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CHAPITRE X

LES MAURES DE FÈS (suite)

Sommaire : L'Université de Fès. — Les Ouléma et les Tolba. — Fête du sultan des Tolba. — Les habitations maures. — La civilisation maure et sa décadence.

La religion musulmane ne possède pas de clergé; aussi ne voit-on point au Maroc la hiérarchie de fonctionnaires religieux que l'on rencontre en Algérie depuis la conquête française. 1/imam n'est qu'un croyant quelconque sachant diriger la prière, et n'importe quel tâleb peut être khetib. La plupart des mosquées de l'Empire chérifien n'ont pas de fonctionnaires spéciaux pour remplir cet office. Cependant les habous de plusieurs des édifices religieux de Fès, medersas, mosquées et même simples chapelles, prévoient dans leur budget la rétribution, habituellement fort modique, de l'imam et du moueddin. Ces charges sont presque héréditaires dans certaines familles, bien qu'aucun règlement n'intervienne à cet égard : rien n'interdit d'ailleurs à leurs titulaires d'avoir d'autres occupations.

Les véritables autorités religieuses, le cadi et les

oulema ' ne sont pas des sacerdotes mais des docteurs de la Loi : les premiers la font appliquer, les seconds l'enseignent et la commentent. Tout l'enseignement qui est exclusivement religieux se trouve donc placé sous leur direction. Il comprend deux degrés : Tenseigneifient élémentaire et l'enseignement supérieur.

Le premier est donné dans le msîd, que l'on peut comparer à nos écoles primaires. Les enfants y apprennent par cœur le Coran, en psalmodiant les versets que le maître leur a fait préalablement calligraphier sur une planchette. Il importe, en effet, au jeune élève de posséder par cœur le Livre de Dieu, qui, s'il pousse plus loin ses études, sera la base de toute sa science religieuse, juridique et littéraire. L'installation est aussi rudimentaire que la méthode : une pièce étroite prenant vue sur la rue, habituellement une ancienne boutique blanchie à la chaux; sur le sol une natte où les enfants psalmodient à tue-tête les versets sacrés en balançant le haut du corps sur leurs planchettes avec des niouvements rythmiques, tandis que dans un coin le magister accroupi, sa longue gaule à la main, les surveille et corrige les fautes. C'est ainsi que l'écolier musulman acquiert sa première instruction au fond dos ruelles humides et profondes de la vieille ville. Sa mémoire seule travaille; trois ou quatre fois, quelquefois plus, selon sa facilité à retenir, il monte et descend avec le fil du Coran, Salka Eiqorân, c'est-à-dire il parcourt le Coran du commencement à la fin puis de la fin au commencement. Lorsqu'il est parvenu à une extré« mile du fil, on dit qu'il a atteint la sortie tekhrid^a et cet événement donne lieu à une petite fête de famille.

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