Considérations sur les merveilles des grandes villes
rindividualisme berbère conserva si profondément son caractère, nous montre la fondation de la métropole de l'Islam occidental sous une forme solennelle. Le fondateur, qui est en même temps le patron religieux {moulelôlad), traçait les limites, dirigeait les ouvriers, plaçait des portes et invoquait enfin pour son œuvre la bénédiction du Très-Haut... En réalité, l'établissement de sa dynastie naissante et les campagnes qu'il avait entreprises laissaient à Idris moins de loisirs. Il n'avait même pas songé à doter d'un nom les deux Adoua; elles ne reçurent les appellations que nous connaissons qu'après l'arrivée à Fès d'un certain nombre de familles de Qairouan et de l'Andalousie, événement qui n'eut lieu que plusieurs années après la fondation de. la ville. De même, les portes des Adoua durent leurs noms seulement à leur situation et à leur . destination. Il ne semble pas non plus qu'Idris ait solennellement baptisé la ville de Fès et il n'est même pas sûr que son nom lui ait été donné dès les premières années. L'étymologie de Fès est, en réalité, inconnue.
Le petit-fils de Mouley Idris, Yahia ben Mohammed ben Idris, paraît s'être particulièrement intéressé à sa capitale. C'est sous son règne que furent construites le^s mosquées d'Elqarouiyiii et d'Elandalous. La population des deux Adoua s'était déjà, à cette époque, suffisamment accrue pour rendre insuftisantes les deux mosquées existantes, celle des Ghorfa, de l'Adouat Elqarouiyin et celle des Cheikh, de l'Adouat Elandalous.
La mosquée d'Elqarouiyin, assez modeste à l'origine, était destinée à devenir, après les agrandissements et l'ornementation qu'elle reçut sous le règne
IKS.
des Merablin (Almoravides) et des Béni Merin, Tédifice grandiose que Ton peut encore admirer aujourd'hui. C'est sous ses arcades que se font les cours de celte
Cliché Veyri
Fontaine d'Elqarouiyin.
Université de Fès qui fut un des centres intellectuels de rislam et conserve encore dans tout le Maghreb le prestige de ses gloires passées. La construction d'Elqarouiyin fut commencée en 248 (859 J.-C).
Les murs furent bâtis en tabiah et en keddhân, que l'on extrayait au fur et à mesure d'une carrière située sur lo terrain même qui fournissait aussi la terre, les pierres et le sable dont on avait besoin. Fatma* fit creuser le puits qui existe aujourd'hui encore au milieu de la cour, et d'où Ton tira toute l'eau nécessaire aux travailleurs, de sorte que cette mosquée sacrée fut entièrement bâtie avec les matériaux de son propre sol, et que Ton eut ainsi la certitude que rien de ce qui aurait pu n'être pas parfaitement légitime et pur n'avait été employé. La sainte femme jeûna tout le temps que durèrent les travaux, et lorsqu'ils furent achevés, elle adressa des actions de grâces au Dieu Très Haut qui l'avait secondée. La mosquée bâtie par Fatma mesurait loO empans (environ 30 mètres) du nord au sud; elle avait quatre nefs, une petite cour, un mibrâb qui occupait la place située aujourd'hui sous le grand lustre. Son minaret était peu élevé et construit sur l'Aueza du côté du Sud. Telle est la version que rappelle Abou-El-Kassem ben Djenoum, dans ses Commentaires sur l'Histoire de Fès^
Tout en étant suffisant pour l'importance de la ville qui venait d'être construite, ce temple élait donc bien loin d'avoir alors ses dimensions actuelles. Il resta dans cet état à l'époque des Idrissites et fut plus tard agrandi par l'imam Zenata Ahmed ben Boubeker.
Ce fut ce prince qui construisit le minaret actuel en 345 (956 J.-C). Ce minaret, de même que celui delà mosquée des Andalous construit aussi par les Zenata,
1. Parmi les familles de Gairouan qui vinrent s'établir à Fès, se trouvait celle d'un nommé Mohammed Elfeheri qui était venu d'Ifriqiya avec ses deux filles Fatma et Meriem : la première consacra sa fortune à bâtir la mosquée d'Elqarouiyin et la seconde celle des Andalous. Il est probable, qu'au moins en ce qui concerne la mos(iuée des Andalous, ce récit est légendaire, et c'est sans doute le goût de la symétrie qui a porté les chroniqueurs du temps à attribuer à la piété de deux sœurs la fondation des deux mosquées. Ce qui paraît du moins constant, c'est quelles datent de la même époque.