‹ Une ville de l'Islam: FèsChapitre 38 sur 53 · Le mot de marabout se trouve cependant fréquemment · texte numérisé non relu

Le mot de marabout se trouve cependant fréquemment

Indépendamment de Mouley Idris, le fondateur et le patron de la ville, « Moul Elblad », et de Sidi Ahmed Ëchchaou), mentionné plus haut, les principaux sanctuaires de Fès sont :

Sidi Abdelqâder Elfàsi à Qalqaliyin, zaouiya spacieuse dont la mosquée a été reconstruite en 1903:

Sidi Mohammed Elfqih, entre Ras Eljenân et Rahbat Ezzebif;

Sidi Ahmed ben Yahya, près de Bab Elgisa, dont la zaouiya recouverte de tuiles vertes a été reconstruite par Mouley Elhasen dans le goût de celle de Mouley Idris;

Sidi Ahmed Eitidjâni, zaouiya de Timportante confrérie des Tidjaniyin à Elblida;

Sidi Qâsem ben liahmoun à Zeqaq Elhajar;

Sidi Abderi^ahman E Imelili, à EldjeziradansTAdoua*.

Nous ne pouvons mentionner que les plus importants de ces sanctuaires; une élude plus complète deemployé au cours de cet ouvrage avec son sens algérien qui est plus connu.

1. Voici d'après le Salouet Elanfas la qualité, et la date de la mort de chacun des saints personnages susmentionnés :

Sidi Ahmed Echchaoui : originaire des Ghaouiya, mort à Fès le 16 moharrem 1014:

Sidi Abdelqâder Elfdsi, jurisconsulte, professeur à la medersa Elmesbahiya, mort eh odeur de sainteté le 8 Ramadan 1091 ;

Sidi Mohammed ben Elfqihj jurisconsulte tué par un boulet de canon à Fès en 1031, lors des troubles qui suivirent la mort du Sultan Sàadien Elmansour;

Sidi Ahmed ben Yahf/a, mort en 98o:

Si Ahmed Ettidjdni, jurisconsulte et saint, fondateur de la confrérie des Tidjaniyin, mort à Fès le 16 Ghoual 1230;

Sidi Qdsem beu Rahmoun, mort en 1149;

Sidi Abderrahman Ehnlili, originaire des Senhaja, son nom lui vient de ce qu'il habita Melilla,... mort à la fin du viii* siècle de l'hégire. C'est sur son tombeau que l'on fait prêter habituellement le serment judiciaire.

FÈS ELBALI. 129

manderait un ouvrage spécial. Les trois volumes du Salouet Elanfâs sont remplis de Ténumération de tous les jurisconsultes et les saints de l'Islam dont les tombeaux ou les zaouiya se trouvent dans les divers quartiers de la ville. Il y a, d'ailleurs, à Fès environ 850 mosquées, oratoires ou zaouiya de grandeurs diverses.

Les fidèles vont accomplir, dans les « Seyid » plus ou moins achalandés, ces pèlerinages, ziara^ qui tiennent une si grande place dans Tlslam occidental. Les habitants des quartiers voisins y vont aussi aux heures de la prière faire leurs dévotions ou même simplement méditer ou causer, car la mosquée est aussi un lieu de réunion. Dans les quartiers excentriques, nombre d'oratoires servent surtout d'asiles de nuit pour les indigents et les vagabonds. Les plus importants de ces sanctuaires sont pourvus d'imams, presque tous ont leurs moueddins payés par les Ilabous. Il en est de* même des medersas qui ne sont pas des écoles, mais des mosquées où les étudiants peuvent trouver un gîte.

Tous les édifices religieux sont horm, c'est-à-dire sacrés, et l'infidèle n'y peut pénétrer. Pour quelquesunes des zaouiya particulièrement respectées, telles que Mouley Idris, Sidi Ahmed ben Yahya, Sidi AbdelqaderElfâsi, le horm comprend non seulement la mosquée ou la qoubba, mais aussi une partie du quartier avoisinant : la circulation se trouve ainsi interdite aux non-musulmans dans une partie de la ville.

Ces zaouiya sont inviolables et les personnes menacées dç poursuites vont s'y réfugier. Le droit d'asile, comme dans l'Europe du moyen âge, tempère ce que l'autorité a parfois de rude et d'arbitraire.

Mouley Idris surtout possède pour l'exercice du droit

de refuge toute une organisation. Afin d'éviter Tencombrement de lazaouiya proprement dite, leMakhzen a dû récemment faire construire dans l'enceinte du horm, des maisons où tous les mzaougin, réfugiés, peuvent trouver des chambres. On trouve ainsi à Mouley

Cliché Veyre

(Cimetière de Bab Elffisa.

Idrls des gens qui sont allés y chercher asile pour les causfs les plus diverses : meurtriers, voleurs, caïds destitués craignant l'arrestation, et débiteurs insolvables. Lorsqu'un criminel important se réfugie à Mouley Idris on ne l'arrête pas*, mais le pacha fait mettre des

1. Le droit d'asile de Mouley Idris n'a été, à notre connaissance, violé qu'une seule fois dans les temps modernes, au mois

FÈS ELBALI. 131

gardiens à rentrée de toutes les ruelles aboutissant à la zaouiya.

Les mzaougin peuvent d'ailleurs sortir pour comparaître devant les autorités de la ville. Dans ce cas, une planche, la loha^ de Mouley Idris, qu'ils ont soin d'emporter avec eux, leur continue Tinviolabilité. Ils sont en tout cas accompagnés du moqaddeni de la zaouiya où ils sont réfugiés, fonctionnaire chargé de la police et de l'administration du lieu saint et qui sert en ce cas de sauf-conduit. Sous la protection tutélaire de Mouley Idris et de quelques autres des marabouts les plus vénérés de Fès, les réfugiés, surtout les débiteurs insolvables, trouvent donc le temps de négocier à leur aise avec ceux qui les poursuivent et d'obtenir des transactions.

Les cimetières en terre d'Islam n'ont pas l'aspect administratif et désolant qu'ils prennent dans nos villes européennes, avec leurs tombes pressées selon un alignement symétrique entre les murailles qui les séparent du monde des vivants. L'espace ne leur est pas mesuré, leurs limites sont imprécises et la vanité, au Maroc du moins, n'en a pas accentué la tristesse par des monuments trop variés. On enterre lesdéfunls, selon les désirs qu'ils ont exprimés ou les privilèges dont jouissent leurs familles, sur les pentes des cold'octobre 1902. Sur Tordre du Sultan, un fanatique qui avait tué d'un coup de fusil un passant inoffensif, le missionnaire anglican Gooper, y fut en effet arrêté quelques heures après le crime et exécuté le jour même. Bien que le châtimenl fût mérité, la violation du horm produisit dans la région une émotion qui ne fut pas étrangère au succès momentané de l'insurrection de liou Ilamara.

1. D'après la légende, cette loha aurait été la planchette d'écolier de Mouley Idris.

i32 FÈS.

lines de la banlieue de la ville ou aux abords de cer- I tains marabouts vénérés.

Toutes les zaouiya de la ville sont en même temps des cimetières, mais le nombre des sépultures quelles peuvent contenir est forcément limité, aussi doit-on en acheter assez cher les emplacements. Certaines d'entre elles sont réservées aux descendants du prophète : c'est | ainsi que les chorfa idrissiles sont enterrés à Mouley Idris et les cherifa de la même famille à Jamaa Ennouar; les chorfa d'Ouazzan à leur zaouiya de Sidi Elhadj Elkhiyat ; les Alaouiyin, de la famille régnanle, à Mouley Abdallah à Fès Eljedîd. En général les descendants d'un chérif ou d'un marabout reposant à Fès sont enterrés près de la qoubba de leur saint ancêtre. Mais les véritables cimetières de Fès Elbâli sont aux trois principales portes de la ville : Bab Fptouh, Bab Elgisa et Bab Elmahrouq. Les familles ouïes groupes de familles qui le désirent peuvent, d'ailleurs, acheter i aux abords de ces cimetières des terrains qu'elles constituent en habous pour leurs sépultures et celles de leurs descendants. Certains groupes ethniques possèdent ainsi pour leurs morts des emplacements distincts. Les « Ehl TIcmcen » ou gens originaires de Tlemcen, qui forment à Fès une importante colonie, ont le leur près de Sidi Harazem, à Bab Fetouh.

Le cimetière de Bab Elmahrouq s'étend du marché du Khemis à Bab Segma, entre Boujeloud et la casba des Cherarda; on l'appelle souvent cimetière de Sidi Boubeker bcn Elarabi, du nom d'un marabout connu qui y est enseveli.

Abou Bekr* ben Elarabi Elmaafiri, originaire de Sc-

1. Boubeker est la prononciation vulgaire marocaine de Abou Bekr.

ville, s'était fixé à Fès, après avoir voyagé dans tout le monde musulman, et devint un des plus brillants professeurs de son université. Il mourut le 3 Rabi I de Tannée 5^3 de Thégire. Son mausolée, de construction irrégulière et pittoresque, est surmonté d'un «minzeh », tour éclairée par de vastes baies où les croyants peuvent venir méditer sur la fragilité de l'existence tout en contemplant le magnifique panorama que leur oeil peut embrasser de cet endroit bien choisi. Près de Sidi Boubeker se trouve la qoubba d'un autre marabout, Sidi Mesaoud Elfilâli, sur laquelle un palmier balance sa longue tige dénudée.

Dans ce cimetière d'une inexprimable mélancolie, près des silos creusés, dit-on, par les Almoravides, se trouve la tombe d'un ancien officier du génie français converti à l'Islam, le capitaine de Saulty, connu seulement au Maroc sous le nom de Elhadj Abderrahman Elheulj'. Cet officier, servant en Algérie pendant les premières années de la conquête avait déserté en enlevant la femme de son colonel. Il se rendit d'abord à Tunis, puis se fixa au Maroc où il fut pris en affection par le Sultan Mouley Abderrahman qui le fit convertir et lui donna son nom. Il construisit, comme ingénieur du Sultan, le pont du Mekkes sur la route de Tanger et celui de l'Oued Fès près de Bab Sidi Boujida. Très estimé de ses coreligionnaires Elhadj Abderrahman paraît avoir été un musulman sincère ; il accomplit le pèlerinage de La Mecque, et, bien que, après la mort de son protecteur, sa vieillesse s'écoulât dans la solitude et la gêne, il se tint toujours à l'écart des Européens.

Le cimetière de Bab Elgisa s'étend au nord de la ville sur les pentes escarpées que traverse la roule du

FES ELBALI. 135

Zalagh. Les tombes y sont dispersées au milieu des rochers dans un pittoresque désordre. Les grottes profondes d'où l'on extrait la pierre à chaux montrent çà et là leurs ouvertures béantes et, dominant le tout, au sommet du Qollay la vieille chapelle en ruine et les coupoles croulâmes où reposent les derniers Mérinides. Au milieu des roches grisâtres tranchent deux « Seyid » aux murs blanchis à la chaux et aux toits de tuiles vertes, Sidi Abdallah Ettaoudi et Sidi Mohammed ben Elhasen. C'est près de ce dernier, Chéri f Idrissite mort en odeur de sainteté à Fès en 395 de l'hégire, que Ton enterre les Chorfa Belritiyin.

Plusieurs des savants et des Ouléma renommés de Fès ont leurs tombes près de Bab Elgisa, mais leur cimetière par excellence est celui de Bab Fetouh. Une partie de ce cimetière est comprise dans l'enceinte de la ville entre Sidi Boughâlem et Bab Elhamra, l'autre s'étend sur les pentes des collines qui forment, en dehors de la porte, une espèce d'amphithéâtre.

Au milieu de l'espace inhabité qui domine le Mokhlia, sur la route qui conduit de Bab Fetouh à la mosquée des Andalous, s'élève la fameuse zaouiya de Sidi Boughâlem avec ses murs blanchis à la chaux, son toil de tuiles vertes et ses oliviers séculaires*.

Sidi Ali Bou-Ghâleb^ encore un savant comme la plupart des marabouts de Fès, était originaire d(3 Taleb en Andalousie; il étudia d'abord à Cordoue puis à Fès, où il eut comme professeur Sidi Bou-iMedien, et devint lui-même un savant renommé dans l'étude des textes sacrés. Il mourut en 518 de l'hégire à Elqsar

Page 1