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LA PROVIDENCE Q.UI S ’ EN VA. 8 J

était bien dû, elle ne pensait qu’à la dissiper, à force de sérénité apparente, de mots fins et de sourires gais! On reconnaissait bien la femme qui avait inventé le mot que voici pour justifier ses préoccupations habituelles : Une grani’mère, c'est deux mères l’une sur l’autre. Ce que l’une oublierait, si c’était possible, pour le bonheur de sa fillette, l’autre ne pourrait pas l’oublier.

Mais, disons-le à l’honneur de Marigny et d’Hermangarde, cette généreuse amabilité échoua dans l’abnégation de ses tentatives. Pour la première fois, ils restèrent inertes et sans écho aux vibrations de cet esprit qui cachait des sanglots dans ses harmonieuses résonnances. Tout le temps qu’ils passèrent avec la marquise, ils n’entendirent en l’écoutant que cette voix de l’adieu qui fait saigner le cœur quand la bouche rit. Arrivés à l’endroit marqué pour la séparation, la voiture s’arrêta un moment. Les chevaux fumaient, ils respirèrent. On était à peu près au centre de la lande de la Haie-d’Hectot, point élevé et nu, d’où l’on découvrait à droite et à gauche un paysage accidenté. Le ciel était gris, l’horizon bleuâtre. La vapeur des chevaux, roulant mollement autour de la berline, fondait la fraîcheur de l’air et permettait de lever les glaces de la voiture. Hermangarde tint M n,e de Fiers embrassée longtemps.

« Adieu, bonne maman, lui répétait-elle. Vous partez et nous restons, mais quand vous voudrez de nous, faites un signe et nous retournerons à Paris. »

Il fallut mettre un terme aux tendresses. La marquise de Fiers, qui lisait dans l’âme de sa petite-fille à travers les grosses larmes qui perlaient dans ses fiers et modestes cils d'or, désirait qu’elle montât à cheval sous ses yeux. Elle savait combien le mouvement physique soulage l’âme à certains moments ; et puis, ayant l’enfantillage des mères comme elle en avait la sublimité, elle voulait réjouir ses yeux de la grâce hardie de sa Bradgmante. Hermangarde descendit donc de voiture avec son mari. Ryno plaça lui-même le cheval qu’il amena à sa femme, et, prenant dans sa main le pied chaussé de daim qu’elle souleva, il la mit vivement en selle. L’impatient et bel animal dansa bientôt sous ce léger poids qui faisait plier ses reins frémissants. Il semblait orgueilleux de porter Hermangarde, comme si Dieu lui avait donné l’intuition de la beauté humaine, et il jetait autour de lui, des coups de sa tête hennissante, les écumes blanches qui noyaient son mors. En un clin d’œil, Marigny fut à côté de sa femme sur le cheval qui lui était destiné.

« Trouvez-moi un plus beau couple dans tout le faubourg Saint-Germain ! » dit tout bas, mais ravie, la marquise à M m “ d’Artelles.

Ils s’approchèrent et maintinrent leurs ardentes montures contre la portière de la berline, et ils recueillirent, en baisant les mains que les douairières leur tendirent, les dernières recommandations. Comme le cheval d’Hermangarde, prêt à bondir, s’électrisait sous le genou doux et rond

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