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et l'autre, il fallait que la parole de Dieu régnât. Les ministres du culte se réputaient qualifiés pour l'interpréter : en conséquence, ils signalaient à l'État les infractions dont elle était victime, et lui indiquaient les applications politiques dont elle était susceptible. Mais, inversement, comme en théorie il n'y avait plus de sacerdoce, les magistrats, réputés agir au nom du peuple, pouvaient, chaque fois que la Compagnie des pasteurs s'adjoignait un nouveau membre, l'accepter ou le refuser; ils pouvaient déposer les pasteurs; ils contribuaient ainsi à la création de ce pouvoir religieux qui, la Bible en mains, rappellerait au pouvoir civil : « Voilà ce que Dieu veut, voilà ce que Dieu dit. »
Les pasteurs ne parlaient de Dieu dans l'État, que parce que l'État y consentait. Mais, forts de ce consentement, ils aspiraient à courber l'État sous le verbe de Dieu. Ils relevaient de l'État, comme traducteurs de Dieu; mais l'État relevait de leur traduction même. Et quand ce pouvoir appartenait à un Calvin, le traducteur devenait altier, et régnait en fait sur l'État, maître de ses fonctions, au nom de Dieu, maître de sa conscience. A Baie, le souvenir de David, qui avait commandé aux Lévites, et le souvenir de Moïse, « prince séculier, » auquel Aaron avait dû obéir, faisaient impression sur les imaginations. Les magistrats bâlois aimaient à se con-
sidérer comme occupant la place de David, ou bien celle de Moïse : ils se targuaient, en conséquence, de pouvoir donner des ordres aux pasteurs. « C'est là un dogme anarchique et pestilentiel, valde turbulentum ac pestilens, » gémissait Myconius dans une lettre à Calvin 1 ; et Calvin, ne pouvant, d'ailleurs, « vu l'infirmité des temps, » assurer au pouvoir spirituel le degré d'autonomie qu'il rêvait, sut du moins limiter, par les ordonnances, l'arbitraire de l'État genevois.
Les ordonnances 2 établirent, pour de longues générations, un tribunal disciplinaire dont le peuple de Genève n'était pas la source et dont il devait, à tout moment, sentir le joug. On l'appelait le Consistoire. Il devenait maître de la discipline religieuse, de la discipline morale de la cité. Il comprenait « douze anciens, » nommés par le Petit Conseil après entente avec les pasteurs et les Deux Cents, et, à côté d'eux, quelques pasteurs. Chaque jeudi, cet aréopage avait séance, un syndic le présidait. Ce tribunal enquêtait, réprimandait, parfois excommuniait, et dénonçait enfin, lorsqu'il y avait lieu, aux magistrats, détenteurs du glaive. Avec son recrutement d' ce anciens » et de pasteurs, le Consistoire, en fait, était en