‹ Une ville-égliseChapitre 20 sur 121 · Calvin à Viret, 19 mai 1540 (Heuminjard, VI, p · texte numérisé non relu

Calvin à Viret, 19 mai 1540 (Heuminjard, VI, p

4. Calvin aux pasteurs de Zurich, 31 mai 1541 (Herminjard, VII, p. 139).

5. De Crue, V Action politique de Calvin hors de Genève, p. 9 (Genève, 1909).

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Mais ces gens qu'il jugeait si mal étaient guettés par les papistes; et si les hommes, à l'entendre, ne valaient rien, la situation de leur ville avait du prix. « Genève, lui écrivaient les pasteurs de Zurich, est sur les confins de la France, de l'Italie, de la Germanie, de telle sorte que l'espérance est grande de voir l'Évangile se répandre de là dans les villes voisines, et d'élargir les boulevards du royaume du Christ. » Il était fatal que pour une imagination d'apôtre un tel argument devînt une obsession, finalement victorieuse. Les âmes genevoises pouvaient être une terre ingrate, mais l'emplacement géographique de Genève était plein de promesses. II fallait que la Réforme s'y implantât, pour que de là elle rayonnât et régnât. Et du reste, quelque médiocre idée qu'il eût de Genève, Calvin pouvait-il en conclure que son Dieu n'avait pas des vues sur elle ? Calvin possédait sa Bible : Jéhovah, à certaines heures, n'avait pas eu plus à se louer de son peuple quil n'avait eu, lui Calvin, à se louer des Genevois.

Les répugnances mêmes qui Féloignaient de ceux qui l'avaient chassé finissaient par apparaître à son âme mystique comme une raison nouvelle de s'acharner sur eux, et de faire du « peuple de grenouilles » le peuple de Dieu. « L'exemple de Jonas, insistaient les pasteurs de Zurich, doit te montrer combien il est dan*

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gereux de résister à l'appel du Seigneur1. » Cette résistance, n'était-ce pas le Péché luttant contre la Grâce ? Peu à peu Calvin cédait, et sa décision se préparait: « J'offre mon cœur, comme immolé, en sacrifice au Seigneur, écrivait-il dès l'automne de 1540... Je soumets à l'obéissance de Dieu mon esprit enchaîné2. » A la date du 13 septembre 1541, le greffier du Conseil inscrivit dans les registres que Monsieur Calvin venait de rentrer, et qu'il s'était « offert d'être toujours serviteur de Genève3 ».

Ce serviteur rentrait en maître, et il devait le prouver. Il n'eut jamais les prérogatives légales d'un maître. Dans cette Genève où le droit de bourgeoisie donnait seul une part de souveraineté, il ne se fit même recevoir bourgeois qu'en 1559. Il n'était, au point de vue civique, qu'un hôte4, et cela lui plaisait sans doute, de n'être apparemment qu'un néant, un néant devant Genève, comme- un néant devant Dieu. Mais il revendiqua et sut obtenir pour

1. Les pasteurs de Zurich à Calvin, 4 avril 1541 (Herminjard, VII, pp. 75-76).

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