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CHAPITRE

LES ORIGINES DE FÈS (suite)

Sommaire. — Les premiers habitants de la ville : Arabes et Berbères, émigrés de Cairouan et de Cordoue. — Étymologie du mot Fès d'après les auteurs arabes. — Fondation des mosquées Elqarouiyin et Elandalous.

Ainsi que nous l'avons vu, Tentourage d'Idris était surtout composé d'Arabes venus de toutes les parties de l'Afrique, mais cette suite était loin de suffire à peupler la ville nouvelle; des emplacements y furent aussi distribués pour les tribus berbères.

Les Arabes de Qaïs s'établirent dans la partie supérieure de l'Adouat Elqarouiyin entre Bab Ifriqiya et Bab Elhadid et, près d'eux, les Arabes de Azd et les Asfioum.

Dans Vautre Adoua se fixèrent surtout les Berbères. Presque toutes les tribus des environs, les Gerouaoua, Aourba, Haouara, Louata, eurent à Fès des colonies établies dans des quartiers à part qui prirent leur nom et conservèrent longtemps leur physionomie propre. Encore aujourd'hui la branche de la rivière qui, détournée de son cours pour servir à l'irrigation.

entre dans la ville par Bab Echchebbâk*, porte le nom de Oued Mesmouda, du nom de l'ancienne tribu berbère qui habitait près du quartier d'Elmokhflya ; le quartier des potiers à l'est de la ville s'appelle encore Guerouaoua.

Dans TAdoua des Andalous, près du Keddan, se fixèrent aussi les chefs arabes au lieu même où ils avaient d'abord campé avec Idris.

Bientôt un grand nombre de familles andalouses chassées de Cordoue pour avoir pris part à un soulèvement contre l'Emir Hakim ben Hicham, et aussi trois cents familles^ de Qairouan vinrent chercher un refuse à Fès. Ces nouveaux venus, population plus policée que les Berbères et plus sédentaires que les Arabes de la suite d'Idris, militaires suivant leur chef dans ses campagnes, contribuèrent beaucoup au peuplement de la, ville et donnèrent leur nom aux deux Adoua... Les gens de Qairouan s'établirent sur la rive gauche de la rivière et les Andalous sur la rive droite, du Keddan à Masmouda et Erremila, c'est-à-dire dans tous les espaces que les tribus berbères n'avaient pas encore occupés.

Suivant les instructions d'Idris, nous dit le Roud Elqartas, on fit des plantations sur les bords de l'oued Fés jusqu'au Sebou. Dans la ville môme on cultivait des jardins.

Les deux Adoua construites un peu à la hâte devaient

1. Bab Echchebbâk « porte de la Grille », ainsi nommée parce que la rivière entre dans la ville à travers un grillage fixé dans le mur d'enceinte.

2. Le Roud Elqartas donne le chiffre de 800 pour le nombre de familles venues de l'Andalousie et de 300 pour celui des familles venues de Qairouan, chiffre que l'on trouve également dans Elbekri.

alors ressembler à ces casbas de caids bédouins que l'on voit dans les Chaouiya et autres provinces méridionales du Maroc, et pendant assez longtemps elles conservèrent cette physionomie de bourgs militaires et ruraux. « Les habitants de l'Adouat El-Andalous, dit le Roud Ëlqarlas, étaient forts, valeureux et la plupart adonnés aux travaux de la terre et des champs ; ceux de l'Adouat El-Qarouiyin, au contraire, généralement haut placés et instruits, aimaient le luxe et le faste chez eux, dans leurs vêtements, à leur table, et ils ne se livraient guère qu'au négoce et aux arts. Les hommes de TAdouat Elqarouiyin étaient plus beaux que ceux de l'Adouat El-Andalous; mais, en revanche, les femmes de l'Adouat El-Andalous étaient les plus jolies. >»

Les maisons et édifices de Fès étaient tous ou presque tous en pisé. Ce n'est que plus tard, quand la population augmenta, quïls comprirent plusieurs étages. Actuellement encore on y construit, soit en briques, soit en pisé recouvert d'une couche de plâtre ou simplement blanchi à la chaux. De telles constructions ne résistent pas à l'action du temps; aussi ne peut-on montrer aucun mur ou aucun monument datant de cette époque. La Zapuiya de Mouley Idris ellemême a dû, nous l'avons vu, être reconstruite dés l'année 1308 de notre ère, ses terrasses et ses murs étant complètement effondrés. Les plus anciennes parties des murs de la ville, souvent réparées et en partie reconstruites, datent des Almohades.

Aucun des auteurs qui mentionnent la fondation de la ville de Fès ne peut donner sur Tétymologie de ce nom une explication convaincante. Le Roud Elqartas nous fournit quatre versions que le Jedouet Eliqtibas

elle Kilab Elisliqsa ont reproduites faute de mieux. Voici ce passage dans la traduction Beaumicr :

On n*est pas d'accord sur l'étymologie du mot Fès. On raconte que lors des premiers travaux, l'imam, par humilité et pour méiiter les récompenses de Dieu, se mit lui-même à l'ouvrage avec les maçons et les artisans et que ceux-ci, voyant cela, lui offrirent un fès (pioche) d'or et d'argent. Idris l'accepta, et s'en servit pour creuser les fondements; de là le mot fès fut souvent prononcé; les travailleurs disaient à tout instant : « Donne le fès, creuse avec le fès », et c'est ainsi que le nom de Fès est resté à la ville. L'auteur du livre intitulé Elistibsâr fi ajâïb Elamçar* rapporte qu'en creusant les premiers fondements du côté du midi, on trouva un grand fès, pesant soixante livres et ayant quatre palmes de long sur une palme de large, et que c'est là ce qui fit donner à la ville le nom de Fès.

Selon un autre récit, on commençait déjà à construire lorsque le secrétaire d'Idris demanda quel serait le nom de la nouvelle ville. « Celui du premier homme qui se présentera à nous », lui répondit l'imam. Un individu passa et répondit à Ja question qui lui en fut faite. « Je me nomme Farès », mais comme il blésait, il prononça «Fès ». On raconte encore qu'une troupe de gens du Fars (Persans) qui accompagnaient Idris tandis qu'il traçait les murs d'enceinte, furent presque tous ensevelis par un éboulement, et qu'en leur mémoire on donna au lieu de l'accident le nom de Fers, dont plus tard on fit Fès. Enfin, on rapporte que lorsque les constructions furent achevées, l'imam Idris dit : « Il faut donner à cette ville le nom de l'ancienne cité qui exista ici pendant dix-huit cents ans et qui fut détruite avant que l'Islam ne resplendît sur la terre. » Cette ville se nommait Sèf et, en renversant le mot, on en fit Fès. Cette version dernière est la plus probable de toutes; mais Dieu seul connaît la vérité.

L'auteur, obéissant à un sentiment commun chez les écrivains musulmans du nord de l'Afrique, où

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