‹ Une ville-égliseChapitre 107 sur 121 · Borgeaud, I, p · texte numérisé non relu

Borgeaud, I, p

3. Heyer, p. 80. — Rivoire, Bibliographie historique de Genève au dix-huitième siècle, I, p. 236 (Genève, 1897) (Mémoires adressés par la Compagnie en 1772 et 1774),

ce qu'ils obtenaient n'était encore ni l'oisiveté, ni la richesse.

Ils se donnaient un mal touchant pour bien faire, pour marcher d'accord avec leur temps, qui malheureusement marchait assez mal. Les pasteurs en expectative, sur les bancs de l'Académie, étudiaient dans leurs thèses des sujets qui ne confinaient pas aux mystères, désormais un peu démodés. Ils dissertaient sur les tremblements de terre, ou bien sur ce qu'avait fait Moïse pour l'hygiène des Hébreux, ou bien encore sur le mal dans la nature, sur les poisons, sur les combats des animaux1. On eût dit qu'ils essayaient d'apporter des arguments au Vicaire Savoyard en faveur de la Providence des déistes ; et c'était un Dieu très vague que le leur. Ils ne niaient point le surnaturel, ni les miracles, « toujours bons pour Genève,» comme l'avait dit le ministre Moultou ; ils travaillaient à faire l'apologie des Saints Livres; les efforts de Jean André de Luc, qui, trente ans durant, s'occupa de prouver, dans ses Lettres physiques, la vérité scientifique de la Genèse, étaient réputés dignes d'encouragement. Ni la divinité de Jésus, ni la rédemption n'étaient contestées ex professo, mais ces deux dogmes tenaient une place de plus en plus

li IIeyek, Catalogue des thèses de théologie Boute nues à l'Académie de Genève pendant les seizième i dix-septième et dix-huitième siècles, pp. 113, 115, 116 (Genève, 1898).

iii UNE VILLE-ÉGLISE î GENEVE

étroite, jouaient un rôle de plus en plus restreint1; l'antipathie dAbauzit, ce « patriarche des ariens de Genève, » pour le mystère dans le dogme, avait fait école. Le Christ de Jacob Vernes était un envoyé divin qui avait apporté un code de sainteté. Mais ce Christ n'était plus un être sur la vie duquel les âmes pussent greffer la leur ; il enseignait, il ne vivifiait plus ; il rendait savant dans la science de la sainteté, plutôt qu'il ne sauvait2. « Pour faire goûter aux gens de notre siècle les vérités de la religion, disait Jacob Vernet, il faut y mettre une sauce philosophique3. » La théologie, ainsi traitée, faisait l'effet d'une corniche savamment posée sur la bâtisse philosophique ; elle apportait à l'intelligence un émouvant surcroit, où l'individu et la société pouvaient trouver le bonheur4; rien de plus. Elle avait cessé de viser l'homme tout entier, ou tout au moins de l'atteindre.

La complaisance môme de cette théologie contribuait à Peffacement de son prestige ; et les patriciens, rentrant vainqueurs à Genève, après la révolution de 1782, ménageaient aux théologiens un coup singulièrement doulou-

1. Viguié, Histoire de l'apologétique dans V Eglise réformée française, pp. 192-202 (Paris, 1858). — Masson, I, pp. 200 et suiv.

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