Voir chapitre IV
2. Voici d'ailleurs la nomenclature des cours : Eldjeroumia, grammaire; Alfiya, grammaire; Elbayân, style; Elmaani, rhétorique; Elaroud, poésie; Ellougha, lexicographie; Ettaouhid, tradition musulmane; Elmantiq, logique; Elfalek, astronomie; Elhisab, arithmétique. Puis les auteurs juridiques et leurs commentateurs : Sidi Khelil, Ibnou Asêm, Sid Elboukhari.
vêtements, blé et huile, le tout plus ou moins parcimonieusement distribué selon la classe, et aussi d'une somme d'argent qui, comptée en metqdl^ à une époque où l'argent avait une autre valeur au Maroc, représente à peine cent francs de notre monnaie. Mais la plupart des Ouléma ont en outre des charges d'imam ou de Khatib aux mosquées et Zaouiya et reçoivent, par conséquent, les indemnités allouées par les habous/ à ces fonctions. Puis, le sultan et les principaux personnages du Makhzen et de la ville font souvent aux Ouléma des cadeaux importants ; enfin ceux d'entre eux qui donnent des consultations juridiques perçoivent leurs honoraires. Les Ouléma d'un certain renom arrivent ainsi à recueillir des sommes assez rondes. Le rôle des Ouléma ne se borne pas, en effet , à l'enseignement. Ils rendent dans les procès privés des fetoua, consultations, qui permettent d'en appeler des jugements des cadis; mais surtout — c'est la partie la plus importante de leurs fonctions — ils forment une espèce de conseil religieux de l'Empire. C'est à eux que le sultan ou le Makhzen s'adressent pour savoir si telle mesure de gouvernement, telle façon de percevoir les impôts n'est pas contraire à la religion ou au bien de la collectivité musulmane. Comme le Maroc
1. Le Metqâl, ou pièce de dix onces, est une monnaie fictive valant environ quarante centimes de peseta.
2. Lorsqu'un musulman désire faire une œuvre pie, construire ou agrandir une mosquée, créer un cours à l'Université, etc., il constitue en habous le revenu de certaines propriétés, maisons, champs, etc., afin qu'il soit aflecté à l'entretien de l'édifice et au salaire des portiers, moueddins, imam, etc., ou aux titulaires des diverses charges créées. Beaucoup de habous ont été créés aussi pour subvenir à des œuvres charitables. Ce sont les biens de mainmorte de l'Islam; une notable partie de Fès et des bois d'oliviers qui l'entourent, appartiennent ainsi aux habous.
LES MAURES DE FÈS. IfiT
n'a pas de cheik Elislani; c'est aux Ouléma qu'incombe la surveillance religieuse du gouvernement. Ce sont eux qui, après la mort du souverain ratifient le choix de son successeur; il ne doivent pas hésiter à adresser, le cas échéant, au sultan leurs observations ou leurs protestations motivées. L'un d'eux se rendit récemment célèbre par la franchise avec laquelle il parlait au sultan Mouley Elhasen^..; la vérité oblige à dire qu'une attitude aussi indépendante vis-à-vis du pouvoir est rare à Fès. Les Ouléma sont presque toujours issus des familles maures de la capitale^ et c'est à leurs leçons que sont formés tous les secrétaires du Makhzen et la plupart des fonctionnaires de l'ordre judiciaire. Ils se trouvent donc avoir la direction intellectuelle de tout l'empire.
Dans la plupart des villes du Maroc, les tolba étrangers qui suivent des cours couchent à là mosquée ; de petites chambres ou des endroits spéciaux leurs sont souvent réservés. Il n'en est pas autrement à Fès, mais l'Université y jouit d'une réputation unique au Maghreb, et le nombre des étudiants étrangers à la ville est trop considérable pour qu'ils puissent tous loger dans Qarouiyin ou ses dépendances. Les sultans mérinides et leurs successeurs se sont préoccupés, nous l'avons vu, de cette question et des édifices spécialement aménagés, les medersas, leur sont attribués.