Voir Masson, II, pp
2. Vallette et Demlinger, dans Nos centenaires, pp. 97-103. Buffenoir, la Révolution française, mai 1918, pp. 254-261.
Poussez à leurs ultimes conséquences les pages de Rousseau sur la nécessité d'une religion nationale et d'une contrainte d'État s'exerçant en faveur de cette religion, vous en déduirez aisément l'apologie indirecte de la religion d'État genevoise, s'opposant à la distinction évangélique entre les droits de César et les droits de Dieu. Rousseau se montrait sévère pour cette doctrine de l'Évangile qui, « en séparant le système théologique et le système politique, a causé dans les États des dissensions intestines » et s'est révélée « plus nuisible qu'utile à la forte constitution de l'État l » ; et ces pages de Rousseau militaient, en définitive, pour le vieux régime de Calvin, où le système politique et le système théologique étaient unis. Le Contrat social, ce Coran de la démocratie, était en même temps, comme le dit très bien M. Seippel, le Coran de la théocratie calviniste2. Il soulignait à vrai dire, d'une façon qui eût probablement gêné Calvin, le contraste entre l'esprit de l'Évangile et l'institution d'une religion nationale ; mais à la fin du dix-huitième siècle, les âmes genevoises, admiratrices de l'Évangile dans la mesure où l'était Rousseau, étaient assez détachées, assez libérées, pour accepter sans scrupule une religion civile que
l.J.-J. Rousseau, Contrat social, livre IV, chap. vin (éd. Dreyfus Brisac, pp. 214-239; Paris, 1896). 2. Seippel, Escarmouches, p. 19 (Lausanne, 1910),
ï'*± UNE VILLE-EGLISE : GENEVE
Jean-Jacques faisait s'insurger contre la distinction évangélique de César et de Dieu. Elles suivaient d'autant plus volontiers Rousseau, que le minimum de dogmes auquel il avait réduit la nouvelle religion civile était vraiment peu gênant. Une s'agissait plus du péché originel, sous le poids duquel Calvin avait accablé les Genevois de jadis ; les élèves de Rousseau, « frère authentique de Pelage *, » savaient que l'homme étaitné boii. Cette originale Ville- Église, qui avait nom Genève, s'était fondée pour proclamer aux regards du monde chrétien la corruption profonde, intégrale, irrémédiable, de la nature humaine ; le caractère confessionnel de cette ville était aujourd'hui maintenu par des hommes dont le plus grand nombre sans doute croyaient, avec le pasteur Vernes, à là droiture originelle de l'homme 2.
Qu'ils crussent en même temps à la Providence, à là vie future, au bonheur des justes, au châtiment des méchants, cela suffisait à l'auteur du Contrat ; il n'aurait même pas voulu qu'on exigeât quelque chose de plus. Et précisément, la plupart des Genevois qui en 1794 imposaient à tout citoyen de Genève la profession de la foi protestante, ne mettaient pas beaucoup plus, sous l'étiquette de foi protestante, que les affirmations du déisme. Un pro-