M. S. H., I (1841), pp
Voltaire triomphait : Genève n'était plus « la petitissime et très pédantissime république1, » où il n'y avait que « des prédicants, des marchands, et des truites ; » les « gens à dialogues, » les acteurs, allaient enfin s'y installer, en face de ces pasteurs que Voltaire appelait injurieusement des « faquins à monologues2; » et laissant là ces « faquins, » des paroissiens et paroissiennes de Saint-Pierre ou de la Fusterie s'improvisaient eux-mêmes « gens à dialogues » sur les insolents petits tréteaux qu'avait dressés Voltaire à Ferney. Dure leçon, certes, pour les pauvres prédicants, pour cette « morose et dure espèce, » disait Voltaire dans son injurieux poème, la Guerre de Genève, « Sur tous les fronts » ils avaient « gravé la tristesse 3 » : mais voilà que malgré eux, contre eux, Voltaire faisait dérider Genève.
Au dehors, sans doute, on les consultait encore ; de la lointaine Amérique, les églises presbytériennes réclamaient de Vernet des conseils sur la discipline; de France, on l'interrogeait
1. Voltaire à d'Argental, 16 décembre 1762 (éd. Moland, XLÏI, p. 303). Voltaire au marquis Albergati, 25 août 1762 (éd. Moland, XLII, p. 318).
2. Voltaire à Chauvelin, 21 janvier 1761 (éd. Moland, XLI, pp. 161-162).