence, la paroisse de mon cœur, et j'en suis l'enfant. Aussi, avec quelle joie pure et sincère, je salue la statue qui vient d’être élevée en l'honneur de mon noble et vénérable coparoïissien, messire Antoine Girouard.
Après huit ans passés à Boucherville, j'allai en passer huit autres au collège de Saint-Hyacinthe. Là, des soins nouveaux, des affections nouvelles captivèrent mon jeune cœur, et s'ajoutèrent aux souvenirs précieux qui font le charme de la vie, en quelque situation que l’on se trouve. Mais Saint-Hyacinthe, c'est M. Girouard ! Aussi, avec tous les élèves de notre illustre Alma Mauter, je suis heureux de voir inaugurer, à Boucherville, la statue du fondateur du collège de Saint-Hyacinthe.
Les desseins de la Providence nous avaient fait un sort rigoureux, en apparence, lorsque le drapeau de la vieille France cessa de flotter sur la Nouvelle. Les malheurs des temps avaient amoindri notre population, déjà si décimée. L’'élite de notre société
avait, en grande partie, abandonné les rives du
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Saint-Laurent. Les conséquences de la conquête semblaient condamner le reste des premiers habitants du Canada, à une vie obscure et inconnue ; peut-être même, à l’anéantissement comme peuple. Pourtant notre patrie, malgré ses infortunes et même ses fautes, conservait trop de noblesse et de vertu pour qu'il en fût ainsi. Le clergé canadien resta à son poste, chargé par Dieu de maintenir notre langue, nos traditions, nos aspirations nationales. Dans ces poitrines de prêtres, battaient des cœurs de fondateurs de collèges. L'éducation de nos devanciers, l'éducation de la génération actuelle, est le moyen employé par la Providence, pour dissiper les appréhensions que durent éprouver nos aïeux en contemplant leur isolement après le traité de Paris,
Il est donc biez juste que comme canadien-français, j'éprouve un sentiment de joie, un sentiment d'orgueil national, en voyant s'élever, sur ce site si beau, près de ce grand fleuve, la statue d’un canadien-français, fondateur de collège, enfant de mon village.
Messieurs, là ne se borne pas l'intérêt de la solennité qui nous réunit. Il y en aurait, sans doute, assez pour la jois d’un jour. Mais nous avons jeté
un regard sur le passé. Il est si glorieux ce passé
de notre histoire, qu'on peut à peine toucher le voile qui le cache sans voir se multiplier les faits admirables qu'il renferme, sans voir se grouper en nombre quelques-uns des noms illustres qui l'ont ennobli, quelques-unes des gloires si pures qui l'honorent. Qu'il me soit donc permis d'offrir mes remerciements et les vôtres au digne et zélé curé actuel de Boucherville, pour la pensée si belle qu'il a eue, d'associer l'érection d’une statue en l'honneur d'un des enfants de cette localité, à l'érection d’un monument commémoratif de la fondation même de cette paroisse.
Habitants de Boucherville, vous connaissez tous la petite rivière qui se décharge dans notre grand fleuve, à vingt erpents à l’ouest d'ici. C’est la rivière Sabrevois ou ruisseau Saint-Jean. Vous connaissez tous l'antique maison qui est auprès de ce ruisseau ; dans laquelle j'ai possédé et perdu la mère que j'aimais tant, et dans laquelle habite encore aujourd'hui, mon vénérable et pieux oncle, M. de la Broquerie. Eh bien, c’est là que nous allons, dans quelques instants, planter une croix, sur la base de laquelle seront inscrits quelques-uns des titres, que ce coin de terre présente à notre reconnaissance et à
notre affection,
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Les homines Ont la faculté de
se taire, et jouissent même souvent
du triste privilège d'oublier ; ne Sauraient garder Je
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les Pierres, au Contraire,
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es pour qu'elles parlent bien haut, éle
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redisent aux générations futures, €
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que les wénérations p
Mais quels SOUvVenirs se
rattachent à cet endroit de Boucherville 2 Que
s'est-il passé d'extraordi-
modeste demeure d’un noble vieillard ? Q'ont de remarquable les ruisseau Souvent desséché 2
naire auprès de cette bords de ce
Ces Questions, si naturelles sur les lèvres d'un étranger, auront leurs réponses dans l'inscription de notre Monument, comme elles l'ont déjà dans la VOUS possédez tous de l'hi notre belle Paroisse,
bâti en 1668, par le de Boucherville,
Connaissance « jue stoire de Cette Maison, c’est le manoir fondateur et pr l'illustre Pierre Où sera plantée la celui où fut le pre de Dieu, dans la
emier seigneur
Boucher. L'endroit
Croix, tout près de la maison, est
Mier Sanctuaire élevé à l'honneur
seigneurie de Boucherville. C’est à que fut solennisé Je Premier baptême, Consigné
dans nos archives, par le célèbre Père Jacques Mar-quette, C'est là que fut la première école, et elle y fut ouverte et tenue par la vénérable Marguerite Bourgeois. Un mot sur chacune de ces grandes figures de nos annales.
Parmj les hommes les plus distingués et les plus utiles qui ont vécu dans la Nouvelle-France, on
compte Pierre Boucher, seigneur de Boucherville 1,
M. Boucher avait sauvé Trois-Rivières, et il en était le gouverneur, Il abandonna les honneurs de sa position, et vint à Boucherville commencer le défrichement,
C’est cette même année, 1668, qu'il construisit la maison dont j'ai parlé il n’y a qu'un instant ; dont les murailles et la charpente n'ont point été renouvelées ; dans l’enceinte de laquelle le patriarche d'une nombreuse postérité pratiqua les actes de vertu, qu'un de ses arrière-petits-fils à la septième génération, y continue encore tous les jours.
Le seigneur du nouvel établissement ne voulait pas de demeure pour lui, sans qu'il y en eût une
1 Nous nous permettons d'omettre la courte noticé biographique
qui suit ;ayant résumé dans notre premier chapitre la vie du sieur Pierre Boucher,
était de sa
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sit la F dont ‘enoujarche es de
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taphique du sieur
æ DÉUX MONUMENTS 305
aussi pour le Seigneur du ciel et de la terre. Plein de l'esprit et de la sagesse qui animèrent d'abord Salomon, le sieur Boucher construisit un temple auquel il ne pouvait pas, sans doute, donner la splendeur de celui du petit-fils de Jessé, mais que le vrai Fils de David se plut à remplir de la splendeur des merveilles eucharistiques. Ce fut à la première église de Boucherville. La grâce a rendu inutile, et le temps a fait disparart: > complètement
le fort Saint-Louis, bâti tout pres de cette église,
- pour protéger contre ‘es sauvages [roquois, ceux
qui y venaient prier pour la conversion de ces barbares ; mais les murs du sanctuaire dont j'ai vu quelque chose quand j'étais enfant, ne devaient point s'effacer entièrement, et ils ont encore leurs fondations dans ce sol que doit ombrager la croix que je vais bénir. C’est donc une belle pensée que celle de marquer par un monument, cet endroit cù le Dieu, ami des hommes, s’est immolé dans les commencements de cette paroisse ; où le fondateur de cette même paroisse à donné des preuves «1 éclatantes de sa foi et de sa piété; où il a vécu pendant près de cinquante ans, y élevant ses seize enfants dans la crainte de Dieu et la pratique de
toutes les vertus, qui sont comme héréditaires et
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indispensables dans cette localité. Le sentiment chrétien a toujours excellé en ces lieux. Il est si naturel en ceux qui les habitent ou qui en sont originaires que, dans mes relations avec les B. de Boucherville, domiciliés en France et à l’ile Maurice, J'ai eu le bonheur de remarquer les qualités qui ont brillé dans notre ancêtre commun, le Grand- Père Boucher.
Les âmes d'élite s’apprécient et se recherchent, c'est ce qui explique le nom que nous trouvons à la tête du premier registre de Boucherville, registre tenu dans le sanctuaire adjacent au manoir. Ce nom est celui de Jacques Marquette, écrit de la main même de l’illustre missionnaire, à côté de celui d’un fils et d'une fille de M. Boucher, à l’occasion du baptême d’une enfant sauvage. Il y a tout un monde de souvenirs dans le précieux manuscrit dont je vous parle, et ce monument sur le papier, mérite à lui seul, un monument sur le marbre ou le bronze.
Je vous avoue, Messieurs, que je ne prononce pas le nom du Père Jacques Marjuette sans éprouver une vive émotion. Dans ce nom, je lis quelquesunes des plus pures gloires des enfants de Loyola :
les élans généreux du zèle de nos missionnaires,
ment st si
sont B. de Maualités
rand-
hent, s à la ristre
Ce main d'un n du t un acerit apier,
re ou
:e pas Juver quesyola :
aires,
DEUX MONUMEXNTS
l'éclat répandu décou vreurs.
Sur Les travaux Et, certes, je éprouver ce Sentiment, ’rganes les plus
dans plusieurs États de salent et le
de nos illustres
ne SUIS pus seul à Ces Jours-ci même, Leg
l'Union Américaine, redi- S gloires du géné e découvre le nom ave
la sainteté, le
S vertus et le Sionnaire, de l'intrépiq de prononcer
Pri vilège de
eux misur dont je viens C un profond respect.
s hommes Profanes euxnt les mérites de l’humble missionnaire au-dessus de ceux de l'illustre Voyageur. Des Personnages distingnés viennent de États de l'Illinois, du Michican, autres, auprès d
mêmes exalte
se réunir, des du Wisconsin et U tombeau de Jacques Marquette,
Île qui nous a conviés cette réunion, c'est l’érec-
dans une pensée analogue à ce
ici aujourd’hui. L'objet de tion d’un Monument, à n'oublie Pas les nobles leçons laissée celui dont la Carrière fut, h4 Mais qui vécut à
fin que notre âge frivole $ au monde par las ! trop tôt brisée,
ssez longtemps Pour attacher à son nom les plus nobles sou v
M. Bouche quette,
enirs, r Invoquait Bré C’est cette affa ville l'intrépide
beuf, et i] aimait Mar- Ction qui attira Missionnaire, D tit pour aller évangéliser
à Boucher ici, Marquette par--
les Outaouais, et il se
ren tcennere ne étrangement