‹ Une ville de l'Islam: FèsChapitre 12 sur 53 · Roud Elqartas · texte numérisé non relu

Roud Elqartas

est loin d'avoir Télégance qui devait distinguer les édifices similaires de Tépoque almohade ou mérinide. L'auteur du Roud Elgartas cite l'inscription suivante qui était gravée dans le plâtre du minaret à son époque et que de multiples réparations ont fait disparaître :

Au nom de Dieu clément et miséricordieux ! Louange à Dieu, Tunique, le Tout-Puissant! Ce minaret a été élevé par Ahmed ben Abou Beker Saïd ben Otsmân Ezzenàti. Que Dieu Très Haut le conduise dans la vraie voie, lui donne la sagesse et lui accorde ses récompenses les plus belles! Sa construction fut commencée le premier mardi du mois de Radjeb, Tunique de l'année 344 (955 J.-G.) et fut entièrement achevée dans le mois de Raby el Tany, en 34o (956 J.-C). On lit également sur un des côtés de la porte : « Il iTy a de Dieu que Dieu, et Moha^lmed est l'apôtre do Dieu,» et sur le côté opposé : « Dites, ô mes serviteurs, vous qui avez agi iniquement envers vous-mêmes, ne désespérez point de la miséricorde divine; car Dieu pardonne tous les péchés! il est indulgent et miséricordieux.

D'après une légende mentionnée parle Roud Elgartas, à l'époque où fut terminée ce minaret, les descendants d'Idris se disputaient la propriété de l'épée de leur ancêtre. L'imam Ahmed ben Boubeker la leur acheta afin de les mettre d'accord, et la plaça au sommet du minaret, surmontant une pomme en métal doré^

A l'époque des Almoravides, la mosquée devint trop étroite, par suite de l'accroissement considérable de la population. Yousef ben Tachefin autorisa le qadi de Fès, Mohammed benDaoud à l'agrandir. Celui-ci acheta donc tous les terrains et les maisons situés au sud et à l'est de la mosquée. Les propriétaires de ces maisons furent indemnisés sur les fonds des Ilabous. Un certain

1. La plupart des minarets de Fès sont surmontés d'une tringle en fer doré, traversant trois boules de métal également doré.

nombre d'entre eux, qui étaient juifs, et refusèrent de céder leurs propriétés, furent expulsés après une estimation*. C'est à cette époque que furent construites les portes do la mosquée Bab Elfakhkharin (porte des Potiers), et Bab Echchemaïn (porte des Vendeurs de cire), qui existe encore. C'est également alors que furent construits le minaret et la coupole qui le surmonte, ainsi que le jet d'eau qui se trouve au milieu de la cour. Elqarouiyin reçut alors ses dimensions définitives, qui en font la plus vaste mosquée du Maghreb. Couvrant tout un quartier de la ville, elle comptait, nous dit le Roud Elqartas, 270 colonnes formant 16 nefs de 21 arcs chacune, tant en longueur qu'en largeur^. Si elle est remarquable par son étendue, elle ne l'est pas, d'ailleurs, par l'élégance de son architecture. Ses nefs trop basses sont supportées par des piliers carrés qui donnent à tout l'édifice une apparence de lourdeur. C'est de celte époque que datent le bassin de marbre rouge situé près de la grande porte et la fontaine qui se trouve dans la cour intérieure, et pour laquelle on lit venir l'eau de Bab Elhadid au moyen d'un conduit '.

Lorsque les deux Adoua ne formèrent qu'une seule ville, la mosquée des Andalous plus éloignée du centre que celle d'Elqarouiyin, eut des destinées moins brillantes. Elle conserva les proportions qu'elle avait à l'époque des Alinohades, et qui en font un temple

1. Le niellah n'existait pas encore, et les Juifs, habitant près de Bab Eigisa, n'étaient pas parqués dans un quartier spéciaL

2. L'auteur du Roud Elqartas donne une description très complète de la mosquéo à son épofjue, avec ses portes blindées, comme aujourd'hui, de cuivre rou^^e, ses lustres, la canalisation nécessaire à l'eau de ses fontaines, etc.

:j. Uoud Elqartas.

spacieux, bien qu'il soit loin d'avoir l'étendue d'Elqarouiyin.

Ces deux mosquées n'élaient, à l'origine, que des oratoires. Les mosquées officielles des deux Adoua, celles qui avaient la Khotba, étaient la mosquée des chorfa et celle des cheikh*. Mais à l'époque des Zenata, qui cherchaient à efTacer le plus possible le souvenir des Idrissites, on prétexta l'exiguïté et le mauvais état de ces deux édifices pour faire passer la Khotba aux mosquées d'Elqarouiyin et d'Elandalous. Cette mesure fut prise, en 321, par l'Émir Zenati Ahmed Elhamdani. Le Roud Elqarlas et le Jedouet Eliqlibas nous donnent le nom des cheikh qui prononcèrent les premiers khotba dans ces deux mosquées ; ce furent, pour Elqarouiyin, Abou Abdallah, ben Ali Elfarsi, et pour Elandalous, Abou Elhasen ben Mohammed El Kasdi^ Si l'architecture d'Elqarouiyin n'a rien de remarquable, les deux fontaines qui se font face aux extrémités de la grande cour sont, au contraire, admirables. La plus ancienne semble avoir été construite sous le règne de Yousef ben Tachefm, lors des grandes réparations dirigées par le Cadi Ben Daoud; c'est la plus belle des deux. L'autre, au pied du minaret, date du Sultan Abdalla Echcheikh, de la dynastie Saadienne, et sa vasque de marbre avait été offerte à la mosquée par le Sultan Mansour, de la môme dynastie. Les dômes qui les surmontent sont soutenus par des colonnes de

1. Chaque vendredi, l'iman ou le khetib prononce, à la prière du milieu du jour, une sorte de prône, la khotba, où il invoque le nom du prophète, des premiers khalifes, et du Sultan actuellement régnant.

2. Le Roud Elqartas donne le nom de tous les prédicateurs successifs de Qarouiyin, ainsi que de nombreux détails sur. cette mosquée.

marbre dont la légèreté contraste avec la lourdeur des piliers des nefs. La toiture en tuiles vertes, s'avançant en auvent, est bordée de boiserie sculptée, et Télégance

Porte des Andalous.

de ses arcades rappelle le kiosque de la Cour des Lions à l'Alhambra.

La mosquée d'Elandalous, construite à la môme époque que celle d'Elqarouiyin, était, comme celle-ci,

très modeste à son origine. D'après Elbékri, auquel se réfère Tauteur du Jedouet Eliqtibas, elle comprenait six nefs et une petite cour ombragée par quelques arbres. Son minaret fut construit par TÉmir Zenata Ahmed ben Boubeker, sous le règne d'Ennaser Lidin Allah, et à la môme époque que celui d'Elqarouiyin, et son architecture n'est pas plus intéressante.

La mosquée d'Elandalous resta dans cet état jusqu'au règne de Ennaser l'Almohade. Ce prince, qui effectua à Fès de grands travaux publics* donna ordre de réparer et d'agrandir la mosquée, et fit construire la grande porte nord, monument d'une imposante hauteur, dont on peut encore admirer les lignes élégantes.

Tant que les Idrissiles furent au pouvoir, la ville suivit les vicissitudes de leur politique et subit des. sièges et des assauts, mais sans être profondément modifiée.

A la fin du iv® siècle de l'hégire, lors de l'avènement de la dynastie berbère des Zenata, les deux Adoua formaient toujours deux villes complètement distinctes ayant chacune ses mosquées, ses souq (marchés), ses qaïsàriya (bazars) et aussi un Dar Essikka (établissement de la monnaie).

Les populations très diverses et chaque jour plus nombreuses qui s'y trouvaient agglomérées apprenaient dans les écoles et les mosquées les éléments de la religion musulmane; dans ces écoles et aussi par l'usage quotidien, elles apprenaient la langue arabe, la seule dont se servissent les gens instruits. Ce rôle joué par Fès dans la formation religieuse et intellectuelle du pays était fort important. Bien que située sur le

1. Il fit reconstruire les fortifications de Fès. C'est aussi à lui que l'on doit Bab Elmahrouq. [\. chapitre III.)

passage de l'Ifriqiya et de Tlemcen à l'Espagne, Fès se trouvait en effet, en plein pays berbère*. Ce ne fut que plus tard, au xii® siècle, sous le règne de Yaqoub Elmansour, que se produisit la grande invasion arabe Hilalienne qui amena dans les plaines du Maghreb Elaqsa les tribus que, de nos jours encore, les indigènes appellent arabes par opposition aux autres tribus de langue ou d'origine berbère.

Au lieu d'êlre comme de nos jours entourée de tribus de langue arabe : Oulad Elhadj, Cherarda, Cheraga, etc., Fès avait pour voisins des berbères Zenata, Ghomara, Senhadja très superficiellement islamisés au milieu desquels il formait un centre de réelle civilisation.

Caïd Errha de l'armée marocaine.

I. A leur arrivée à Fès les Almohades révoquèrent les Khatib de Qarouiyin sous prétexte que, ne connaissant point la lanc^iie berbère, leur ministère devenait inutile.

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