Borgeaud, I, pp. 520 et suiv
2. Le mot se trouve encore, aujourd'hui, sous certaines plumes de pasteurs parlant de Voltaire : voir IIeyer, p. 97.
3. On ignore souvent que cest un Genevois, Chaponnière, qui créa vers 1820 cet ironique refrain:
C'est la faute de Voltaire C'est la faute de Rousseau.
lité. Ce n'est que parce que la théologie avait, pour l'instant, cessé de faire figure, que l'État la traitait d'une aussi désinvolte façon. Après la discipline calvinienne, après le dogme calvinien, le caractère même de l'Académie calvinienne paraissait péricliter.
Un trait de la vieille Genève, pourtant, demeurait intact, et toujours aussi fortement accusé, aussi ombrageusement étalé : c'était l'antipapisme. Il y avait là une attitude confessionnelle dont rien ne pouvait fléchir la raideur; elle se maintenait, elle se proclamait, en dépit de l'esprit de tolérance sceptique que le dix-huitième siècle avait mis à la mode ; elle demeurait aussi nette, aussi intransigeante, qu'était tenace, d'autre part, l'aspiration des évêques de Genève à quitter un jour Annecy pour rentrer dans l'ancienne ville épiscopale. « Noua sommes obligés de chanter les cantiques du Seigneur dans une terre étrangère, » gémissait encore l'un d'eux, au début du siècle, dans une Jettre à Louis XIV. « J'espère, ajoutait-il, que Dieu se servira du zèle de Sa Majesté pour faire chanter ses victoires dans le lieu saint que l'hérésie a profané depuis si
DE BÈZE A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 2l?
longtemps K » Ce lieu saint, c'était Saint-Pierre de Genève...
À l'exemple de la Sainte Maison de Thonon, fondée par saint François de Sales pour recevoir les convertis, s'était ouverte, en 1717, la Maison de refuge d'Annecy. « Il n'y a point d'honneur pour notre religion d'y retenir les gens par force, » disait l'évêque Rossillion de Bernex; et il faisait sortir d'un couvent de Gex, pour la rendre à sa famille genevoise, une jeune fille qui voulait demeurer protestante2; mais cet acte de tolérante équité rendait d'autant plus sensible aux Genevois le spectacle des abjurations qui, dans la Maison de Thonon comme dans celle d'Annecy, fixaient pour toujours certaines consciences dans l'église de Rome.
Genève avait toujours peur de Rome: cette peur demeurait éveillée, et facilement agressive, dans les âmes genevoises où la crainte même de Dieu s'était le plus assoupie. On les voyait guetter avec je ne sais quoi de fébrile, et se signaler entre elles, comme une façon d'épouvantail, telle ou telle personnalité catholique de la Savoie : au début du dix-septième
1. Boudet, Vie de M. Rossillion de Bernex, évêque et prince de Genève, II, pp. 34-35 (Paris, 1781). Cf. II, pp. 58-59, les démarches du même prélat au moment des conférences de Bade, en 1714, pour rentrer en possession des terres d'Église autrefois confisquées par Genève.