‹ Une ville de l'Islam: FèsChapitre 33 sur 53 · Ils s'y trouvaient il y a une vingtaine d'années · texte numérisé non relu

Ils s'y trouvaient il y a une vingtaine d'années

voir sur sa tribu que par les forces dont il dispose.

Les Israélites de Fès ne se plaignent, d'ailleurs, pas d'être sounois à l'autorité de ce caïd bédouin*; il ne l'exerce guère que pour les protéger. De fait, il s'immisce peu dans leurs affaires : son représentant au Mellah, le Cheikh Elihoud, chef des Juifs, est israélite: il remplit vis-à-vis de ses coreligionnaires les fonctions de lieutenant de police. Les mesures d'intérêt commun concernant le Mellah sont prises par la Jemaa^ réunion des notables israélites; c'est habituellement sur leur désignation que le pacha nomme le Cheikh Elihoud. La Jemaa fixe les taxes des abattoirs dont le produit est employé au nettoyage du quartier juif, assistance des pauvres, écoles, etc. ; c'est donc une sorte de conseil municipal. Les Israélites ont leurs rabbins-juges et leurs notaires, qui connaissent, exactement comme les cadis pour les musulmans, de toutes les questions qui concernent leur statut personnel, et' rédigent les actes en langue hébraïque. Les actions civiles qui n'ont pas trait au statut personnel relèvent aussi, comme pour les musulmans, des autorités administratives : elles sont dites « affaires makhzen » par opposition aux « affaires de Ghraa » pour lesquelles cadis et rabbins sont compétents.

Si les Israélites sont tenus d'habiter dans un quartier spécial, ils y gagnent donc de posséder l'autonomie presque complète de leur police et de leur administration; il se trouve par ce fait que, sans être affranchis de toutes vexations, leur liberté individuelle et leurs biens sont, ils en conviennent eux-mêmes, mieux ga-

1. Le mot bédouin est employé, ici, dans son sens marocain, par opposition à maure.

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rantisque ceux de leurs compatriotes musulmans contre les abus de pouvoir*. C'est ainsi qu*ont pu se perpétuer à travers les siècles les traditions et les vieilles coutumes, souvent pittoresques, qui commencent à tomber en désuétude dans les villes de la côte, où les Juifs sont plus en contact avec le reste de la population, surtout avec les Européens, dont les jeunes israélites se plaisent à imiter les allures. Aussi les rabbins et les vieillards ne cachent-ils point leurs préférences pour le Mellah des villes de l'intérieur. Ils n'y voient pas une mesure de vexation mais de protection. Si la population bédouine est parfois rude et brutale, si les Maures, plus policés mais plus fanatiques, font souvent sentir aux Israélites leur dédain, du moins au Mellah sont-ils chez eux. Le rabbin y est l'objet du respect universel : les enfants vont lui baiser les mains lorsqu'il sort dans la rue; il est traité comme le serait dans la « médina »> un chérif vénéré ; le riche négociant passant sur sa mule inspire une admiration et une envie qui ne le flattent pas moins. Si ses moyens le lui permettent, il peut prendre plusieurs femmes, ou les répudier comme aux temps bibliques, choses qui ne seraient pas sans jeter sur lui un certain discrédit partout où Tinfluence européenne commence à se faire sentir. Beaucoup d'israélites ne voient donc pas sans crainte cette influence poindre à l'horizon. Son premier jalon, l'école de l'Alliance Israélite, où l'on enseigne le français -, éveille encore bien des appréhensions, malgré les services in-

1. Les israélites habitant les tribus ou les villages arabes et berbères sont au contraire très souvent et injustement molestés par leurs compatriotes musulmans.

2. L'école des garçons a été fondée en 1883 et celle des filles en 1899. La première a donné déjà des résultats surprenants.

contestables qu'elle a déjà rendus, et les maîtres qui se sont succédé ont dû, pour réussir, faire preuve d'habileté et de patience.

Cliché Jaflfary -.-..

Cimetière israélite.

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