‹ Une ville de l'Islam: FèsChapitre 16 sur 53 · Roud Elqartas · texte numérisé non relu

Roud Elqartas

3. Les Juifs marocains doivent être coiffés d'une calotte noire et porter des babouches également noires. S'ils portent un burnous, il doit être ouvert sur le côté droit et non devant, enfin ils ne

Mais celte situation n'était pas pour eux sans inconvénients; aux époques de révolution et de trouble, à la mort des souverains *, les Juifs étaient souvent maltraités et pillés par une population qui avait trop fréquemment eu à souffrir du pillage pour ne pas vouloir l'exercer à son tour. Le fait se produisit précisément la veille du jour où fut décrétée la fondation de Fès Eljedid. A la suite d'une émeute, quatorze Juifs furent tués et le massacre aurait été général si FEmir, informé aussitôt, n'était monté à cheval et intervenu en personne pour arrêter les émeutiers.

Cet incident détermina Yaqoûb ben Abdelhâqq à construire pour ses sujets Israélites un quartier distinct 2. Attenant à Fès Eljedid, dont un mur le sépare, et au palais du Sultan, le Mellah ^ était, comme il Test

doivent monter que des ânes et des mules à l'exclusion du cheval et se déchausser en passant devant les mosquées. Ces prescriptions, qui tombent en désuétude dans les ports où nombre de Juifs sont protégés européens, sont encore strictement exécutées dans l'intérieur, notamment à Fès.

1. La mort de chaque souverain ouvre toujours au Maroc une période plus ou moins longue de troubles, car, étant donnée Tincertitude des successions au pouvoir suprême, plusieurs prétendants se trouvent souvent en présence.

2. Les Israélites marocains sont sous la protection et la responsabilité directe du sultan (du moins dans les régions sur lesquelles le sultan possède une autorité effective); en échange ils lui doivent le payement d'un impôt spécial, la djezia, et sont soumis à certaines obligations qu'il leur impose, comme celles qui concernent le costume et l'interdiction du cheval, etc.; le tout constitue le pacte de demma (i\o l\ ^^^) c'est-à-dire de responsabilité, d'où le nom de demmi souvent employé pour désigner les Israélites au Maroc. Si le Juif s'acquitte de ces obligations, le sultan doit garantir sa sûreté ; s'il s'en affranchit, il rompt le demma et alors, le sultan n'étant plus tenu à le protéger, la foule croit avoir le droit de se ruer sur lui. Cette conception est encore parfois à Fès la cause de véritables actes de sauvagerie.

3. Dans toutes les villes du Maroc on appelle Mellah le quartier réservé aux Israélites.

encore de nos jours, tout à fait séparé de la ville et protégé des émeutes par la proximité du souverain ainsi que par de hautes murailles percées d'une seule porte que Ton ferme au coucher du soleil.

La nouvelle ville, telle que les limites en furent tra-

SWi I

Cliché Jaffary

Porte du Mellah (quartier israélite).

cées par Yaqoub ben Abdelbâqq, comprenait donc trois parties : la cité proprement dite, le palais et le Mellah ; elle était complètement séparée de l'ancienne. Ce n'est que sous le règne de Mouley Elhasen, prédécesseur du sultan actuel, que la construction du palais et des jardins de Bou-Jeloûd relia les deux villes. Une année après le commencement des premiers travaux (675 de

l'hégire Ya(|Oub beii Abdelhàqq avait ordonné la construction de la Grande Mosquée de Fès Eljedid à i>roximité de son palais.

Le premier édifice construit fut naturellement le palais et ses dépendances destinées au logement des Emirs et des difl'érenls membres de leur famille. Au nord du palais étaient les bâtiments réservés aux différents services du Gouvernement et qui ont jusqu'à nos jours conservé leur destination; enfin, au sud et à Test, dans tout l'espace compris entre Tenceinte de la nouvelle ville et le palais, les soldats Mérinides purent se construire des maisons.

Des constructions suburbaines, comme la casba des Cherarda et les palais de Bou-Jeloud, sont venues depuis se joindre à Fès Eljedid, mais la ville en elle-même n'a pas changé, ainsi que Ton peut s'en rendre compte par la description qu'en donne Léon l'Africain. Déjà à son époque elle était traversée de la « porte du ponant jusques à celle qui regarde vers le levant », par la longue artère que l'on appelle de nos jours le Grand Marché et où se trouve concentré tout le commerce. Un nouveau palais a été construit par Mouley Elhasen dans le jardin de Lalla Amîna, mais les anciens n'ont pas été modifiés; il en est de même de la grande enceinte rectangulaire, comprenant les constructions attenantes au mechouàr\ dont les hautes murailles crénelées et flanquées des hautes tours carrées que l'on rencontre dans toutes les constructions Mérinides sont encore intactes.

1. Dans chacune de ses résidences le sultan a un mechouar, espace assez vaste situé près du palais où il peut tenir ses audiences publiques. C'est là qu'il reçoit les tribus qui viennent à certaines fêtes de l'année présenter la hediya ou présents d'usage.

La mosquée élevée par le fondateur de Fès le Neuf n'a subi depuis son origine que des réparations de détail; c'est la « Grande mosquée » de Fès Eljedid, celle où prie le sultan* et où le peuple est convoqué lorsque le souverain a quelque communication à lui faire ^. Elle est située près du mechouar dans le quartier de Mouley Abdallah, et son architecture, sans être remarquable, est un intéressant spécimen de Tépoque mérinide.

Les Mérinides ne paraissent pas avoir eu un goût très vif pour les jardins chers aux souverains orientaux. Le parc attenant au palais était fort réduit; l'immense enclos que Ton peut voir à présent à l'ouest de la ville et dont la superficie est presque égale à celle de tout Fès Eljedid, n'existe que depuis Mouley Elhasen.

Bien qu'à proximité de TOued Fès, la nouvelle ville ne fut pas arrosée par la rivière ; les souverains Mérinides y amenèrent l'eau de Ain Améïr^ au moyen de l'aqueduc récemment reconstruit et qui part de cette source pour aboutir près de l'ancienne porte Bad Elkhedar. Cet aqueduc aurait été construit, d'après Léon l'Africain, par un Genevois favori d'un de ces princes. Les grandes roues dont parle le môme auteur et qui

1. A certaines fêtcis, le sultan se rend solennellenient à la grande mosquée, mais il possède un oratoire dans l'enceinte même du palais et c'est là qu'il prie en temps ordinaire.

2. Le Pouvoir marocain étant une autocratie essentiellement religieuse, toutes les proclamations faites par le souverain à ses sujets sont lues dans la principale mosquée de chaque ville au peuple assemblé à cet efl'et par le Gouverneur. Il ne s'agit pour la mosquée qui nous occupe que du peuple de Fès Eljedid, car Fès Elbcàli a aussi sa grande mosquée qui est celle d'Elqarouiyin.

3. Clette source doit son nom à Oméïr Elazdi, conseiller et vizir de Idris ben Idris, qui y fit ses ablutions lorsqu'il cherchait dans la plaine du Sais l'emplacement de la future ville de Fès. (Roud Elqartas.)

amenaient au palais Teau de la rivière ne sont plus en usage, mais les ruines de Taqueduc qu'elles alimentaient sont encore visibles.

Fès Eljedid possédait aussi sous les Mérinides un établissement pour la fabrication de la monnaie; il paraît avoir été situé sur la place rectangulaire où a lieu de nos jours la réception solennelle des ambassadeurs européens par le sultan, autant qu'on peut s'en rendre compte par la description de Léon l'Africain. « Le lieu où se bat la monnaye est auprès du palais du roy et en forme d'une place car ce estant environnée d'aucunes petites logettes, là où demeurent les maîtres; puis au milieu d'icelle il y a une loge seule qui est le logis du maître de la monnaye avec notaires et écrivains. »

Cliché Voyre

Pont du Sebou.

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