Jedouet Eliqtibâs
2. Cette medersa a été plusieurs fois réparée depuis sa fondation. L'ancienne fontaine en marbre blanc a disparu et fut remplacée par un bassin également en marbre mais de dimensions très modestes.
3. La prononciation vulgaire de Abou-Tnân est Bouanân, d'où le nom de Bouanania.
4. Elle a été réparée vers le milieu du siècle dernier sous le règne de Mouley-Slimân, mais sans que sa disposition intérieure ni les motifs d'ornementation aient été modifiés.
et à la lecture du Coran, elle a été honorée de la prière obligatoire du vendredi et pourvue des avantages les plus complets et les plus précieux. Sa fondation est due à la volontt'* de Notre Seigneur le Khalife, Tlmâm, le Porteur de Tétendard de l'Islam qui lutte pour la cause de Dieu, le Victorieux avec Tappui du Très-Haut, le Savant, le Pieux, le Saint, le Juste, le Commandeur des Croyants, celui qui fait la guerre sainte pour la cause du Maître de l'Univers et qui met sa confiance en Dieu, Abou Inân Fâris, fils de Notre Seigneur le Juste, le Vertueux, le Parfait, le Très Pieux, TEmir qui craint son Dieu, le prince des musulmans qui lutte pour la cause du Maître de l'Univers, Aboulhâsen, fils de Notre Seigneur le Brillant, le Victorieux, le Pur, le Généreux des généreux, le Lion des lions, l'Émir des Musulmans, le Défenseur de la religion qui lutte pour la cause du Maître de l'Univers, Abou-Saïd, fils de Notre Seigneur Tlmâm, le Dévot, TAssidu à la prière, l'Ascète, celui dont les guerres saintes ont rehaussé l'éclat de l'Islam, le Très Juste, l'Illustre par la tradition, l'Émir des Musulmans, le Défenseur de la religion, le Combattant pour la cause du Maître de l'Univers Abou Yousef ben Abdelhâq. Dieu (qu'il soit exalté) lui a accordé la haute dignité des origines de grandeur et de capacité et lui a facilité les victoires puissantes et les conquêtes évidentes; qu'il conserve à sa postérité la gloire de le représenter jusqu'au jour du jugement dernier et qu'il leur accorde au nom de l'Islam et des Musulmans la plus belle des récompenses.
Le seul but du Fondateur a été de plaire à son Dieu, de faire revivre la science et de donner une extension nouvelle à l'étude du menqoul et du mefhoum *, d'acquérir le plus large des pardons par un acte de piété et la distribution d'aumônes durables et éternelles. Dieu est le Défenseur des œuvres solides et sait multiplier les récompenses.
Le Fondateur, que Dieu l'assiste, a constitué en habous
1. Le Mengoul est la science qui découle des textes sacrés, comme l'étude de la Loi et de ses commentaires. Le Mefhoum comprend les études qui ne relèvent pas de textes immuables mais sont plutôt des travaux de l'esprit, comme la poésie, la rhétorique, l'algèbre, etc.
LES DYNASTIES BERBERES. 59
pour cette medersa, au profit des étudiants, plusieurs immeubles énumérés ci-dessous, par respect pour la science et pour encourager son enseignement. Ces immeubles sont: le hammam connu sous le nom de Hammam Echchetar; la petite maison attenante à ce hammam est située en face de la medersa; le moulin contigu à la medersa dû côté est; un autre moulin connu sous le nom de Rlia Elhattab, sous lequel se trouve le réservoir d'eau qui dessert la medersa et sa chambre des ablutions; le four situé dans la rue qui sépare ce moulin de la medersa; deux écuries situées Tune rue de Rahbet Elqezr et attenante aux boutiques constituées en habous pour la medersa, Tautre à Zanqa Eddiouan et contiguë à la chambre des ablutions précédemment citée; soixante-quatorze boutiques situées au Qezr avec tous les droits qui s'y rattachent. Le revenu de ces immeubles servira aux réparations de la medersa, à Tentretien des professeurs, des tolba et de ceux qui seront chargés del'administer. Ces habous devront être maintenus sans modification par celui qui héritera du Pouvoir.
La construction de cette medersa a été commencée le 28 Ramadan béni de l'an 751 et terminée à la fin de Ghaabân "756. Sa construction a été effectuée sous la surveillance du nadir des habous de Fès le bien gardé, Aboulhasen ben Ahmed ben Elachqar, que Dieu le dirige. Louange à Dieu abondamment et qu'il répande sa bénédiction sur Notre Seigneur et notre xMaître Mohammed, prophète du Généreux et sur sa famille. Salut *.
La construction des medersas et la fondation de Fès le Neuf furent les deux grandes œuvres des Béni Merin à Fès. Us ne dotèrent pas leur capitale de ces mosquées monumentales, aux minarets audacieux, qui perpétuent encore, au Maroc et en Espagne, le souvenirs de Almohades. C'est qu'ils trouvaient une ville déjà pourvue : les deux grandes mosquées d'Elqarouiyin et d'Elanda-
1. Le texte de cette inscription a été copié par un tàleb de la medersa et traduit par M. Benghabrit, interprète de la légation de France à Tanger.
lous existaient déjà, ainsi que la mosquée zaouiya de Mouley Idris; ils n'eurent donc pas à construire de monuments religieux importants hors les medersas et la grande mosquée de Fès Eljedîd qui n'est pas d'une très remarquable architecture.
Le règne des Mérinides fut, en effet, pour Fés, une
Cliché Jafifary
Tombeaux mérinides sur la butte du Qolla.
époque brillante, mais ce que l'on appelle la Civilisation Arabe était déjà à son déclin ; vaincu et refoulé en Espagne, l'Islam entrait en décadence. Il est à remarquer, d ailleurs, que si Fès possède incontestablement les palais et les édifices les plus remarquables du Maroc, si ses portes et ses hauts remparts lui donnent
un cachet unique, on n'y voit pas un seul minaret dont Télégance soit comparable à celle de la Koutoubiya de Marrakech, ou de la tour de Hassan à Rabat.
Léon l'Africain, qui visita le Maroc pendant le règne de Saïd Elouattâsi, laisse de Fès une description qui permet d'en reconstituer aisément sur place la vie sociale à l'époque des derniers Mérinides. Les Arabes et les Berbères qui l'avaient d'abord occupé s'étaient fondus et avaient formé cette population citadine relativement civilisée, mais fanatique, pleine de morgue et hostile à tous les étrangers même Musulmans. Ce dernier trait avait déjà frappé Léon l'Africain. Il est à remarquer que, depuis la fondation de Fès, les Israélites y furent toujours très nombreux et que les conversions à l'Islamisme y étaient fréquentes; elles le furent surtout sous le règne de Yaqoub ben Abdelhaqq, lorsque les Juifs furent contraints d'habiter le Mellah qui venait d'être établi. Nombre d'entre eux étaient propriétaires de maisons en ville et furent mis alors en demeure de les abandonner ou de devenir Musulmans. Ces Israélites convertis forment une notable partie de la population citadine de Fès; ils ne perdirent point leurs aptitudes au commerce en changeant de religion et plusieurs de leurs familles comptent aujourd'hui parmi les plus riches et les plus influentes de la ville ^
Ainsi que de nos jours, la ville renfermait de nombreux fondaq, et, nous dit Léon l'Africain, devait à l'eau dont elle est abondamment pourvue près de
1. Parmi ces famiUes musulmanes d'origine israélite, on peut en citer plusieurs qui existent encore et dont les membres occupèrent des fonctions, parfois élevées, dans les finances de leur pays : Gessoûs, Ben-Rirân, Bennâni, Bennis, Kohen, etc. Les Chorfa eux-mêmes, pour des motifs intéressés, recherchent souvent leurs filles en mariage.
400 moulins hydrauliques. Ce chiffre est manifestement exagéré, mais il ne faut pas oublier que, ainsi que nous Tavons dit, toute la partie Est de la ville, presque inhabitée actuellement, était alors recouverte d'habitations; il y avait en outre, comme nous le verrons, plusieurs faubourgs en dehors des murs. Fès pouvait compter alors 125 000 habitants, et bien que très inférieur'aux évaluations des écrivains arabes, toujours à réduire en pareille matière, ce chiffre en faisait la plus grande ville du Maghreb*.
La description que Léon l'Africain donne du nnoristan^ serait encore exacte aujourd'hui; il en est de même pour les boutiquiers et les adoul (notaires) : ce sont les mêmes échopes, les mêmes produits vendus aux mômes endroits; les officines des adoul étaient déjà groupées devant la porte à laquelle ils ont donné leur nom, Bab Eladoul, de la mosquée de Elqarouiyin. La vie sociale est restée identique à ce qu'elle était alors : rien ne peut mieux qu'elle donner une idée du sommeil dans lequel l'Islam Africain s'est engourdi depuis cette époque, là où il a pu, comme à Fès, s'isoler dans son songe religieux. .
Un passage inbéressant à noter est celui qui concerne la (^ Qaïsâriya ». Dans presque toutes les villes du Maroc on donne ce nom à une rue ou à un quartier spécialement réservé à la vente au détail de tous les objets dont citadins et bédouins ont à s'approvisionner en Afrique. C'est exactement le bazar des villes d'Orient ou le souq de Tunis; on y trouve maintenant comme alors