Œuvres de J.-./. Rousseau, éd. Didot, III, pp
3. Roget, Étrennes genevoises, III. p. 19 (harangue du Modérateur, du 5 février 1765).
Plus ce Modérateur gémissait, plus Voltaire s'amusait. Genève avait condamné Candide, Genève avait condamné le Dictionnaire philosopliique; mais Voltaire était bien vengé. Tout ce qui nuisait au prestige des pasteurs, servait la cause du théâtre; tout ce qui pouvait rendre les consciences genevoises indifférentes au veto du Consistoire, les livrait aux sollicitations tentatrices qui venaient de Ferney. Et peu à peu, patriciens et patriciennes succombaient à la tentation, et s'en allaient à Ferney, comme spectateurs, voire même comme acteurs, sous les regards inutilement sévères de la « prêtraille de Jehan Chauvin 1 ». Le temps n'était plus où une représentation du Cidy donnée par quelques enfants dans une famille de Genève, était, le dimanche suivant, stigmatisée dans toutes les chaires, et où le pasteur Michel Turrettini, revendiquant en face des Conseils le droit d'anathème, disait d'une voix Fière : « David péchera-t-il et Nathan ne dira-t-il mot2?» Quatre-vingts ans avaient passé; aujourd'hui, sous l'impulsion de Voltaire, le patriciat péchait à son aise, et les successeurs du prophète Nathan pouvaient à leur gré parler ou se taire, sans que le patriciat s'émût beaucoup.
1. Voltaire à Moultou, 4 février 1766 (éd. Moland, XLIV, p. 212).