Kuîn'z-Aubert, loc. cit., pp
4. Seippel, dans Genève suisse : le livre du centenaire, p. 251 et suiv. (Genève, 1914.)
clastes par lesquelles s'était distinguée la primitive Réforme. Le juriste Burlamaqui, sentant que pour le développement de ces industries d'art un enseignement du dessin devenait nécessaire, avait, dès 1732, obtenu des Conseils que la fondation d'une école de dessin fût en principe décidée. Halte-là! signifièrent les pasteurs. On ne devait pas, dans le collège de Calvin, apprendre à dessiner. Au bout de vingt ans d'attente, l'école de dessin put s'ouvrir, dans un autre local ; et la fondation de la Société des Arts, en 1776, par le patricien Saussure et par un horloger de Saint- Gervais marqua bientôt une émancipation nouvelle du monde genevois1. Les pasteurs assistaient, impuissants, à cette victoire finale de l'art sur un faux ascétisme.
Au surplus, dans le quartier de Saint- Gervais, dans cette ruche industrieuse où les « cabinotiers » fabriquaient les montres, le culte de Rousseau, le désir de le venger, se traduisaient par un esprit de fronde et presque de représailles contre la Vénérable Compagnie.
Les patriciens de la Cité jouaient la comédie; les plébéiens de Saint-Gervais, déistes, mais fort peu cléricaux, commençaient de s'appeler
1. Rigaud, Renseignements sur les beaux-arts à Genève, nouv. édit., p. 95. — Ckosmek, Nos Anciens et leurs (euvres, I (li)01) p. 55, et IX (1909), p. 23 et suiv.
les Dieumedames d'après leur juron coutumier : « Dieu me damne f, » juron qui deux siècles plus tôt les eût fait punir de mort dans la sainte cité. Voltaire avait attiédi la piété des patriciens; Rousseau avait échauffé la bile des plébéiens. Les premiers, à la voix de Voltaire, vivaient à leur guise ; les seconds, à la voix de Rousseau, pensaient à leur guise ; et la bonne volonté des pasteurs paraissait impuissante contre cette dissolution. Le vieil esprit libertin, si radicalement opprimé par Calvin, s'était lentement réveillé; on avait déjà entendu un orateur, au Jubilé de la Réforme en 1735, boire à la santé des vieux Libertins2. L'amour genevois de l'indépendance, si longtemps tenu en respect et presque opprimé, était capable de soubresauts, et c'est contre les pasteurs qu'il s'insurgeait, contre ces « marchands de religion, » écrivait très vilainement Rousseau, dont « l'état ne peut plus convenir à un homme de bien ni à un croyant3 ».
Dans les temples , les résultats se constataient. Ce n'était pas sans murmurer que beaucoup de Genevois supportaient encore l'obligation théorique d'aller au catéchisme hebdomadaire; et les « gardes d'Eglise, » chargés de frapper aux