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Gàbehel, III, pp

2. GauIjî-Lêfoiiit, Promenades historiques dans le canton de Genève, éd. Gardy, pp. 44-45 (Genève, 1902).

DE BÈZE A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE \ii

mais de conjurer les diviries colères qui eussent pu détourner à jamais cette grâce. Donc, guerre aux scandales, petits et grands! Scandales dti papisme, d'abord ; toutes mesures étaient prises pour les conjurer ôli les punir. Génère, en 1609, apprit avec douleur qu'un lointain cousin de Calvin, Estienne de la Faverge, était, durant un séjour à Roine^ passé au (( culte des idoles : » un ëdit déclara que le citoyen de Genève qui, s'étant au loin fait catholique, se permettrait de revenir habiter la République, serait justiciable du bourreau1. Le cousin de Calvin rie tenta pas l'aventure, et s'en fut iïlourir à Avignon, dans Une cellule de carme. Consistoire et police avaient l'œil ouvert sur le marchand qui, sans y être autorisé, employait un ouvrier papiste, sur le chef de famille dont l'enfant buvait sans permission le lait d'une nourrice papiste : de fdrtes amendes châtiaient ces « infiltrations papistiqùes; » d'autorité, l'enfant était sevré; et ces papistes intrus étaient jetés dehors. Le fouet, puis l'expulsion châtiaient l'imprimeur papiste qui apportait de Savoie et colportait daris Genève des chansons réputées diffamatoires pour la sainte cité2.

1. FleuuI, ///s/o/'/v de VÉijliso <ie Ceiiève depuis lèà temps le* plut anciens jusqu'en 1802, II, pp. 193-194 (Paris, 1880).

2. DLLoru-Vi,RM;s, H. /. N, XXXII (1894), pp. 75-104: procès de l'imprimeur Delarue, de Thonon (septembre 1608.)

La propagande catholique se laissait punir, mais non point décourager; et Genève la rendait d'autant plus insinuante qu'elle la contraignait à se faire plus furtive. L'appareil des lois et des peines n'empêchait pas saint François de Sales, à l'un de ses voyages, d'apporter à cinq catholiques cinq hosties consacrées; ni Jacqueline Goste, la future Visitandine, servante dans un hôtel, d'appeler un prêtre d'Annemasse, en secret, pour faire abjurer et communier sa maîtresse agonisante1; ni le chanoine Louis de Sales de découvrir dans.Genève certaine « grande porte ouverte au Très Saint Crucifix pourvu qu'il y fût porté secrètement par des personnes humbles, patientes, et familiarisées avec les mœurs des hérétiques2 ». Mais à mesure que la police savait ou soupçonnait, la surveillance se resserrait, et les pénalités s'aggravaient.

Prêtres savoyards, capucins et jésuites qui traversaient Genève, étaient facilement soupçonnés de « se fourrer » dans les maisons pour y assister quelque moribond : c'était là un grave délit; le maître du lieu, le commissionnaire qui les avait requis, payaient cher une telle complicité. Il y eut une période où, pour

1. Louis Veuillot, Vie des premières religieuses de la Visitation Sainte Marie, d'après la R. M. Madeleine-Françoise de Chaugy, II, pp. 300-305 et 315-321.

2. Saint François de Sales au nonce Riccardi, 25 mars 1597 {Lettres, I, p. 259).

plus de sûreté, tout Capucin qui entrait dans Genève avait sur ses talons un soldat, qui ne le perdait pas de vue1.

Un simple on-dit, courant sur une messe furtive qu'un passant, peut-être, avait célébrée quelque part, inquiétait gravement la ville et les Conseils2. On se laissait alarmer, même, par beaucoup moins qu'une messe, par l'opiniâtre malice avec laquelle de vieilles peintures papistes reparaissaient un jour sur les murs de Saint-Pierre derrière le crépi dont on les avait recouvertes. On épiait avec scrupule et zèle la tentation d'idolâtrie que suggéraient aux visiteurs, tantôt les statues allégoriques ornant le tombeau du duc de Rohan, et tantôt les petites ou grandes têtes de saints se dressant, toutes droites encore, en certains coins des stalles ou des vitraux3. En 1643, en 1659, pasteurs et membres de la docte Académie se mobilisaient pour dénoncer aux magistrats ces occasions de péché.

Le luxe des hommes n'était pas réputé moins scandaleux que ces suprêmes vestiges du luxe de Dieu. A son de trompe, quelques jours après la mort de Calvin, on avait proclamé, de carrefour en carrefour, un surcroît de prohibitions,

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