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compositions dramatiques; il fallait qu'aujourd'hui Gacy devînt acteur à son tour, dans le drame de controverse qui allait se jouer à Rive. Gacy et ses confrères, recrutés un peu au hasard, et d'ailleurs médiocrement préparés, passèrent outre à leur crainte de paraître ignorants, à l'effroi qu'on avait autour d'eux pour leur sécurité, au découragement qu'ils éprouvaient en sentant que dans leurs couvents les « hommes lettrés » manquaient, à l'affaissement que devait leur causer l'absence de TÉvêque. On est mal renseigné sur ce qu'ils dirent ; il semble que durant les quatre premiers jours il$ remportèrent des avantages, et que dans la suite ils s'effacèrent1. Farel, à la fin de juin, venait faire aux magistrats son rapport sur la dispute, en vainqueur.

Ceux-ci temporisaient encore : alors, le 22 juillet, les Réformés, bousculant la Messe, envahirent la Madeleine ; le 8 août, bousculant les Vêpres, ils envahirent Saint-Pierre ; au « grand regret des gens d'esprit et des amateurs d'antiquités2, » ils en brisèrent les sculptures, ils installèrent Farel jusque dans la chaire. Puis après son prêche, des bandes populaires, survenant dans la vieille cathédrale,

1. Récit ultérieur du P. Fodéré, Histoire des couvents de Saint- François et de Sainte-Claire (cité dans Th. Dlioik, Notes sur le couvent de Sainte-Claire à Genève, M. S. IL, XX, pp. 119-145).

2. Ces mots sont du syndic Jean Savion, cité par Gaullieur, Etrennes historiques de Genève pour 1858, p. 111.

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la purifièrent à leur façon de tout ce qu'y avaient accumulé, pour la gloire du Christ, joailliers, peintres et sculpteurs, réputés à cent lieues à la ronde : sur les ruines de la beauté, Farel, poursuivant ses prêches, proclama qu'il apportait la vérité : un terme était mis, pour de longues années, à l'existence du catholicisme et de l'art religieux dans la ville de Genève1.

Quarante-huit heures après, les magistrats édictaient : « Trêve au pillage, mais trêve à la Messe, aussi, jusqu'à nouvel ordre. Nous en référons à Messieurs de Berne. » Ils obéissaient, provisoirement, aux conquérants de Saint-Pierre, et se proposaient d'obéir, définitivement, à Messieurs de Berne : ils savaient que ces deux catégories de maîtres seraient d'accord. Les religieux, les prêtres, furent convoqués, invités à serrer leurs calices, à déserter leurs tables d'autel. L'entrevue fut douloureuse. Les prêtres se plaignaient : les

1. Il n'est pas permis de dire que la Genève d'avant la Réforme n'eût pas vu s'épanouir la peinture religieuse. Le tableau de sainteté commandé au quinzième siècle par le pelletier Rup et décrit par Gaullieur, B. I. N. VII (1858), pp. 189-198, et les fresques de la tour Thellusson décrites par Schazmann dans Nos anciens et leurs œuvres, IV (1904), pp. 41-43, attesteraient le contraire. On pourrait même dire qu'en 1537 un terme fut mis à l'existence de l'art tout court, et le livre du syndic Rigaud : Renseignements sur les beaux-arts à Genève, est à cet égard très instructif (spécialement, dans la réimpression de 1876, la p. 71). Cf. Guillaumist-Vaucher, Notice ■historique sur V orfèvrerie (bijouterie) à Genève, p. 7 (Zurich, 1885).

magistrats avaient Pair de s'excuser. « Nous nous désolons que cela n'ait pas tourné autrement, » et puis ils les accusaient : « Pourquoi n'êtes-vous pas venus à la dispute ? — Nous sommes des simples, nous vivons comme nous l'ont enseigné nos pères, » murmuraient ces lèvres sacerdotales. Un moment, quelques magistrats s'apitoyèrent : ne pouvait-on, encore, tolérer la Messe ? Mais non, répondirent tous les autres. Il vaut mieux temporiser, attendre la volonté de Messieurs de Berne, « qui comprennent la chose plus sainement, qui sanius rem iritelligant{ ». On n'avait échangé l'obédience spirituelle de l'Évêque que pour celle de Messieurs de Berne.

Ah ! ne me brouillez pas avec la République

de Berne : c'est à quoi se réduisait, ou peu s'en fallait, l'humble politique religieuse de ces magistrats , qui craignaient qu'au lieu de troupes auxiliaires Berne ne leur envoyât des huissiers. Pouvait-on douter de la réponse des Bernois? Nombre de prêtres et de religieux prirent tout de suite la route d'exil ; des familles catholiques les suivirent. Elles rejoignirent un premier ban de familles qui, dévouées à la cause de l'Evoque, avaient fait exode quelques années plus tôt.

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