Fleury, op. cit., II, pp
que maison authentiquement sujette de Messieurs de Genève ? De là toutes sortes de petits procès qui tenaient sans cesse en haleine la scrupuleuse cité1.
Elle luttait de son mieux contre la contamination de sa banlieue, mais c'était surtout chez elle, dans ses murs, qu'elle faisait bonne garde. Elle tenait en réserve, contre le papisme, tout un système de discipline, tout un appareil de pénalités. Le Genevois qui, s'étant laissé séduire par le catholicisme, aspirait ensuite à rentrer dans la communion genevoise, devait, en plein dix-huitième siècle, comparaître devant le Conseil, subir deux ou trois jours de prison, comparaître ensuite devant le Gonsistoire, s'agenouiller2, Le maître de danse Noiret, associé du père de Jean-Jacques, dut un jour demander pardon à Dieu, au Gonsistoire et aux Conseils : son crime, à lui, n'était pas d'avoir abjuré la Réforme, mais d'avoir dit qu'en se faisant papiste on n'était pas forcément damné, et que ce n'était pas mal d'aller à la messe, et qu'il y avait été en Italie3.
Une certaine surveillance continuait d'épier,
1. Ritter, Alliance libérale, 30 mai et 6 juin 1885. — Gaberel, III, pp. 310-312.
2. Ritter, Étrennes chrétiennes, 1884, pp. 162-188. Ces formalités furent épargnées au jeune Rousseau quand en 1754 il rentra dans l'Église de Genève (Masson, I, pp. 193-194).
3. Ritter, la Famille et la jeunesse de J. J. Iioasseau, pp. 109- 112. — Masson, I, p. 7.
222 UNE VILLE-ÉGLISE î GENÈVE
aux heures de messe, les visiteurs du Résident; le pasteur Vernet, un lendemain de Noël, venait dire au Consistoire qu'il y avait eu du monde à la messe de minuit: « C'était un scandale, » déclarait-il1. Et Consistoire et pasteurs restaient si vigilants à l'endroit de l'infiltration catholique, qu'une des raisons qui avaient empêché la transformation de l'Académie en Université, était qu'un très grand nombre de catholiques pourraient ensuite s'introduire dans la ville, sous prétexte de venir étudier 2.
L'appareil même des solennités affectait d'être dirigé contre le papisme, tout comme l'appareil des pénalités : on ne se gêna nullement, en 1735, pour fêter, sous les regards du Résident de France, le second centenaire de l'abolition de la messe, et l'ingéniosité genevoise sut agencer de suggestives illuminations : rue du Rhône, on voyait le Pape tourner, une chandelle à la main, et souffler sur la chandelle, sans cesse, pour tâcher de l'éteindre, mais la flamme demeurait plus forte que le souffle débile du vieillard. Au Molard, un transparent montrait Froment, invectivé, frappé par une foule de moines et continuant tranquillement son prêche3. Pour le petit Genevois imbu de