Ciioisy, op. cit., pp. 261 et
l'ÉCLOSION D1UNE « CITÉ DE DIEU » 47
la Bible, y puisera sur la Trinité d'autres idées que celles qu'y puisait Calvin, et Calvin, le voyant prier au moment de son atroce supplice, sera surpris, naïvement surpris : c< 11 priait, écrira-t-il, comme au milieu de l'Eglise de Dieu K » L'explication calvinienne de la Bible dessinait une intangible muraille, hors de laquelle ne pouvait s'étendre l'Eglise de Dieu. Malheur à ceux qui voulaient abolir cette muraille ! « Comme un pourceau, écrit Calvin à Sébastien Castellion, tu renverses de ton groin une doctrine de bonne odeur, afin de trouver quelque infection et puanteur2. »
Messager d'une immense espérance et d'une immense épouvante, ce docteur annonçait avec importunité la souveraineté de Dieu. On discute souvent s'il considérait cette souveraineté comme capricieuse3. Il eût répudié la question, il l'eût accusée de mesurer par des mots humains l'action de Dieu. Ce qu'il savait, ce qu'il disait, c'est que Dieu, de toute Éternité, avait souverainement élu ceux-ci, damné ceux-là, et souverainement décidé d'accorder aux uns ce qu'il déniait aux autres. Méditer sur cette inégalité était pour Calvin un âpre plaisir. Il trouvait