Charles Martin, op. cit., pp
3. Cartier, Arrêts du conseil de Genève sur le fait de C imprimerie et de la librairie [M. S. //., XXIII, p. 365, n. 3, arrêt du 16 janvier 1559).
s'était installée, subordonnée au service de la foi nouvelle; et les artisans de ces nouveautés, c'étaient le plus souvent des Genevois de très fraîche date, comme les Estienne, ou même des étrangers; des banquiers comme les Fugger d'Augsbourg se plaisaient à faire les frais de certaines impressions genevoises1. Le nom de Genève courait sur les lèvres des hommes, s'inscrivant orgueilleusement au frontispice des petits livres religieux, qui aspiraient à changer les âmes.
Il n'était pas rare qu'entrant dans une de ces églises où jadis résonnait la messe latine ou le sermon en langue savoyarde, le vieux Genevois se heurtât désormais à des flots d'éloquence allemande, anglaise, italienne, qui tombaient du haut des chaires sur des auditoires d'étrangers. Genève était une ville cosmopolite, cosmopolite comme l'idée religieuse elle-même, qui régnait en souveraine sur sa vie. Au nom de la religion, Genève s'ouvrait; mais au nom de la religion Genève se fermait. Cette Gosmopolis ne pouvait pas dégénérer en Babel. Quand les infidèles, « idolâtres » de la veille, frappaient aux portes pour se convertir, le Consistoire les interrogeait sur leur foi, sur leurs croyances2; il les recevait, ou bien il les
1 . Gaullieur, Études sur la typographie genevoise du quinzième au dix-neuvième siècle, pp. 153-154 (Genève, 1855).