Fazy, les Constitutions, p
3. Rousseau à Mo.ultou, 2 avril 1763 {Œuvres de J.-Jk Bousseau, éch Dldetf IV, p. 437)^
portes des maisons, une fois par an, pour inviter les gens à aller se faire interroger sur leur foi, étaient parfois exposés à de telles avanies de la part des fidèles, que le métier manquait d'amateurs1. Au moment de la condamnation de Y Emile, Charles Pictet écrivait : « La République se croit-elle comptable de la façon de penser de ses citoyens absents ? Elle aurait en ce cas bien plus à faire si elle eût à justifier, en matière de religion, les sentiments de la plupart de ceux qui vivent dans son sein. » Et le futur Girondin Brissot, dans son Philadelphien à Genève, publié en 1783, notait que les Genevois étaient presque tous déistes ou matérialistes, que les femmes formaient à peu près la seule clientèle des temples2.
Sans cesse, pour des besognes cultuelles, ces pasteurs ainsi maltraités, ainsi désertés, demeuraient sur la brèche ; ils avaient même, en 1736, pour lutter contre l'indifférence, fondé la Société pour V instruction religieuse de la jeunesse, qui préparait les catéchumènes à la Cène8. Un proverbe courait, d'après lequel il eût été « préférable d'être messager, que d'être pasteur à Genève, » tant le pastorat donnait de travail. Dans la seule année 1775, en cette ville où la
1 Du Bois-Melly, les Mœurs genevoises de 1700 à 1760, p. 11)2 (Genève, 1882).
3. Vuy, Origine des idéeé politiques de Rousseau ^ p. 71, n. 1, I Gauerel) III, ppj 86 31
foi baissait, où Ton avait dû cesser de contraindre à la pratique, les pasteurs donnaient 1.094 sermons, 550 catéchismes ou paraphrases, 200 services liturgiques { . Où donc était l'époque où l'annonce incessante de la parole de Dieu donnait élan à la vie entière de Genève ? Quelques dévots, aujourd'hui, y trouvaient satisfaction, et c'était tout. .
Aux pasteurs d'autrefois, sortes de Tyrtées qui armaient la ville pour leur Dieu, et qui l'entraînaient, des moralistes avaient succédé, que la tiédeur genevoise commençait de juger ennuyeux. Ils furent eux-mêmes gagnés par l'ennui : ils finirent par se iasser de leur programme trop chargé, de leurs journées inutilement encombrées. C'était si écrasant, que les vocations au ministère pastoral diminuaient ; depuis que les patriciens avaient Voltaire pour voisin, ils ne fournissaient presque plus de pasteurs2. Pour remédier à la crise, la Compagnie, entre 1772 et 1774, réclama respectueusement des magistrats, demeurés les maîtres, que les pasteurs présents et futurs eussent moins de prêches à faire et plus d'appointements à toucher3 : ils l'obtinrent, et quoi qu'on en pensât peut-être au quartier Saint-Gervais,