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Procès-verbal dans Dolmeugli., II, p. It

lui-même prenait congé du Pape, était moins un Credo qu'une négation. Qn décidait de « vivre selon l'Évangile» : c'était encore une formule vague. Mais il suffisait de l'entraînement d'un tel vote pour que les timides se sentissent soutenus et les réfractaires intimidés. Etre papiste, à partir de mai 1536, c'était braver les deux souverainetés de Genève, les magistrats et le peuple; et puisque le peuple voulait vivre selon l'Évangile, une voix allait s'élever, pour lui signifier ce que ces mots impliquaient.

Ce fut la voix de Jean Calvin. Il traversait Genève, en juillet, pour y saluer Farel. L'accueil qu'il venait de trouver à la cour de Fe^rare et le bruit que faisait depuis quatre mois la première édition de l'Institution chrétienne lui créaient un prestige. On appréciait déjà, dans ce maigre et pâle jeune homme de vingt-sept ans, le théologien qui semblait assister aux conseils de Dieu, le politique qui, sans paraître, influait parfois au loin sur les conseils des hommes.

Farel lui fit un devoir de rester à Genève : (( Que Dieu maudisse ton repos, lui dit-il, que Dieu maudisse la tranquillité d'études que tu cherches, si en une si grande nécessité tu te retires et refuses de donner secours et aide1. »

1. Opp. Calv., XXXI, col. 26 (préface du Commentaire des Psaumes).

Et Calvin, croyant que par la bouche de Farel Dieu lui parlait, défit son bagage. Tout en commençant de donner quelques lectures en théologie, il regarda cette ville, sans tendresse, d'un œil de professeur morose : il constata qu'elle s'était émancipée de Rome, mais qu'elle se marchandait à Dieu.

Les mains s'étaient levées, sans doute, pour acclamer la Réforme; mais où en étaient les cœurs ? Par réaction contre l'Évêque, on avait dévalé plus loin que plusieurs ne l'eussent voulu ; et certaines réminiscences du passé religieux pouvaient, un jour ou l'autre, prendre une revanche, au fond des consciences, sur les déterminations commandées par la politique. Il y avait des Genevois qui, mal résignés à se passer de messe, voulaient que du moins on leur laissât la paix, et qu'on ne les forçât pas d'aller au prêche. L'un d'eux, un ancien syndic fort estimé, Balard, ne pouvait se dérober à cette réflexion, que si vraiment la messe ne valait rien, la passion du Christ, elle aussi, pouvait ne rien valoir1. D'autres expédiaient leurs enfants hors de Genève, pour les faire élever dans la foi catholique2. Et toutes ces âmes finissaient par se

1. Balard, Journal, éd. Chaponnière (M. S. H., X (1854), pp. lxiv-lxv). — Gautier, II, pp. 508-509.

2. Rilliet, Notice sur le premier séjour de Calvin (en tête du Catéchisme français .de Calvin, p. lxix (plainte de Calvin, du 30 octobre 1537) (Genève, 1878).

l'ÉCLOSION D'UNE « CITÉ DE DIEU » 31

dire, ne fût-ce que pour se rassurer, qu'elles avaient plutôt assisté à la démolition de leur abri séculaire qu'elles n'en avaient elles-mêmes déménagé. Elles avaient adhéré à leur déménagement, comme à un fait acquis. Mais dès lors, où donc était la spontanéité de leur acte de foi? Où donc était même leur acte de foi? Étaient-ce là les âmes religieuses dont pour construire son Eglise Calvin avait besoin ?

Il sentit le péril. Ces hommes ne savaient pas suffisamment ce qu'ils avaient acclamé, ce qu'ils avaient promis; il allait le leur dire, le leur faire redire par les magistrats, et les faire jurer à nouveau, mais jurer, cette fois, individuellement et non plus collectivement, en fidèles sujets de la jeune Eglise, et non plus en membres du peuple souverain. On connaîtrait ainsi ceux qui aimaient mieux « être du royaume du pape que du royaume de Jésus-Christ1 ». Et la formule de confession de foi qu'en avril 1537 les prédicants apportèrent aux magistrats contraignit tous les Genevois de jurer un à un, dans leur maison, devant le dizenier de leur quartier, qu'ils considéraient l'intercession des saints comme « superstition, » les sacrements comme « fables et mensonge, » la Messe du pape comme une a ordonnance diabolique, » les Églises papistes comme « synagogues du

li Rillieï, loc. cit., pp. XXIII-XXV,

diable, » et toute leur vie comme « devant être réglée au commandement de la Sainte Loi de Dieu 1 ».

L'été de 1537 fut dur pour les consciences. <c Nous avons au baptême juré d'être chrétiens, objectaient quelques-uns; pourquoi jurer encore ? » Et d'autres, avec une sincérité qu'on eût crue propre à désarmer l'intolérance, se demandaient s'ils pouvaient, eux, des pécheurs, jurer devant Dieu d'observer la loi de Dieu, cette loi qu'inévitablement ils violeraient 2. Mais Calvin, pour l'instant, ne s'occupait pas de la vie intérieure des âmes, de cette vie délicate qui parfois s'abandonne au noble frémissement du scrupule, et qui s'en honore : il avisait à les embrigader, à les gouverner. Fondateur d'une confession qui se proposait comme la religion de l'esprit, il commençait par créer des cadres; et ceux qui mettaient à la porte l'importun dizenier avec son importune confession de foi étaient convoqués à deux reprises à monter à Saint- Pierre pour prêter enfin, sans retard, le serment requis.

Certains s'y rendirent et jurèrent. D'autres persistèrent à s'abstenir. Alors le Conseil ordinaire, réitérant une menace qu'il avait déjà prodiguée, déclara que ces non-jureurs devaient

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