‹ Une ville de l'Islam: FèsChapitre 23 sur 53 · Fès compte actuellement 90000 habitants environ · texte numérisé non relu

Fès compte actuellement 90000 habitants environ

2. Le Moristan est une sorte de prison-hôpital divisée actuellement en deux parties ; dans l'une on enferme les fous dangereux et dans l'autre les prostituées qui ont encouru quelque punition.

étoffes diverses, foulards, babouches, articles de sellerie, etc. Les rues elles-mêmes de la Qaïsâriya, traversées à leur entrée d'une chaîne en fer ou d'une barre en bois*, sont encore « en forme d'une petite cité environnée de murailles qui contiennent douze portes en leur circuit, dont chacune d'icelle est traversée d'une chaîne en fer de sorte que les chevaux ny autres bestes n'y sauraient entrer ».

Le même auteur donne de Qaïsâriya une étymologie intéressante. Ce vocable vient du mot César. Lorsque, en effet, les villes commerçantes de la Mauritanie étaient occupées par les Romains, on construisait des murailles autour des marchés et des entrepôts de marchandises afin de les défendre contre les surprises toujours possibles des Berbères pillards. Ces enceintes, où marchandises et marchands se trouvaient en sûreté par les soins de l'empereur, portaient le nom qui leur est resté de Cesaria ou Qaïsâriya ^

Le corps des portefaix qui est une des particularités de Fès est mentionné par Léon l'Africain... « Plus outre est la place des portefaix qui sont jusques au nombre de 300 ayant un consul ou chef qui a la puissance d'élire et choisir ceux qui doivent travailler et servir aux choses occurentes tout le long de la semaine. » Les portefaix que l'on appelle à Fès « zerzâï » forment toujours une corporation ayant à sa tête un amin comme les autres corps de métier. On n'est agréé comme zerzâï à Fès qu'en offrant des garanties sérieuses, car

1. Les ruelles de la Qaïsâriya sont fort étroites et on n'y circule qu'avec peine à certaines heures.

2. La prononciation arabe avec le ^^ est conforme à la prononciation grecque. — 11 ne faut pas oublier que la Mauritanie appartint à l'Empire d'Orient.

la corporation est responsable de la probité de chacun de ses membres*.

Il était déjà de coutume à Fès, à l'époque que nous étudions, de transporter la liancée à la maison de son époux, le jour de son mariage, avec le cérémonial

Ciiché Vejre

Grotte de l'ancienne maladrerie, près de Bab Elmahrou((.

encore usité... « quand le temps vient que les noce^ doivent être célébrées et que Tépoux veut mener répouse en sa maison, il la fait premièrement entrer en un tabernacle de boy à huit triengles couverts de beaux draps d'or ou de soye dans lequel elle estsoule-

1. Les zerzùï sont non seulement des portefaix, mais aussi de» commissionnaires; ils sont parfois employés également coniine gardiens de magasins par les négociants.

nue, est portée sur la leste de huit faquins ou portefaix accompagnée de ses pères et nnères et amys avec tr ompettes, phifres et grand nombre de torches. » Cette coutume existe encore à Fès, mais elle constitue u n privilège des chorfa et des familles d'origine arabe, à l'exclusion des autres citadins. La caisse dans laquelle on transporte la fiancée est appelée « qoubba* ».

Les faubourgs étaient, au moyen âge, une des particularités de Fès. — 11 n'y existe actuellement aucune construction hors murs, si l'on en excepte les mausolées ou marabouts ^ qui font à la ville une funèbre et pittoresque ceinture. Quelques instants après le couchef du soleil, lorsque, sur les nombreux minarets, les Moueddins ont convoqué les fidèles à la prière du Maghreb on ferme les portes, les abords de la métropole marocaine sont déserts, et les seuls humains que Ton y puisse voir sont des bédouins pillards à l'affût des voyageurs attardés. Aussi, les caravanes de muletiers ou de chameliers qui ne peuvent arriver avant le Maghreb s'arrètent-elles toujours pour y passer la nuit dans des douars, établis pour cela en nzâla^ à quelques kilomètres de la ville.

Le pays ne devait pas èlre autrefois beaucoup plus sûr qu'aujourd'hui, mais la ville était plus peuplée :

1. A Tanger cette coutume existe aussi, mais ne constitue pas un privilège, la caisse dans laquelle on transporte la fiancée est dite « ammàriya ». corruption du mot espagnol...

2. Le mot marabout est employé ici dans son sens algérien pour la clarté du texte. On ne donne pas au Maroc le nom de marabout (mrâbet), mais celui de Seyid aux mausolées des saints personnages ou aux chapelles élevées en leur mémoire.

3. On appelle au Maroc nzdla certains villages ou douars, à proximité des voies de communication, où les voj^ageurs et les caravanes peuvent camper en sûreté.

aussi les industries qui exigent de Tespace, celles des potiers et des briquetiers actuellement établies sur remplacement de l'ancien quartier de Guerouâoua formaient-elles alors de petits villages suburbains.

De même que beaucoup de nos villes du m oyen âge Fès possédait aussi sa maladrerie qui formait un important faubourg.

La maladrerie avait d'abord été établie à l'Est de la ville, en dehors de Bab-Elkhoukha, mais, en 619 de l'hégire (1222 J.-C.)à la suite d'une famine, les lépreux allèrent s'établir dans les grottes situées au dehors de Bab-Echcherîa (actuellement Bab-Elmahrouq)*. Ils n'y restèrent que quelques années. Cet endroit, en effet, avait l'inconvénient d'être sur le bord de la rivière, en amont de la ville ; aussi l'Émir mérinide Abou Yousef Yaqoub ben Abdelhaqq les fit-il reléguer, en 658 (hégire), dans les cavernes de Boudj Elkoukab, près de Bab- Elgisa. Ce fut sans doute leur dernière odyssée; aucune trace ne subsiste actuellement de la maladrerie et les historiens des deux derniers siècles n'en font pas mention. — On trouve dans Léon l'Africain une intéressante description du bourg des malades et de son administration, ainsi que des autres faubourgs :

...Il y a un autre bourg hors de cette ci lé, qui contient environ deux cens maisons, là où habitent les ladres qui ont des chefs et gouverneurs, recevans le revenu de plusieurs possessions qui leur ont esté données par l'amour de Dieupar quelques gentilzhommes et autres : et par ce moyen ils sont tant bien traitez et accomodez que je ne leur souhaiterois que santé. Ces chefz ont la charge de faire vuider la cité à ceux qui sont entachez de cette maiadie, pour les

\, Roud Elqartas.

2. Il s'agit de biens constitués en « habous » pour cette œuvre de charité.

faire mener et demeurer en ce bourg-là, ou avenant que quelqu'un d'entre eux vienne à mourir sans héritier, la moitié du bien revient à la commune de ce bourg et Tautre demeure à celuy qui donne cognoissance de cecy ; mais survivant quelque enfant, il hérite sans qu'on lui puisse rien quereler. Il faut aussi noter que tous ceux qui se trouvent avoir des taches blanches sur leurs corps et autres choses incurables sont compris au nombre des malades.

Outre ce bourg icy, il s'en trouve encore un autre petit, contenant environ cent cinquante feus, ou habitent les muletiers, potiers de terre, maçons et charpentiers. Sur le grand chemin, du côté du ponant, est situé un autre grand bourg qui fait environ quatre cens feus, mais pauvrement baty, et auquel demeurent les gens fort pauvres et mécaniques qui ne veulent ou ne peuvent demeurer au contour.

Auprès de ce bourg, y a une grande campagne, laquelle s'étend jusques au fleuve qui en est à deux milles et se jette sur le ponant environ troys milles. Là se fait un marché tous les jeudis* auquel s'assemble grande quantité de personnes avec bestail.

Il y a encore hors la cité certains rochers très hauts qui environnent une combe large de deux milles et sur iceux taillent les pierres desquels ont fait la chaux...*.

De toutes les constructions suburbaines, les seules dont les traces soient encore nettement visibles sont celles d'un palais et d'un cimetière mérinides.

Indépendamment de leur résidence officielle à Fèsle-Neuf, les derniers souverains mérinides possédaient hors ville un château^ qui paraît avoir été leur résidence

1. 11 s'agit de la plaine qui s'étend actuellement entre l'Oued Fès, le Msalla et Bab Ességma. Le bourg susmentionné devait être près de la casba actuelle des Cherarda. Près de là, au-dessus de Bab-Elmahrouq, a encore lieu tous les jeudis le marché au bétail dont parle Léon l'Africain.

2. (^es carrières et ces fours à chaux, situés au nord de la ville, sont toujours en usage.

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