‹ Une ville de l'Islam: FèsChapitre 36 sur 53 · Voir chap. I · texte numérisé non relu

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que s'arrêtent les caravanes du Tafilelt, et les Berabers qui apportent à Fès le charbon de bois fabriqué dans les montagnes des Béni Mguild et des Aït Youssi.

Tous les auteurs arabes qui ont écrit sur la capitale du Maghreb admirent Tabondance de son irrigation. Il est peu de maisons à Fès, même parmi les plus pauvres, qui n'aient de Teau à profusion ; et on peut s'en étonner, quand on connaît l'indifférence des gouvernements musulmans, et surtout des sultans marocains, pour toutes les œuvres d'utilité publique qui n'ont pas un caractère religieux. C'est que le problème de l'adduction des eaux étant résolu par la nature elle-même, il ne restait qu'à perfectionner.

L'Oued Fès se divise en deux branches dans l'intérieur de l'Aguedal. L'une d'elles traverse le vieux Mechouar, alimente les turbines de la fabrique d'armes, et se dirige vers la ville à travers les jardins du palais de Boujeloud; dans le haut de la cité, cette branche se divise elle-même en deux autres qui se répandent. Tune à travers Elandàlous, l'autre à travers Ellemtiyin, en formant des ruisseaux de plus en plus nombreux, à mesure qu'ils se rapprochent du bas de la ville, et qui prennent successivement les noms des quartiers qu'ils traversent. La deuxième branche sort en cascade de l'Aguedal, près de Borj Elmehres, et rentre en ville grossie de l'Oued Eladam et de différents petits ruisseaux, à Bab Eljedid, où elle prend le nom de Oued Elkebir. Une partie de cette dernière branche, détournée au moyen d'un château d'eau, forme l'Oued Ezzitoun ou Oued Mesmouda. qui arrose la partie habitée de Eladoua. Ce barrage, qui domine Bab Eljedid dans une petite vallée boisée nommée Ouislen, a été construit

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par un des derniers princes mérinides, Abou Elabbas Elouatasi.

Au-dessous du pont et des rochers de Beïn Elmoudoun, toutes ces branches se rejoignent, et leurs eaux souillées par les égouts arrosent les superbes vergers qui s'étendent de Fès au Sebou.

La distribution des eaux potables est assurée par des conduits spéciaux; il en est de même pour l'écoulement des eaux d'égout qui sont entraînées dans chaque quartier par un canal spécial, le Bou Khrareb. Ce système d'irrigation ne date pas d'hier et fait honneur aux premières dynasties berbères qui régnèrent sur le Maghreb Elaqsa, les Zenata et après eux les Almoravides et les Almohades ; il existait déjà sous les premiers Mérinides aussi perfectionné que maintenant : le Roud Elqartas en fait longuement mention.

La rivière, dit-il, 'qui partage la ville en deux parties, donne naissance dans son intérieur à mille petits ruisseaux qui portent les eaux dans les lavoirs, les maisons et les bains, arrosent les mes, les places, les jardins, les parterres, font tourner les moulins et emportent avec eux toutes les immondices. — Qui peindra, dit le docte Abou-Fadl, ces ruisseaux qui s'entrelacent sous terre et vont porler leurs oaux dans les mosquées, sur les places et sur les chemins.

L'historien fait allusion à un système de nettoyage de la voie publique encore fréquemment employé et qui consiste à laisser librement couler l'eau dans les rues qui sont en pente; la voie publique est ainsi transformée en rivière pendant quelques heures, ce qui ne facilite pas la circulation, mais la boue et les immondices sont ainsi entraînées au Bou Khrareb.

L'abondance de cette irrigation qui ne. tarit jamais même pendant les étés les plus secs, merveille unique

au Maroc, a de tout temps excité l'enlhousiasme des écrivains arabes. Le Roud Elqartas s'étend longuement sur les vertus de cette eau :

Elle guérit de la maladie de la pierre et des mauvaises odeurs; elle adoucit la peau et détruit les insectes ; on peut

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L'Oued Fès à l'intérieur de la ville.

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sans inconvénient en boire en quantité à jeun, tant elle est douce et légère... Le médecin Ben Djenoun rapporte que, bue à jeuf», cette eau rend plus agréable le plaisir des sens. Ell(3 blanchit le linge sans qu'il soit nécessaire d'employor le savon et lui donne un parfum et un éclat surprenants.

Ces qualités sont très contestables, mais Fès, d'après les auteurs, jouit encore d'un autre privilège : les

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sources nombreuses qui s*y trouvent sont fraîches en été et chaudes en hiver, tandis que l'eau de la rivière, chaude en été, est froide en hiver, de sorte que ses habitants fortunés ont à volonté de Teau froide ou chaude pour se rafraîchir et faire leurs ablutions.

Naturellement, ces vertus merveilleuses sont attribuées à la bénédiction de Mouley-ldris, et encore aujourd'hui, sur la foi de ces assertions, les citadins de Fès préfèrent à toute autre eau celle de leur rivière, presque toujours boueuse, et dont la propreté laisse souvent à désirer. Les vertus comparées de l'eau de source et de l'eau de l'Oued donnent souvent lieu à d'interminables conversations et on entend fréquemment de graves Maures, soutenir que, mise dans une carafe poreuse, l'eau de leur rivière s'y rafraîchit tandis qu'au contraire l'eau de source s'y réchauffe, — paradoxe que suffirait à démentir la simple observation.

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