Bqugeaud, I, pp. 81-82. Sur cette enceinte genevoise du
s'édifiait le Collège : il s'édifiait à proximité des remparts, et Ton travaillait tour à tour à ces deux sortes de fortifications , celle de la ville et celle de la doctrine. Et la ville, fidèle à son geste perpétuel de retraite sur elle-même , semblait se murer contre le dehors ; et dans le Collège se mûrissait le dogme, qui devait chercher, lui, à faire invasion au dehors.
Sous la protection du Dieu de Galviu, et du peuple de ce Dieu, l'ancienne ville épiscopale de Pierre de la Baume devenait une Rome protestante, où Calvin, upe façon de Pape, assumait les soucis de toutes les Églises de Frai^ce1.
En moins de quelques apnées, 120 pasteurs, formés à Genève, leur furent envoyés. Ce fut de cette académie de Calvin, de ce sémijiaire héroïque, comme l'appelle Michelct, que sortirent tour à tour les académies protestantes d'Orthez, de Saumur, de Montauban, 4e Sedan, de Die, les universités presbytériennes d'Ecosse; et ce fut sous des influences calviniennes que l'Université d'Heidelberg se réorganisa.
Deux familiers de Calvin, Lasco et Lismanin, portaient la doctrine du maître en Po-
seizième siècle, voir Guillaume Fatio, la Promenade des bas- Lions {les Anciens et leurs œuvres, 9e année, pp. 39-4$).
1. Voir, dans H. S. H. P. K, XVIII, pp. 27-33; XIX-XX, pp. 116-120, des lettres des Églises de France à celle de Genève
logne, où les courants antitrinitaires, apportés par Socin, ne devaient pas tarder à prévaloir1.
« Qui ignore que l'Eglise de Genève, dressée par Jean Calvin, est un modèle devrai culte à rendre à Dieu, proposé à l'imitation de toutes les nations ? » Ainsi parlait, dès 1550, le régent Enoch, directeur du Collège, en tête de son livre de grammaire 2.
En 1555 survinrent, pour « imiter » l'Église de Genève, certains représentants du protestantisme anglais, que les persécutions de Marie Tudor avaient contraints de s'exiler; préoccupés de combattre les survivances des rites catholiques, auxquelles demeuraient attachés d'autres Anglais réfugiés à Francfort, ils étudiaient le culte calviniste et publiaient, à Genève même, une liturgie pour la Grande-Bretagne3. Un d'entre eux, Whitingham, en tête de la traduction anglaise du Nouveau Testament que précédait une préface de Calvin, rendait à Genève cet hommage : « La provision de connaissance religieuse y abonde en tel point qu'on peut regarder cette ville comme le miroir et le modèle de la vraie religion et de la vraie piété4. » Et c'était à Calvin, c'était à Bèze,
1. Roget, Calvin et les églises de Pologne (Étrennes chrétiennes pour 1884, pp. 94-122.)