‹ Une Vielle MaitresseChapitre 17 sur 37 · IE F E T F A D'UNE SULTANE · texte numérisé non relu

IE F E T F A D'UNE SULTANE

vêtus de daim, les autres d’acier, la poitrine ornée de ces ordres qui représentaient de si grandes choses, la main à l’épée ou sur le bâton fleurdelisé du commandement. Par un hasard singulier, les deux extrémités de cette ligne d’ancêtres, brisée par la Révolution, s’y rencontraient face à face. On y voyait, le casque à moitié fermé, cet Amaury de Fiers, baronnet sous Louis IX, et qui sauta le premier de sa galère cypriote dans la mer, au rivage de Ptolémaïs; et aussi Hector- Sylvain, marquis de Fiers (le dernier et le mari de notre marquise), peint à douze ans, dans un cadre ovale et sur un fond bleu de ciel, en habit blanc, poudré de rose, les cheveux épars, joli comme un cœur, et déchirant à beaux ongles les pages de son catéchisme, faute digne du fouet et qu’on peignait alors parce qu’on la trouvait charmante, et qu’elle était bien plus la faute du siècle que de l’écolier. Elle n’a depuis rencontré son égale dans les étourderies humaines que la stupidité généreuse qui fit sacrifier, en 1789, à Mathieu de Montmorency, ses descendants et ses ancêtres, et placer, par un imbécile et criminel stcllionat, ce qui ne lui appartenait pas, ses titres de noblesse, sur l’autel de la Patrie.

Ils étaient donc là, nos deux époux, dans cette large salle, imposante de tristesse, avec ses hautes poutres et ses murs verdis. Ils y étaient, sous l’oeil fixe de ces sombres portraits, moins sombres qu’eux. Qui les eût vus ainsi, séparés par la table ronde, préoccupés, sérieux et mornes; l’une buvant son thé d’une lèvre inerte, l'autre engloutis- II. 21

sant la flamme du rhum d’une lèvre fébrile, aurait bien aisément compris que leur lune de miel était finie.

Les domestiques s’étaient retirés, leur service achevé, sur un signe de leurs maîtres. Des deux fenêtres de la salle, on pouvait prolonger son regard sur la neige qui couvrait les dunes, et dont les flocons obstinés pleuvaient dans la mer, où ils disparaissaient fondus. Cette mer, toujours un peu verdâtre, agitée, houleuse, semblait plus glauque par le contraste de toutes ces blancheurs sur lesquelles déferlaient les vagues en silence, comme sur un mol édredon, fait par quelque fée, du duvet de ses goélands. La salle du manoir, ainsi que le visage de M. et de M me de Marigny, était frappée de cette espèce de clarté blafarde qui ne vient pas du ciel, mais des neiges tombées, et qui éclaire les objets comme par en dessous. Ils n’entendaient, et même l’entendainet-ils? que le bruit du feu comprimé dans le poêle, et de temps en temps, quand le vent les leur apportait, les sons douloureux d’une cloche lointaine, qui sonnait pour les morts.

« Ah ! dit Marigny, rompant le premier le silence, après avoir vidé son verre, — il avait bien raison d’aimer ces alcools qui nous réchauffent et qui nous soulèvent, sir Reginald Annesley ! »

Ce mot prononcé disait assez de quel côté penchait sa pensée. Il lui jaillit des lèvres comme s’il se fût parlé à lui-même et qu’il eût été seul.

« Qu’est-ce que sir Reginald Annesley, mon ami?

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