Dufour, Un opuscule..., pp
Mais les premiers émigrés n'avaient été que des hommes de parti; les seconds étaient des consciences libres, qui trouvaient qu'une Messe valait bien une transplantation, et qui laissaient leurs biens à Genève, pour aller au loin retrouver l'Eucharistie. « Il était à craindre, dit l'historien Gautier, que par là la ville ne se dégarnît trop d'habitants. Le départ de tant de monde fit beaucoup de peine au Conseil1. » On aimerait évaluer le chiffre de ces fugitifs, l'histoire ici manque de précision. « Grand nombre sont sortis de la cité, » écrit la Clarisse Jeanne de Jussie2.
L'aumônier Jean Gacy, qui fut l'un des derniers prêtres à s'éloigner, donnait une voix à la cité de Genève dans un petit poème qu'il intitulait mélancoliquement « Déploration » ; et la cité gémissait :
Les bons crestiens, dont j'avoye multitude, M'ont délaissée, voyant la magnitude Des hérésies, car, qui à l'ours s'allie 11 pert la foi et prend pour le vin lye3.
La vaste plaine de Plainpalais, au cours du