IÔ
trier est la base, et que tous les êtres tourmentés par leur pensée adorent , parce qu’elles enivrent et qu’elles tuent, deux bonheurs toujours à la portée de notre main !
Cette salle à manger, pavée de marbre ardoise, avec ses deux fontaines, aux vasques profondes, eût été glaciale par le temps qu’il faisait, si un grand poêle de porcelaine blanche n’eût été allumé et n’eût répandu à l’entour la chaleur mate et alourdissante du charbon dans la tôle rougic. Rien de plus triste que cette salle bâtie pour cinquante convives, et dans le désert de laquelle, ce matin-là, on en comptait deux. Les murs, blancs comme ceux d’un sépulcre, étaient verdis aux angles par la bise marine qui avait soufflé dans les jointures des fenêtres de ce manoir, si longtemps inhabité. Ils étaient couverts de quelques cartes de géographie et de portraits de ,famille, noirs, austères, enfumés de vétusté restes d’une magnifique galerie, détruite par la Révolution. Cette bourrèle, qui ne se contenta pas de couper le cou à des milliers d’hommes, le coupa aussi à des portraits et à des statues. Elle avait donc déchiré ces archives peintes de la famille, et faussé d’une barre homicide le blason fait homme des de Fiers. Il n’existait plus à Carteret que quelques vieilles images de ces générations de plusieurs siècles. La marquise, en revenant de l’émigration, avait fait transporter les portraits de la galerie dans la salle à manger du manoir. Revenants majestueux du passé, ils étaient là, plusieurs encore, avec leurs mines hautaines, les uns