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CHAPITRE IV

LES DYNASTIES BERBÈRES (suite)

Sommaire. — L'Université de Fès. — Création des Medersas. — La Medersa Bouanania. — Fès sous les derniers Mérinides. — Description de Léon l'Africain. — La Qaïseria. — Les faubourgs et la Maladrerie. — Les châteaux des princes Mérinides et leurs tombeaux.

A partir du règne de Yaqoub ben Abdelhaqq, les historiens arabes ne mentionnent plus que des modifications de détail dans la ville de Mouley Idris. La construction de Fès le Neuf lui acquit sa physionomie et ses dimensions définitives.

Le règne des Mérinides fut l'apogée de la métropole du Maghreb. Bien que les nécessités de leur politique les appelassent souvent à Fès, les Almora vides et les Almohades habitaient de préférence Marrakech qui les éloignait moins de leurs tribus d'origine; tant que les Béni Merin furent au pouvoir, Fès fut au contraire la résidence de prédilection des émirs.

Il semble que ces princes qui virent Tlslam perdre peu à peu l'Espagne aient voulu lui rendre en Afrique ce qu'on lui avait arraché en Andalousie. Ils n'y par-

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vinrent d'ailleurs pas complètement; les nombreuses medersas qu'ils créèrent attirèrent à Fès une foule d'étudiants africains qui contribuèrent au renom de son Université, mais l'enseignement islamique devait parcourir en sens inverse l'évolution qui se produisit aux mômes époques dans renseignement européen, et, après avoir traité l'universalité des matières enseignées au moyen âge, en arriver à cette scolastique étroite qui forme encore aujourd'hui la matière presque exclusive des cours de l'Université de Fès ; aussi, des jurisconsultes de renom professèrent à Elqarouiyin mais l'Islam n'y retrouva jamais les savants qui avaient fait sa gloire en Espagne *.

Avant le règne du Mérinide Yaqoub ben Abdelhâqq les historiens marocains — du moins ceux que nous connaissons — ne mentionnent pas l'existence de medersas à Fès. Cela ne veut pas dire qu'il n'y eût pas d'Université; des fqih renommés avaient déjà enseigné sous les arcades d'Elqarouiyin ou d'Elandalous. La medersa est un édifice où les tolba peuvent trouver logement et nourriture. Des professeurs avaient bien étéafl'eclés à l'origine à chacune d'entre elles, mais tous les savants en renom professaient dans les deux grandes mosquées d'Elqarouiyin et d'Elandalous — surtout dans la première — où un auditoire plus nombreux et provenant des diverses medersas pouvait venir entendre leur enseignement. De nos jours, l'enseignement est donné à Elqarouiyin seulement; les medersas ne sont fréquentées que par les étudiants pauvres ou

1. C.ette sorte de contraction de l'enseignement islamique fut le corollaire de la réaction religieuse de cette époque qui modifia profondément le caractère de l'Islam africain, en lui donnant son étroitesse d'esprit et son intolérance actuelles.

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étrangers à la ville qui y trouvent un gîte et souvent la nourriture *.

Des neuf medersas actuelles de Fès, six sont dues aux Mérinides. Ce sont :

Medersat Esseffarin, Medersat Elatlarin, Medersat Essahridj, Medersat Elmesbahiya, Medersat Elbouananiya, Medersat Elmechouar (Fès Eljedid); les trois autres, nous le verrons-, ont été construites par différents princes de la dynastie chérifienne actuellement au pouvoir.

Le Roud Elqartas mentionne, sans en citer le nom, la fondation d'une medersa par Yaqoub ben Abdelhâqq. Cette medersa, la doyenne de celles qui existent à Fès, est celle des Seffainn, d'après l'opinion des Ouléma. Étant la première créée, disent-ils, elle ne reçut d'abord pas de nom, on l'appelait la medersa tout court; plus tard, pour la distinguer des autres, on lui donna le nom de la rue où elle se trouve, Esseffarin (les relieurs). Son architecture semble d'ailleurs justifier cette opinion. Toutes les autres medersas construites par ces princes sont mentionnées par leur nom dans les auteurs ; on peut donc en déduire que la medersa des Seffarin est celle à laquelle l'auteur du Roud Elqartas fait allusion ^

Son fondateur, le grand souverain Mérinide, la pourvut bientôt d'une riche bibliothèque. Une des clauses du traité de paix qu'il conclut en 1:284 avec le roi de Castille

1. Une certaine partie des habous est consacrée aux medersas afin de pourvoir à leurs frais. Les musulmans aisés et pieux font souvent pour les étudiants des dons en espèces ou en nature.

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