Du Bois Melly, B.I.N., XXX (1890), pp
ments réputés impossibles. D'ailleurs Zurich et Berne, pensait-on, eussent pu exprimer leur mécontentement.
On avait assez lu les philosophes pour attacher quelque prix au mot de tolérance. On lisait avec conviction les pages que Necker consacrait à cette belle vertu *. On se flattait d'avoir su, à l'occasion, punir les Genevois qui, dans les communes catholiques voisines, se permettaient quelque inconvenance à l'endroit des prêtres ou du culte catholique2. On était, comme le siècle tout entier, devenu « sensible, » on désirait se montrer humain. On avait des gracieusetés d'hôte pour les prêtres exilés. Mais on continuait de concevoir comme incompatible avec l'idée même de Genève, avec son essence, avec sa cause finale, si je puis ainsi dire, le fait que, dans cette ville, un membre du corps souverain pût n'être pas protestant, et le 6 octobre 1796 on alla jusqu'à proclamer à nouveau que tout acte public d'une religion différente de la religion réformée ne serait pas permis dans la République3.
Émancipé des prêches et du Consistoire, le peuple de Dieu continuait de se considérer,
1. Necker, De l'importance des opinions religieuses, pp. 451-491 (Londres, 1788).
2. Boldet, Vie de M. Rossillion de Bernex, II, pp. 36-38. — Vogt, loc. cit., p. 125.