‹ Une ville de l'Islam: FèsChapitre 15 sur 53 · C'est-à-dire les Lemtouna · texte numérisé non relu

C'est-à-dire les Lemtouna

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hautes murailles de la Casba de Bou-Jeloûd. Bien que les Almoiavides et les Almohades eussent leur capitale à Marrakech, Fès avait continué à s'accroître pendant leur règne et était devenue la Métropole islamique du Maghreb Elaqsa. Les Almohades surtout, plus policés que les Almoravides qui conservèrent longtemps leur rudesse saharienne, imprimèrent à la ville le cachet d'une civilisation que leur avait révélée leur séjour au milieu des Maures d'Espagne. Le Roud Elqartas nous énumère ainsi les richesses de la ville à cette époque :

C'est à l'époque des Almohades que Fès fut dans toute la splendeur de Ja richesse, du luxe et de rabondance. Elle était la plus florissanle des villes du Maghreb. Sous le règne d'EImansour l'Alinobade et de ses successeurs, on comptait à Fès sept cent quatre-vingt-cinq mosquées ou chapelles; quarante-deux diar loudhou et (juatre-vingls seqqàyàt, soil cent vingt- deux lieux aux ablutions à eau de fontaine ou de rivière; quatre-vingt-treize bains publics*; quatre cent soixante douze moulins situés autour et ù l'intérieur des murs d'enceinte et non compris ceux du dehors. Sous le règne de Enmiser, on comptait en ville quatre-vingt-dix-neuf mille deux cent trente-six maisons; dix-neuf mille quarante et un mesriya (petites maisons sans patio); quatre cent soixantedix-sept fondouks, destinés aux marchands, aux voyageurs et aux gens sans asile; neuf mille quatre-vingt-deux boutiques, deux qaïsàriya, dont une dans l'Adouat Elandalous et l'autre dans l'Adouat Elqarouiyin; trois mille soixantequatre fabriques; cent di«-sept lavoirs publics; quatre-vingtsix tanneries; cent seize teintureries; douze établissements

1. Le Roud Elqartas mentionne comme bâtis parles Zenata les bains suivants :

Adouat Elqarouiyin : Haminan Kerkoufa; Uanunan Elamir: Ilamman Errechacha; Hamman Rbata.

Adouat Elandalous : Ilamman Guerouaoua; Hamman Kcddan: Hamman Cheikhin; Hamman Djozira.

Il existe encore de nos jours deux des bains de l'ancienne Adouat Elandalous : ceux du Kcddân el de Djezira.

où Ton travaillait le cuivre; cent trente-six fours pour le pain et mille cent soixante-dix fours divers. Les teinturiers s'établirent à cause de la proxinaité de l'eau des deux côtés de la langue de terre qui partage l'Oued Elkebir depuis son entrée en ville jusqu'à Erremila. Les faiseurs de beignets et les marchands de gazelle ou autre viande cuite bâtirent également leurs petits fours à cet endroit et au-dessus d'eux, au premier étage se fixèrent tous les fabricants de haïks. le Oued Elkebir est le seul qui se présente aujourd'hui encore nettement à la vue; tous les autres ruisseaux de la ville sont couverts par les constructions. La plupart des jardins aussi ont disparu; il ne reste plus, des anciennes plantations, que les Oliviers de Ben Atiya. Il y avait à Fès quatre cents fabriques de papier; mais ellrs furent toutes détruites à l'époque de la famine sous les gouvernements de Eladel et de ses frères Elmamoun et Errechid de l'an 618 à l'an 638...

11 faut évidemment tenir compte dès exagérations dans ce qui précède, mais il est certain que la population de Fès était alors sensiblement plus nombreuse qu'elle ne l'est de nos jours*, où une très grande partie de l'espace compris entre les remparts n'est pas habitée. La partie Est de la ville s'est d'ailleurs graduellement dépeuplée, le centre s'étant porté à l'Ouest. L'endroit que Ton appelle encore de nos jours Guerouaoua, du nom de ses anciens habitants berbères qui s'étaient établis dans la partie haute de l'Adouat El Andalous, ne comprend plus que des terrains vagues où sont établis les potiers (fakhkhârîn), mais les fondations des anciennes constructions y sont visibles encore. Il en est de même de la partie de la ville située entre Bab Elfetouh et l'ancienne porte Bab Elhamra qui sert actuellement de cimetière; les moellons et les briques, débris d'anciennes constructions, jonchent le

1. Elle devait être au moins égale à ce qu'est actuellement ragglomération formée par Fès Elbàli et Fès Eljedîd.

sol ainsi qu'une quantité de zellij (petits carreaux de faïence). La mosquée des Andalous, maintenant à Textrémité de la ville, se trouvait alors au centre d'un quartier fort peuplé.

Les Béni Merin, successeurs des Almohades, s'emparèrent, en 1248 de notre ère, de Fès qui redevint alors

Cliché Veyre

Vue de Fès Eljedid, avec le minaret de Mouley Abdallah.

la capitale du Maghreb Elaqsa et le resta tant que ces princes furent au pouvoir. De toutes les dynasties berbères, c'est la seule dont le peuple de Fès répète encore le nom ; les lettrés seuls connaissent celui des Almoravides et des Almohades. C'est qu'indépendamment des medersas fameuses qu'ils créèrent, une ville nouvelle, celle où résident encore les sultans, perpétue leur mémoire.

Les différentes dynasties indigènes qui régnèrent sur le Maghreb Elaqsa depuis la chute des Idrissites, s'appuyaient toujours sur leurs tribus d'origine pour affermir leur pouvoir. Ces tribus suivaient leur Emir dans sa fortune ; elles avaient toujours la plus grande part du butin dans les guerres, car il était nécessaire pour le prince qu'elles fussent puissantes. Les Mérinides continuèrent cette tradition; les Cheikh Béni Merin formaient leur entourage, mais toute la tribu ne pouvait trouver place dans la ville dont la population, nous Tavons dit, était déjà très dense ; et la Gasba * était trop étroite pour loger à la fois les Emirs et leurs armées qu'il était nécessaire de grouper. Ce furent ces considérations qui amenèrent l'Emir Yaqoub ben Abdelhâq(f, qui consolida la dynastie mérinide, à fonder aux portes de Fés une véritable ville qui comprendrait le palais, les édifices destinés à l'administration et où, près du souverain, trouveraient place ses soldats. A l'origine, les blanches constructions de la ville nouvelle contrastant avec les couleurs plus ternes de l'ancienne, la firent nommer Elmedina Elbaïda (la ville blanche); on l'appela depuis Fès Eljedid, Fès le Neuf, par opposition à Fès Elbâli ou Fès l'Ancien.

Ce fut le 3 chouâl 674 de l'hégire (1276 J.-C), nous dit le Roud Elqartas, que l'Emir décréta la fondation de la nouvelle ville :

...Le jour même, les premiers fondements furent jeté§ sur la rive du fleuve en présence de TEmir, à cheval, et les feqih Aboulhasen Ben Ketân et Abou Abdallah ben Elhabak en tirèrent l'horoscope. La ville fut fondée sous Tinlluence d'un astre propice et d'une heure bénie et heureuse, comme on Ta vu depuis, puisque le Khalifa n'a jamais péri dans ses

1. Les premiers mérinides résidaient à la Casbade Bou-Jeloûd.

murs et que jamais un étendard ni une armée partis de son sein n'y sont rentrés vaincus ou en fuite*...

En même temps que Fus tljedid, Yaqoûb ben Abdelhaqq fit construire le Mellàh, quartier juif, qui fait partie de la nouvelle ville. Depuis la fondation de la ville jusqu'au règne de cet Emir, les Juifs, qui furent de tout temps fort nombreux à Fès, habitaient, nous l'avons dit, dans le quartier appelé, de nos jours encore, Fondaq Eliehoûdi (caravansérail du juif) et qui se trouvait dans l'ancienne Adouat Elqarouiyin entre Bab Aghlan et Bab Hisn Saadoun. Les Israélites, à l'étroit dans cet espace assez restreint, s'étaient peu à peu répandus dans tous les quartiers environnants, car à l'époque des Almohades, lorsqu'on voulut agrandir la mosquée d'Elqarouiyin, on dut exproprier un certain nombre d'entre eux dont les maisons se trouvaient près de la mosquée et qui refusaient de les vendre^. Ils étaient d'ailleurs bien moins séparés, môme moralement, du reste de la population qu'ils ne le furent depuis et qu'ils le sont encore de nos jours. Ce n'est que plus tard qu'on leur imposa un costume particulier et qu'il leur fut interdit, au Maroc, de porter comme les Musulmans la cbechia rouge et les babouches jaunes-*.

1. Depuis répo(|ue à laquelle a été écrit le Roud Elqartas, plusieurs années sorties de Fès y rentrèrent vaincues. Quelques souverains du Maroc moururent aussi à Fès Eljedid, mais ils sont très'peu nombreux; presque tous moururent àMarr<âkech, à Mcquinez ou dans diverses expéditions; aussi y a-t-il à Fès fort peu de sépultures royales ainsi que nous le verrons en étudiant co point spécial.

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