Du Bqis-Mei.lt, op. cit., pp. 59, 60 et
2. Sayous, Histoire de la littérature française à Vélranger depuis le commencement du dix-septième sièclet I, p. 195.
que des catholiques s'établissaient à Genève, qu'ils s'annonçaient comme professeurs de littérature ou de musique. Un symptôme accroissait l'anxiété : c'était l'audace de quelques Genevois qui, en 1789 et 1792, s'en allaient faire bénir hors de Genève, par des prêtres catholiques, des mariages mixtes1. D'autres se laissaient fasciner par de malsaines curiosités : une messe de minuit en Savoie, une prise de voile à Gex. La messe qui se disait chez le résident de France, celle qui se disait chez le résident de Savoie, avaient assez d'adeptes, à la veille de 1789, pour que l'évêque de Genève, qui d'Annecy regardait toujours Genève, autorisât un vicaire et un curé des campagnes voisines à « biscanter » le dimanche, et à venir célébrer chez les résidents une de leurs deux messes; et comme chaque résidence avait son aumônier, quatre prêtres, tous les dimanches, montaient à l'autel dans Genève 2. D'autres messes y survinrent, avec l'année 1792 : prêtres et nobles émigrés de France arrivaient à Genève, et tentaient de s'y installer. Les exigences de la Convention forcèrent les Conseils de les éconduire. Quelques-uns pourtant restèrent, furtivement dissimulés dans certaines familles protestantes, même parfois chez les pas-
1. Cramer, pp. 441 et 444 (27 décembre 1788, 12 mars 1789, 9 août 1792).
Voot, Correspondant^ \Q juillet L0I^ pp, 108*125.
Il !''
teurs1. « Nous avons mené deuil quand la religion catholique était persécutée, écrira plus tard à Bonald le pasteur Cellérier; nos pasteurs croyaient souffrir dans la personne de vos prêtres *. » Ces prêtres, ces nobles, qui traversaient Genève et qui parfois arrivaient à s'y terrer, c'était pour la ville un nouvel appoint catholique. I) semblait qu'enfin Genève devint perméable au catholicisme, qu'enfin Genève
s'entamât.
Et pourtant, les années 1793 et 1704 allaient prouver qu'il n'en était rien.
Dans l'été de 1793, le jacobinisme se présenta, incarné dans la personne de Soulavie, ci-devant prêtre, devenu résident de France, et la France défit dans Genève ce qu'y avait fait la France; la chapelle de la résidence, où se disait la messe depuis plus de deux siècles, fut fermée. A l'automne, Soulavie la rouvrit, pour la profaner. Des invitations furent lancées à un certain nombre de Genevois,
1. Lettre du recteur Boissjer à Bigot de Préamencu, 18 octobre 1813 (dans Boroeaud, II, p. 214). - Garerel, 111,
PP2 Lettre' de Cellérier à Bonald, citée par D<oi>at. dans la Notice sur M. le pasteur Cellérier (en tète de Cellér.er, Sermons homélies, discours familiers et prières, p. xcvn).
que Soulavie savait d'esprit révolutionnaire ; et lorsqu'il eut ainsi composé sa salle, il se donna la joie de monter en chaire — une fois encore — de jeter à travers l'assistance, avec force sarcasmes, « les divers et ridicules hochets de la superstition ». Ouvrant ensuite 1' « arche » qui renfermait les ornements d'église, il distribua le tout aux pauvres; les vases d'argent, bien emballés, prirent la route de Paris1.
La masse des Genevois dédaigna ces excentricités sacrilèges : dans un coin de terre qui était à elle, la France avait importé la messe, la France l'en expulsait ; c'était tant pis pour Rome et c'était affaire à la France. Genève eut le bon goût de ne pas applaudir aux bouffonneries du prêtre défroqué. Tous les esprits étaient tendus, à cette date, vers une œuvre sérieuse : il ne s'agissait de rien de moins que de donner à l'État une constitution nouvelle. L'heure était venue où les luttes civiques, qui dans le cours du dix-huitième siècle avaient agité la ville, devaient aboutir à une sanction. Et les débats qui se déroulèrent à ce sujet, d'abord dans les clubs, puis dans les assemblées, attestèrent avec éclat le souci qu'avait Genève, même en ces heures de renouveau politique, de maintenir intégralement son caractère confessionnel.