‹ Une vieille seigneurie, Boucherville [microforme]Chapitre 73 sur 90 · AR T · texte numérisé non relu

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l'évêché: tout est raconté dans cette adresse qui L ° A . » Q témoigne, en même temps, de la vive affection du

diocèse de Montréal pour son ancien évêque.

“Profondément ému, Mgr Bourget répond. Il a des larmes dans la voix : il bénit le Seigneur d'avoir accordé à ses cheveux blancs ce spectacle si touchant de tout un diocèse, de tout un peuple réuni, une dernière fois, dans une admirable manifestation de respect et de dévouement. Bientôt, son grand âge l’indique assez, il va quitter ce monde pour un meilleur, mais il ne veut pas abandonner ses amis, dire un éternel adieu à ses coopérateurs dans le bien, sans leur affirmer une dernière fois, aux célestes clartés de l'éternité qui s’avance, les immuables principes qui sont la sauvagarde de la société

et le salut des peuples.

“ La voix du prélat prend de l'ampleur, elle domine l'assemblée, et la chaude effusion de son cœur

pénètre, réchauffe, transporte tout l'auditoire.

“T1 était vraiment beau à voir, le saint vieillard ! C'était un patriarche des temps antiques, le vrai prêtre selon l’ordre de Melchisedech, et sa parole était suave et douce à entendre lorsqu'elle procla-

mait, au nom de Jéhovah, dans le sanctuaire même

de sa divinité, les immuables principes de la vérité

éternelle,

“Oui, il était beau à voir le vénérable octogénaire lorsque, les mains tournées vers le ciel, il supplia le Tout-Puissant de bénir ce peuple qui avait été son peuple, de le maintenir toujour; dans les sentiers de la vertu, de le conduire à travers les mille dangers de la vie jusqu'à cette patrie, où pasteur et troupeau sont éternellement unis dans le sein de la divinité,

“Le peuple tout entier mit genoux en terre, et sur les têtes inclinées tomba, comme une rosée céleste, la bénédiction d’un saint 1”

Une seconde adresse fut présentée par le R. M. Lussier, au nom de Boucherville, sa paroïssé natale. Nous citons, au moins en partie, cette adresse, aussi remarquable par la chaleur des sentiments que par l'élévation des pensées qu'elle exprime.

“...... Permettez, Monseigneur, qu'un enfant de cette paroisse, si Joyeuse de vous posséder en cette circonstance, anticipe sur cet anniversaire béni, (le soixantième de son ordination) et vous présente à l'avance les félicitations et les vœux de tous.

1 Le Canadien, novembre 1882,

“ En agissant ainsi, il croit être l'interprète fidèle de tout le clergé de votre ancien diocèse,

“ Nous nous réjouissons, disait naguère une voix plus autorisée que la nôtre, nous nous réjouissons tous dans le Seigneur, de ce qu'il daigne conserver encore au milieu de nous celui qui a sappoits pendant tant d’annécs !< fardeau de la sollicitude pastorale et qui, comme une sentinelle vigilante, a veillé constamment au maintien de l’ordre au sein du peuple soumis à sa juridiction.

“ Cette parole, Monseigneur, est à elle seule un éloge complet de votre longue et laborieuse carrière. Dire, en effet, que vous avez toujours travaillé au maintien de l’ordre, c’est affirmer que vous avez fait rèoner Dieu dans les intelligences par la pureté de la foi, dans les cœurs par la soumission aux saintes lois de la morale, dans la société par la subordination légitime des pouvoirs ; partout enfin, par le triomphe de Jésus-Christ et de cette sainte église, hors de laquelle il ne saurait y avoir que désordre et confusion.

“ Pour atteindre ce but si noble et si élevé, vous n'avez cessé, dans votre attachement inviolable au Vicaire de Jésus-Christ, et dans votre docilité par-

faite à ses directions, d'organiser, de développer

dans $84,00

et d'affermir toutes les œuvres catholiques. Vous avez surtout donné votre constant appui à celles que le Saint-Siège recommande comme un besoin spécial de notre époque.

“ Votre Grandeur n’a pas seulement excité l’ardeur des défenseurs de ln vérité et dirigé leur marche avec lumière, fermeté et douceur, mais elle a encore su faire comprendre à tous la nécessité de supporter ceux qui consacrent leurs veilles et leurs lumières à la diffusion des saines doctrines et À la réfutation de l'erreur.

“I ne faut donc pas s'étonner, Monseigneur, si

dans cette nouvelle œuvre de zèle, à laquelle vous

avez consacré deux annes entières, et qui vient d'être couronnée d'un si beau succès, vous avez été, comme on l’a dit, accueilli avec ivresse, avec amour, avec vénération. C'est qu’en effet tout le monde voyait en vous un bienfaiteur commun :.”

Avec cette adresse fut présenté un superbe bouquet s'étalant en vingt-quatre branches, dont chacune était enrichie d’une pièce d’or de cinquante piastres. C'était le don de plusieurs prêtres, dési-

1 Les aumônes que Mgr Bourget r'ecueillit pour la cathédrale, dans sa visite des paroisses du diocèse, s'élevérent à la somme de $84,000,

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reux de fournir à Mgr Bourget les moyens de satisfaire sa charité envers les pauvres, qui venaient tous les jours lui demander l’aumône.

Le saint vieillard ne put cette fois maîtriser son émotion. Sa voix frémissait comme ses membres, et ce fut moins en paroles qu’en larmes que son cœur s'épancha pour remercier et bénir. Spectacle touchant ! avee lui, l’on vit pleurer toute cette foule de fidèles attendris, jeunes gens, vieillards, hommes

d'Etat, jeunes prêtres, curés à cheveux blancs.

De l'église, les deux évêques, les prêtres et tous les invités se rendirent dans la grande salle de la fabrique, où les dames de la paroisse avaient préparé un splendide banquet.

Les murs de la salle, inaugurée pour cette fête, se dérobaïent sous des guirlandes de fleurs et de verdure, sous les draperies et les écussons. Tout s'était feit dans un concours de goût et de libéralité ; le banquet généreusement donné par les dames, était gracieusement servi par elles.

Mme de Boucherville avait assumé les dépenses du menu de la table d'honneur. Mgr Fabre y présida, ayant à sa droite Mgr Bourget et à sa gauche l’honoruble M. de Boucherville. A leurs côtés prenaient place le R. P. Cazeau, $. J., le supérieur des

MM. de Saint-Sulpice, celui des RR. PP. Oblats, MM. les chanoines, les supérieurs du collège de Montréai et de celui de Sainte-Thérèse, les honorables MM. J.-J. Ross, L.-O. Taillon, président de l’Assemblée législative, Beaubien et Landry, membres du Parlement.

Vers cinq heures, Mgr de Martianopolis et Mgr Fabre remontaient à bord du Terrebonne, et revenaïent à Montréal.

Telle est cette fête : expression spontanée de la reconnaissance d’une paroisse envers son curé ; tribut d'hommage payé à un saint vieillard, à l’occasion d’un anniversaire mémorable et d’une de ses dernières œuvres héroïques. Elle a été le spectacle conso’ant d’un clergé nombreux, unanime à acclamer son bien-aimé chef d'autrefois, et encore prêt à marcher sur ses traces ; le spectacle d’une foule respectueuse, unie pour prier dans la vénération, aimant plus que jamais la religion qui donne de tels ministres. Ce jour ne repasse pas dans la mémoire, sans faire renaître une multitude de religieuses pensées,

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