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la destinée de la Savoie d'exposer Rome à la haine des Genevois. S'ils entendaient dire qu'en terre savoyarde on considérait tel Savoyard victime de l'Escalade comme étant mort « à demi martyr1, » ils en concluaient que les papistes mettaient une auréole au front d'un personnage qui n'était à leurs yeux qu'un brigand, un voleur de grand chemin. Genève se donnait la gloire d'avoir résisté victorieusement à une façon de croisade, croisade conduite, disait-on, « par le conseil du pape, » et que l'on se représentait comme une « conspiration » du gouvernement de Rome, de celui de Turin, et aussi de celui de Fribourg, non pas seulement contre Genève, mais « contre tous les Suisses2 ».

« La patrie sauvée : » voilà sur quel thème, de nos jours encore, prêchent les pasteurs genevois, pour l'anniversaire du 12 décembre 16023; et dans leurs discours, calvinisme et cité genevoise s'identifient. La ballade sur l'Escalade, que versifiait en 1875 le philosophe Amiel, s'inspire du même esprit 4. Un professeur de droit, qui tint quelque place à l'Université de

1. Becdelièvre, op. cit., p. 33 : Saint-François de Sales, dixneuf ans plus tard, parlait de M. de Saunaz mort « à moitié martyr >* dans Genève.

2. Melchior Goldast, Histoire de la Supervenue inopinée des Savoyards en la ville de Genève en la nuit du dimanche 12 jour de décembre 1602, éd. Gardy, pp. 221-222 (M. S. IL, XXVIII, 1904).

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